Réforme de la haute fonction publique territoriale, Laurent Nunez laisse entendre qu’elle n’aura pas lieu

Publié le 9 janvier 2026 à 9h30 - par

Interrogé par l’association du corps préfectoral (ACPHFMI), qui n’est pas favorable à cette transposition, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a fait savoir que le gouvernement ne donnerait pas suite à la dernière version du projet d’arrêté visant à aligner les grilles salariales des directeurs généraux des trois versants de la fonction publique. Depuis cette sortie ministérielle, les coulisses bruissent de rumeurs.

Réforme de la haute fonction publique territoriale, Laurent Nunez laisse entendre qu'elle n'aura pas lieu
© Par Sophie Animes - stock.adobe.com

L’information est sortie chez nos confrères d’Acteurs publics, le 19 décembre dernier, à la veille de Noël. On vous résume l’affaire : depuis le début de l’année 2026, administrateurs territoriaux et autres directeurs de la fonction publique territoriale attendent qu’une fumée blanche sorte de la cheminée de Matignon validant l’alignement de leurs grilles indiciaires et indemnitaires avec celles de l’État et de l’hôpital. Un œil rivé sur le Journal officiel confirme que les différents textes actant cette transposition sont encore en cours de finalisation. À moins que, contrairement aux engagements pris, le gouvernement Lecornu ait décidé de revenir en arrière. Officiellement, l’administration et les syndicats de directeurs doivent achever les conditions de cette transposition. « Nous n’avons aucun rendez-vous pour l’heure concernant cette ultime étape », nous assure une source (très) proche du dossier, qui se refuse à commenter un article de presse dont les annonces n’ont été depuis ni confirmées ni contredites. « Nous avons d’autres chats à fouetter en ce moment, avec les discussions budgétaires et les effets sur les finances locales », ajoute cette source.

Les préfets déclassés versus directeurs territoriaux reclassés ?

Revenons au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, reçu le 18 décembre par l’Association du corps préfectoral (ACPHFMI). Cette dernière ne veut pas de cette transposition. Pierre-André Durand, préfet de la région Occitanie et président de l’association, appelle de ses vœux la « révision » de ce projet d’arrêté qui aurait « particulièrement heurté » le corps préfectoral. Les préfets considèrent en effet qu’ils ne peuvent être traités hiérarchiquement et financièrement comme « des directeurs généraux de service de collectivités », pour reprendre les propos relayés par Acteurs publics. La requête de l’ACPHFMI consiste à « faire remonter le niveau des préfets » dans l’optique de conserver une hiérarchie, selon une confidence d’un membre du bureau de l’association, relayée par notre confrère. Lors de son discours de clôture de l’assemblée générale de l’ACPHFMI, Laurent Nunez aurait rassuré les préfets en annonçant que la dernière version de l’arrêté ministériel de classement, qui a donné lieu à de difficiles négociations sous le gouvernement Bayrou, serait mis sous le boisseau.

Le gouvernement doit clarifier sa position

Sous le choc, l’AATF a dégainé un communiqué le 21 décembre, fustigeant les propos du ministre de l’Intérieur, estimant entre autres que la comparabilité entre préfets et administrateurs territoriaux avait « peu de sens ». Si les administrateurs n’ignorent pas que ces responsabilités sont « différentes par nature », ils considèrent les dites responsabilités « équivalentes en termes d’engagement, de technicité, de pression décisionnelle et de service au pays ». L’AATF s’émeut enfin du fait que l’homologie indiciaire et salariale envisagée n’a jamais eu pour visée d’opposer l’État et les collectivités. Les autres syndicats restent pour l’heure, à notre connaissance, discrets, marchant sur des œufs, préférant conserver l’acquis du travail minutieux réalisé ces derniers mois plutôt que d’alimenter une guerre des nerfs par média interposé. Hélène Guillet, présidente du SNDGCT, ne veut pas jouer le « déclassement des préfets » contre le « reclassement des directeurs généraux ». « Ce n’est pas le fond du sujet ». Bref, il est grand temps que Laurent Nunez précise sa pensée et que Sébastien Lecornu en fasse de même. Un autre grand connaisseur du dossier nous confie, tel un apophtegme : « En ce moment, il ne passe rien ». Et toute phrase prononcée résonne de fait plus bruyamment quand elle reste ainsi en suspens.

Stéphane Menu