Pour se rafraîchir sans climatisation, Issy-les-Moulineaux mise sur la géothermie

Énergie

Sous les grues et les échafaudages du chantier de construction du quartier Cœur de Ville, à Issy-les-Moulineaux, un réseau de tuyaux et de machines promet une alternative à la climatisation, très polluante, grâce à la géothermie.

Installé dans les sous-sols, le système, conçu et réalisé par Engie Solutions, utilisera de l’eau à 15°C, puisée à 35 mètres sous terre, pour produire du froid, mais aussi de la chaleur en hiver, grâce à des machines appelées « thermofrigopompes ».

Un autre réseau utilisant la géothermie doit être installé à Saint-Denis, pour rafraîchir le village olympique en 2024.

Dans un contexte de réchauffement climatique et de vieillissement de la population, « on ne parle pas d’un besoin de froid de confort, mais d’un besoin de froid sanitaire », soutient Aurélie Lehericy, directrice générale adjointe d’Engie Solutions Villes & Collectivités.

Chaque année, des îlots de chaleur se forment en effet dans les villes : la température augmente localement à cause de la pollution, et aussi de la chaleur dégagée par les systèmes de climatisation.

Le réseau de froid permettrait de limiter la formation de ces îlots, en évitant le recours à la climatisation individuelle sur les 105 000 mètres carrés d’immeubles du Cœur de Ville.

70 % d’énergie renouvelable

Au total, le réseau de chaud et de froid du quartier utilisera un peu plus de 70 % d’énergie renouvelable. Pour le reste, il faudra de l’électricité pour faire fonctionner la plupart des machines, et des chaudières au gaz seront installées en appoint pour les périodes de grand froid.

Comme les climatiseurs classiques, l’installation utilise aussi des fluides frigorigènes. Sous forme gazeuse, ces fluides sont de puissants gaz à effet de serre et peuvent s’échapper lors de la construction, de la maintenance, ou à cause de fuites. Ce sont eux qui contribuent le plus fortement à la pollution des climatiseurs.

« Avec ce système, on utilise 90 % de fluides frigorigènes en moins par rapport à une climatisation classique, ce qui revient à diviser par deux les émissions de CO2 », assure Mme Lehericy.

Ces fluides sont notamment utilisés dans des petites billes qui constituent la principale innovation du chantier : placées dans une grande cuve de 130 m3, elles servent à stocker du froid à la manière de glaçons réutilisables, en particulier la nuit, afin de répondre aux fortes demandes de fraîcheur pendant l’été.

Et la facture ?

Pour ce nouveau quartier d’Issy-les-Moulineaux, le réseau de chaud et de froid a coûté 8 millions d’euros. 25 % de cette somme a été prise en charge par le promoteur immobilier Altarea, et l’Agence de la transition écologique (Ademe) a contribué à hauteur de 532 000 euros.

Dans la commune, où la géothermie est déjà utilisée dans le quartier du Fort, le maire UDI André Santini vante les mérites de l’installation pour les habitants : « Les gens sont très surpris de voir leur facture baisser », assure-t-il.

En effet, l’utilisation de la géothermie permet de limiter l’impact des fluctuations du prix des énergies fossiles et de l’électricité sur le coût du chauffage et de la climatisation.

Pour les futurs habitants du quartier, qui devraient arriver à l’été 2022, Engie a estimé à 700 euros par an le coût du chauffage et de la climatisation pour un appartement de 65 mètres carrés.

En France, les réseaux de froid mutualisés représentent seulement 7 % de la production de froid : ils n’utilisent pas tous le même fonctionnement, mais tentent de présenter une alternative plus verte à la climatisation individuelle.

Entre 2016 et 2020, le recours à la climatisation a augmenté de 11 % selon l’Ademe, qui estime « impératif de maîtriser cette évolution pour en limiter l’impact au maximum ».

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