Lait et collation à l’école

Enfance et famille

Des communes, achètent et distribuent encore du lait aux écoles maternelles, tant publiques que privées depuis de nombreuses années. Dans le contexte actuel de lutte contre l’obésité infantile, elles poursuivent une politique active d’éducation nutritionnelle et s’interrogent aujourd’hui sur la nécessité de maintenir cette prestation.

Même si la loi de modernisation de l’agriculture rend obligatoire le respect de règles nutritionnelles sur le temps de la restauration, les communes doivent aussi se pencher sur les autres repas ou collations pris au sein de l’école sur une journée.

Panorama

Après un premier rapport du comité nutrition de la Société Française de Pédiatrie (SFP) en janvier 2003, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) dénonce à son tour les méfaits de la collation de 10 h à l’école dans les avis du 23 janvier 2004. Elle remet en cause sa composition et son utilité. En effet, 93 % des enfants de 3 à 5 ans prennent un petit-déjeuner et les enquêtes alimentaires ne montrent pas de déficiences calciques dans cette tranche d’âge. De plus, face au contexte de l’augmentation de l’obésité infantile, la multiplication des prises alimentaires n’est pas souhaitable. Ces deux avis recommandent la suppression de toute collation, tout en laissant la possibilité de proposer aux seuls enfants concernés un petit-déjeuner équilibré à base de lait demi-écrémé dès l’arrivée à l’école.

1. Un bref retour sur l’histoire de la collation de 10 h à l’école

Après la seconde Guerre mondiale, le gouvernement de Pierre Mendès France instaure en 1954 la distribution gratuite de lait dans les écoles pour pallier la malnutrition mais également pour favoriser la consommation de lait chez les enfants. En 1976, l’aide financière à la distribution du lait dans les écoles est une action communautaire qui offre ainsi des débouchés aux excédents de la production laitière. Cette décision politique est rapidement adoptée par les enseignants qui y voient un outil éducatif et social. Mais au fil du temps, cette distribution de lait s’est accompagnée dans nombre d’établissements, d’une consommation de boissons et d’aliments à forte densité énergétique (riches en sucres et en graisses) : sodas, biscuits, gâteaux, céréales, viennoiseries… Par conséquent, le rituel de la distribution de lait à 10 h s’apparente à un cinquième repas. Et les pédiatres dénoncent justement « cet apport alimentaire superflu et inadapté » qui pose un réel problème de santé publique puisque 16 % des enfants en âge scolaire sont atteints de surpoids ou d’obésité.
 

2. Les arguments des pédiatres et de l’AFSSA

Selon l’avis du 23 janvier 2004 rendu par l’AFSSA, la collation de 10 h à l’école maternelle n’est plus justifiée et les experts, nutritionnistes et pédiatres, recommandent de la supprimer. En effet, elle augmente les apports caloriques journaliers de ceux qui prennent un petit déjeuner, perturbe le bon rythme alimentaire et favorise le grignotage. Cet avis s’inscrit dans le contexte du Programme national Nutrition Santé (PNSS) qui lutte contre l’obésité infantile. La collation, institutionnalisée dans les écoles maternelles, participe au conditionnement des comportements alimentaires. Et donner une prise alimentaire supplémentaire aux enfants revient à leur dire « mange, même si tu n’as pas faim ».

Ainsi pour le Docteur Ambroise Martin, directeur de l’évaluation des risques nutritionnels et sanitaires à l’AFSSA, c’est un contre-message nutritionnel qui invite les enfants à ne plus porter attention aux signaux internes de la faim et de la satiété. Et ce message est d’autant plus problématique qu’il est diffusé par l’école, censée avoir un rôle éducatif auprès des enfants.

La collation offerte à l’ensemble des écoliers pour répondre aux besoins de moins de 10 % des élèves qui n’ont pas pris de petit-déjeuner n’est pas adaptée. Ainsi, les experts en nutrition se sont accordés sur le fait que la collation matinale à l’école ne doit être ni systématique, ni obligatoire. Elle doit viser à pallier des apports insuffisants et non pas à augmenter l’ingestion calorique au-delà des apports nutritionnels recommandés (ANC).

Dans le cadre familial, les enfants prennent rarement une collation matinale. Donc, l’AFSSA dénonce le risque que la collation de 10 h à l’école finisse par inciter les parents à supprimer le petit-déjeuner à leurs enfants. Or, la famille est le lieu pour l’apprentissage alimentaire et nutritionnel, l’école un complément pour les situations particulières.
 

3. Les repères de consommation du PNNS

L’un des objectifs du PNNS est l’augmentation de la consommation de calcium afin de réduire de 25 % la proportion de la population ayant des apports calciques inférieurs aux recommandations. Donc le PNNS recommande aux enfants et aux adolescents la consommation de trois à quatre produits laitiers par jour selon la taille et la richesse en calcium de la portion.

D’après l’étude des Comportements et consommations alimentaires en France (CCAF) de 2007, seuls 3 enfants sur 10 en moyenne suivent ces recommandations soit 42 % des enfants de 3 à 5 ans, 31 % des 6 à 8 ans, 24 % des 9 à 11 ans, 18 % des adolescents des 12 à 14 ans et 12 % des 15 à 24 ans.

