La première « librairie-école » de France séduit les apprentis

Jeunesse

Sous les regards de Banksy, d’Albert Camus ou encore d’Annie Ernaux juchés sur des étagères blanches flambant neuves, une vingtaine de jeunes apprentis écoutent attentivement leur formatrice dans les rayons de « La Ruche », la première « librairie-école » de France.

« L’accueil est primordial », les met en garde Alexia Dumaine. « Vous pouvez avoir la plus belle librairie du monde, avoir la composition la plus fine du monde, si vous n’êtes pas agréable avec la personne qui rentre, elle ne retiendra que ça ».

Vieux rêve de la profession, ce lieu imaginé par l’institut national de formation de la librairie (INFL) a ouvert ses portes fin août à Maisons-Alfort (Val-de-Marne) et fait désormais office de vitrine d’un des rares secteurs à reprendre des couleurs dans l’ère post-confinement.

Terrain de jeu des libraires et futurs libraires le lundi, « la Ruche » fonctionne le reste de la semaine comme une librairie lambda avec romans phares de la rentrée littéraire en vitrine et caisse à l’entrée.

Au programme ce lundi-là, « posture et attitude pour accueillir un client en librairie ». Du « bonjour » au « je suis là pour vous aider si besoin » en passant par le positionnement au sein de la libraire, la distance à respecter et la tenue, tout est passé en revue.

« Imaginez que quelqu’un rentre dans la librairie, qu’est-ce que vous feriez ? », interroge la formatrice, qui pendant les deux années d’apprentissage « jouera le client » et « demandera des conseils » aux futurs libraires.

« Exercez-vous, n’ayez pas peur de vous planter, il vaut mieux vous planter ici que dans vos librairies ! »

« Librairie taverne »

Au total, 200 apprentis sont accueillis cette année à l’INFL, qui a pris le nom en juillet d’« École de la librairie », pour des cours théoriques et pratiques, un chiffre en progression selon la directrice de la structure.

« Pour cette rentrée on est complet complet pour les apprentis », indique Caroline Meneghetti, qui impute ce succès à la renommée de l’école et à l’aide financière exceptionnelle à l’embauche d’apprentis de 5 000 à 8 000 euros.

Mais pas seulement. Car au-delà de ces jeunes, l’école accueille également 400 stagiaires en formation continue (vente, animation, gestion, communication…) et en reconversion.

« C’est un métier qui a toujours fait rêver mais aujourd’hui avec la période qu’on connaît il y a beaucoup de personnes qui se questionnent sur le sens à donner à leur vie professionnelle et on sent un regain d’intérêt, que ce soit pour la reconversion ou pour les jeunes ce qui est très bon signe », relève la directrice.

Parmi les apprentis présents ce jour-là à la Ruche, Louis Groult, 22 ans, bat en brèche l’image moribonde longtemps associée à une profession passionnante mais réputée difficile, fragile économiquement et peu rémunératrice.

« J’étais parti pour faire des études d’ingénieur mais j’ai arrêté parce que ça ne me plaisait pas du tout, mes grand-parents ont dit que libraire c’était un métier mort, qu’il n’y avait pas de travail, au final c’est faux, j’ai plein d’amis qui sont libraires, on trouve du travail », assure-t-il.

Un optimisme partagé par Florian, 22 ans, qui a déjà une idée bien précise de ce qui est encore à ce stade « un rêve » : ouvrir une librairie-taverne en Bretagne au bord de la mer, spécialisée sur les ouvrages consacrés à la « mer et l’imaginaire ».

« Ceux qui choisissent de devenir libraires ont bien conscience des limites du métier et des difficultés qu’il peut y voir mais ils veulent ouvrir un lieu d’échange », note Alexia Dumaine.

Concernant les personnes en reconversion, le profil a également évolué, selon l’INFL, qui évoque des personnes de plus en plus jeunes et désireuses de créer des librairies avec un engagement « sociétal, politique, écologique ou féministe ».

Pour l’heure, la préoccupation du jour pour les apprentis est plus pratico-pratique : comment percevoir les réactions des clients à travers un masque de protection ?

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