En 2022, vous avez mis en place ce système qui permettait aux agents de travailler quatre jours ou quatre jours et demi par semaine, avec ou sans réduction de temps de travail. Quatre ans plus tard, êtes-vous toujours sur le même système et combien d’agents sont concernés ?
Rien n’a changé : nous proposons toujours de faire soit 38 heures en quatre jours ou quatre jours et demi, avec les RTT, ou 35 heures en quatre jours – dans ce cas, l’agent n’a pas de RTT.
Aujourd’hui, sur les 900 agents de notre collectivité, 39 agents ont fait le choix de la semaine de quatre jours et demi et deux agents celui de la semaine de quatre jours, tous sur 38 heures hebdomadaires. Il s’agit de fonctions administratives tous services confondus. Les agents sont majoritairement des cadres et ont en moyenne 47 ans.
Notre méthode a été d’adopter un cadre très général, dont chaque chef de service peut se saisir pour travailler sur sa propre organisation. Depuis le démarrage, le dispositif a été étendu dans un service d’accueil du public : le service des Affaires générales qui comprend l’état civil et l’accueil de l’Hôtel de ville.
Au global, quel bilan faites vous de ce dispositif ?
Au service des Affaires générales, la réorganisation du temps de travail a permis d’améliorer l’accueil du public. L’amplitude horaire de l’accueil est passée de 38 heures à 45,5 heures par semaine. Nous ne fermons plus qu’une heure le midi, et nous sommes ouverts à partir de 8h30 le matin jusqu’à 18 heures le soir. La pause méridienne, en particulier, est un moment où les administrés viennent beaucoup.
En revanche, une expérimentation a été menée sur le service de la Petite enfance, notamment sur les métiers opérationnels dans les crèches, mais n’a pas été convaincante. Il n’était pas possible d’assurer la continuité du service public dans des conditions satisfaisantes. La mise en place de ce type d’organisation nécessite un gros travail d’accompagnement de la part de la direction des Ressources humaines, pour inciter les services à s’en saisir et travailler avec eux sur la faisabilité en fonction de leurs contraintes respectives. Dans certains services, il n’est pas toujours possible de mettre en place la semaine de quatre jours. Par exemple, aux Espaces verts, il est difficile d’appliquer ce dispositif à effectifs constants. Or, si l’objectif de la mise en place de cette semaine de quatre jours est le bien-être au travail elle doit se faire dans le respect de la maîtrise de la masse salariale.
Avez-vous des retours des agents sur la qualité de vie au travail, et des usagers ?
Nous n’avons pas d’évaluation formalisée. Mais je constate que les agents apprécient particulièrement la liberté de choix qui leur est offerte par la collectivité : cela permet à chacun de trouver l’organisation qui lui convient, en fonction de ses besoins, sa vie de famille, etc. Cela permet un meilleur équilibre entre organisations personnelle et professionnelle. C’est une possibilité qui est rare… Et je pense que c’est un facteur d’attractivité. Les cas d’agents qui ont abandonné le choix de la semaine de quatre jours sont rares. À noter cependant la moyenne d’âge des bénéficiaires du dispositif qui est de 47 ans et qui tend à montrer que cette organisation du temps de travail n’est pas adaptée aux familles avec de jeunes enfants.
Comme nous avons aussi réussi à augmenter l’amplitude horaire de l’ouverture de l’Hôtel de Ville, je dirais que nous avons à la fois amélioré la qualité de vie au travail et la qualité de service aux usagers.
Avez-vous eu des difficultés particulières pour organiser les équipes avec ce dispositif ?
La mise en œuvre du dispositif a été relativement simple. Chaque responsable de service donne son accord pour l’entrée dans le dispositif dès lors que la continuité de service est assurée. Sur l’organisation globale du service des Affaires générales, une analyse des plannings a été faite en amont par la responsable de service en concertation avec les agents et la direction des Ressources humaines, en essayant de concilier les intérêts de chacun. Seuls deux agents peuvent travailler 4,5 jours. Ce choix est fait d’un commun accord et réétudié chaque année.
Globalement, le plus compliqué à gérer est l’animation du collectif au quotidien. En effet, entre le télétravail et les quatre jours, chacun a un rythme de travail différent et les plages horaires où tout le monde est présent simultanément sont réduites. Cela complexifie l’organisation des réunions par exemple… Même si cela rentre dans nos habitudes, cela constitue un petit point de vigilance.
Tous les agents n’y ont pas accès, notamment pour des questions de continuité de service. Est-ce un problème pour vos agents ?
Non. Les métiers d’une collectivité sont tellement différents les uns des autres, que c’est accepté. En outre, nous avions déjà anticipé cette réalité structurelle en accordant un à deux jours de congés supplémentaires au titre de la pénibilité aux métiers qui ne peuvent ni bénéficier du télétravail, ni de la semaine de quatre jours.
Feriez-vous certaines choses différemment si vous lanciez ce dispositif aujourd’hui ?
Je pense que je ne proposerais pas l’option de faire 38 heures en quatre jours aux cadres. En effet, par définition, un cadre a un temps de travail élevé et fait plus de 38 heures par semaine. Or, je pense qu’il est très difficile de travailler efficacement 50 heures sur quatre jours, de manager une équipe et avancer sur les dossiers tout en profitant pleinement de sa journée non travaillée.
Une recommandation pour les collectivités qui nous lisent et voudraient se lancer ?
Je recommande de ne pas hésiter à franchir le cap, sans forcément organiser une concertation préalable. À l’époque, nous ne l’avons pas fait car nous étions pris dans des contraintes réglementaires que nous devions solutionner rapidement, mais finalement, je trouve ça bien. Nous avons adopté ce cadre large et souple, dont chacun peut se saisir comme il le souhaite à n’importe quel moment.
Je signale aussi que certaines collectivités proposent parfois le rythme de quatre jours par semaine, mais une semaine sur deux. Ce pourrait être une solution à proposer à l’avenir.
Comptez-vous faire évoluer ce dispositif ?
Le dispositif en lui-même, non. En revanche, j’aimerais que d’autres services s’en saisissent pour qu’il bénéficie à plus d’agents. Mais pour cela, il est nécessaire que la direction des Ressources humaines les accompagne, or elle manque de temps. Et puis finalement, la réalité de terrain nous montre que les services qui ont voulu se saisir du sujet l’ont fait. Peut-être que ceux qui ne l’ont pas fait n’en ont tout simplement pas envie.
Que pensez-vous de la proposition de loi de l’ex-sénatrice Raymonde Poncet Monge, déposée cet été, qui défendait une semaine de 32 heures sur quatre jours pour éviter que la réduction de la semaine de travail ne se solde par une intensification du travail ?
Bien sûr, ce serait l’idéal. Mais il faudrait changer la durée légale du travail et embaucher… C’est un modèle totalement différent, un autre rapport au travail. Je pense que dans nos métiers administratifs, l’intensification du travail est toute relative sur un rythme de 35 heures hebdomadaires sur quatre jours. Il n’y a pas de RTT mais une possibilité de trouver un réel équilibre entre vie personnelle et professionnelle au quotidien. Force est de constater que le format choisi très majoritairement par les agents de Neuilly-sur-Marne est la semaine de 38 heures sur 4,5 jours avec 11 jours de RTT mais que ce choix reste très minoritaire à côté de la semaine de 5 jours qui reste la règle.
Propos recueillis par Julie Desbiolles