Selon l’Étude nationale nutrition santé (ENNS) de 2006, ils seraient 43 % à avoir des apports conformes à ces recommandations. Et les pourcentages d’enfants en adéquation avec le repère de consommation de produits laitiers diminuent avec l’âge notamment chez les filles : 72 % des filles de 15 à 17 ans n’atteignent pas le repère et 44 % d’entre elles peuvent être considérées comme de très faibles consommatrices avec moins d’une portion et demie de produits laitiers par jour. De plus, l’étude individuelle nationale des Consommations alimentaires 2 (INCA 2) de 2006-2007, montre par ailleurs une baisse importante de consommation de lait, moins 16 % chez les enfants et les adolescents entre 1997 et 2007. Les besoins en calcium sont généralement couverts chez les jeunes enfants qui consomment des produits laitiers à chaque repas. En revanche, la situation est préoccupante pour bon nombre d’adolescents et surtout d’adolescentes.
 

4. Les recommandations du ministère de l’Éducation nationale

Le ministère de l’Éducation nationale a émis dans la circulaire de mars 2004, des recommandations s’appuyant sur l’avis de l’AFSSA : « la collation n’est justifiée par aucun argument nutritionnel et aboutit à un déséquilibre de l’alimentation et à la modification des rythmes alimentaires de l’enfant… ».

Cependant, compte tenu des conditions de vie des enfants et des parents qui peuvent entrainer des contraintes diverses, ces recommandations laissent aux enseignants une marge d’interprétation afin de s’adapter à des situations spécifiques. Ainsi, il peut être envisagé de proposer aux élèves qui n’auraient pas pris de petit-déjeuner à la maison, une collation dès leur arrivée à l’école maternelle ou élémentaire et, dans tous les cas, au minimum plus de deux heures avant le déjeuner. Les boissons ou aliments proposés aux élèves à leur arrivée doivent permettre une offre alimentaire diversifiée favorisant une liberté de choix, en privilégiant l’eau, les purs jus de fruits, le lait ou les produits laitiers demi-écrémés, le pain, les céréales non sucrées en évitant les produits à forte densité énergétique (biscuits, viennoiseries, céréales sucrées, …). Pour les parents, il est inutile de remplir les poches ou le cartable de leurs enfants de nourriture alors que leurs besoins nutritionnels journaliers sont couverts avec un bon petit déjeuner, un déjeuner souvent pris à la cantine, un goûter après la classe et un dîner. Et les enseignants doivent être vigilants aux prises alimentaires lors des récréations.
 

5. La résistance de la collation dans le monde enseignant

Malgré les recommandations formulées par le MEN, dans nombres d’écoles maternelles, la collation de 10 h résiste à l’avis de l’AFSSA pour des raisons diverses, propres à chaque équipe enseignante. Les principales causes évoquées sont :

  • l’argument pédagogique selon lequel la collation est un temps fort pour l’éducation des enfants ;
  • l’hypoglycémie en fin de matinée responsable d’une baisse de la performance scolaire ;
  • la compensation par l’école des carences parentales en l’occurrence l’absence de petit-déjeuner et/ou de lait ;
  • les difficultés de mise en place d’un petit-déjeuner pour les seuls enfants qui n’en auraient pas pris à la maison ;
  • la position du comité scientifique d’Amalthée, organisme de promotion du lait à l’école, qui préconise également la distribution de lait à l’arrivée des enfants à l’école.
     

Le lait dans les écoles aujourd’hui


Il est difficile d’avoir une vue globale sur le territoire national, notamment dans les petites communes. Au regard d’une brève étude comparative, bon nombre de grandes et moyennes villes se sont déjà interrogées. Trois hypothèses sont ainsi envisageables :

– soit le maintien de la situation actuelle,
– soit une suppression totale,
– soit une distribution ciblée et individualisée, comme à la Roche-sur-Yon et à Redon.


Dans la dernière hypothèse, la distribution du lait peut être maintenue mais uniquement pour les enfants qui ne prennent pas de petit-déjeuner le matin à la maison ou à la garderie, pour ceux qui ont un petit-déjeuner déséquilibré (sans laitage) et pour ceux qui fréquentent une école en ZUSZEP-REP. Dans cette situation, il est préférable de proposer le lait à l’arrivée des élèves en classe entre 8 h 35 et 9 h 05. Un horaire trop proche du déjeuner, c’est-à-dire à moins de 2 h, a l’inconvénient de couper l’appétit des enfants. Cette distribution de lait ciblée et individualisée permet une éducation à la santé et à la nutrition, favorise aussi le développement de bonnes habitudes alimentaires mais est plus difficile à organiser sur le terrain.

À Cholet, afin de faire son choix parmi les 3 hypothèses, la ville a mis en place un groupe de réflexion, composé de l’adjoint à l’Enseignement et des conseillers municipaux intéressés par la question de l’alimentation, de la Direction générale et de la Direction de l’Enseignement, des Sports et de la Jeunesse, des Inspecteurs d’Éducation nationale et d’un médecin scolaire.

À la suite de cette réflexion, la décision a été prise de supprimer le lait dans les écoles en conservant la possibilité pour les enseignants d’effectuer une distribution ciblée et individualisée. Contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, et au regard d’une réflexion qui n’avait pu aboutir quatre années auparavant, il y a eu cette fois-ci très peu d’observations et de remarques de la communauté éducative. Après une année scolaire, seuls trois enseignants continuent à distribuer du lait.
 

Nicolas Debucquet
Directeur de l’Enseignement, des Sports et de la Jeunesse, ville de Cholet

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