Vers un déconfinement « adapté aux territoires » et l’école sur la base du volontariat

Élus

L’école sur la base du volontariat des parents, des masques sans doute obligatoires dans les transports et un cadre « adapté aux territoires » avec l’appui des élus locaux : dix jours après avoir annoncé la date du 11 mai, Emmanuel Macron est passé jeudi 23 avril 2020 aux travaux pratiques du déconfinement.

À l’issue d’une réunion avec des élus et à moins de trois semaines du début du déconfinement, le chef de l’État a annoncé que le cadre national devra être adapté et « territorialisé », selon des propos rapportés par l’Élysée. Mais pas par régions, « qui ne correspondent pas aux réalités des territoires » diversement touchés par l’épidémie de coronavirus.

La fin du confinement, entamé le 17 mars, devra se préparer avec les maires, a insisté le président de la République, alors que nombre de ces élus locaux avaient fait part de leurs inquiétudes ces derniers jours, en particulier s’agissant du retour des élèves en classe alors que le virus continue de circuler.

Sur ce point, la rentrée du 11 mai se fera sur la base du volontariat des parents, avance l’Élysée, et priorité sera sans doute donnée aux « plus jeunes, ceux qui ne sont pas autonomes », ainsi qu’aux enfants « les plus en difficulté ».

La rentrée sera « progressive, concertée avec les élus locaux et adaptée aux réalités locales », notamment en fonction de la taille des communes, a encore expliqué la présidence.

Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, avait déjà annoncé un retour à l’école étalé sur trois semaines par niveaux, avec des groupes de 15 élèves au maximum.

L’Association des Maires de France (AMF), qui s’est entretenue avec Emmanuel Macron jeudi, voit dans ce retour en classe « un enjeu sanitaire considérable ».

Les maires sont en outre encouragés à acheter massivement des masques grand public, selon l’Élysée, qui annonce par ailleurs qu’« il faudra probablement imposer le port du masque » dans les transports publics.

Un pas de plus vers les recommandations de l’Académie de médecine qui, de son côté, souhaite que les masques anti-projections soient dès maintenant « obligatoires dans l’espace public ».

Alors que le gouvernement multiplie les consultations pour élaborer la mise en œuvre compliquée de la sortie du confinement, ce cadre doit être présenté « en début de semaine prochaine » par le « Monsieur déconfinement » du gouvernement, Jean Castex, auprès des élus locaux, selon l’Élysée.

« Échanges de population »

Mercredi, lors d’un déplacement en Bretagne, Emmanuel Macron avait évoqué la possibilité de mesures différentes « selon les secteurs d’activité ou selon les régions ».

« Une des propositions sur lesquelles travaille le gouvernement, c’est d’adapter les mesures de déconfinement à la réalité, la réalité d’une école, la réalité d’un quartier, la réalité d’une commune, d’un département ou d’une région », avait déclaré jeudi matin le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner sur BFMTV.

Les ministres concernés ont remis mercredi 22 avril à Matignon une première mouture de leurs plans sectoriels, qui seront intégrés d’ici la fin du mois dans un projet global aux allures de casse-tête.

Si l’hypothèse d’un déconfinement différencié selon les zones géographiques est retenue, le gouvernement mettra-t-il en place des restrictions de circulation entre des zones aux règles différentes ? Aucune indication précise n’a été livrée à ce stade.

Mais pour le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, « ce qu’il faudra éviter, ce sont les transports interrégionaux et les échanges de population entre des zones massivement touchées et des zones peu touchées ».

Le Premier ministre Édouard Philippe devait s’entretenir jeudi après-midi en visioconférence avec les présidents de région pour préparer cette « stratégie de déconfinement ».

Plus globalement, le contexte sanitaire reste toujours aussi incertain, alors que le nouveau coronavirus n’est pas près d’être vaincu, a averti mercredi 22 avril 2020 l’Organisation mondiale de la Santé.

Le bilan reste élevé avec 21 340 morts en France, 544 de plus en 24 heures, même si le nombre de patients en réanimation baisse depuis deux semaines.

Département jusqu’ici épargné, le Cantal a enregistré trois premiers décès.

« Le risque de reprise épidémique existe, il faut nous y préparer », a insisté le Pr Salomon devant la mission d’information de l’Assemblée nationale sur le Covid-19, relevant que « l’immunité actuelle est faible, elle est faible dans le monde entier ».

Selon des estimations de l’Institut Pasteur, seuls 6 % des Français auront été infectés par le coronavirus le 11 mai.

Une étude épidémiologique dans un lycée de Crépy-en-Valois, un des foyers de l’épidémie dans l’Oise, a d’autre part révélé que 26 % des enseignants, lycéens et leur famille possédaient des anticorps contre le virus. Des chiffres là aussi bien trop faibles pour atteindre une immunité de groupe suffisante pour stopper l’épidémie.

Reprise du chantier de Notre-Dame

Signe du ralentissement économique majeur, la consommation d’électricité a baissé de 20 % depuis l’entrée en vigueur des mesures de confinement, baisse imputée principalement aux secteurs de l’industrie et des services, a indiqué RTE.

Les conséquences économiques et sociales sont également très lourdes. Le chômage partiel a franchi la barre des 10 millions de salariés concernés. Et le déficit de la Sécurité sociale atteindra le niveau abyssal de 41 milliards d’euros cette année.

L’État met sur la table un plan d’aide massif de 110 milliards d’euros, voté jeudi dans la nuit par le Sénat. Députés et sénateurs doivent se réunir jeudi en commission mixte paritaire afin de s’accorder sur un texte commun.

De nombreuses voix, dont celle du Haut Conseil pour le climat, appellent toutefois à ne pas reproduire la même erreur qu’en 2008, quand le plan de relance avait favorisé des activités polluantes.

Pour aider les plus modestes, touchés de plein fouet par les conséquences de l’épidémie, 39 millions d’euros supplémentaires alloués à l’aide alimentaire ont par ailleurs été débloqués.

Et sur le plan patrimonial, un peu plus d’un an après l’incendie de Notre-Dame de Paris, le chantier de reconstruction mis en sommeil en mars en raison de l’épidémie reprendra progressivement à partir de lundi.

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