Coronavirus : le gouvernement débloque 39 millions d’euros pour l’aide alimentaire

Lutte contre les exclusions

Ils connaissent déjà les fins de mois difficiles mais avec la crise sanitaire, certains n’y arrivent plus : le gouvernement a annoncé jeudi 23 avril 2020 le déblocage inédit d’une enveloppe de 39 millions d’euros pour l’aide alimentaire des foyers les plus modestes.

Ces 39 millions « viendront soutenir les associations et répondre en urgence à des territoires en souffrance », a déclaré lors d’une conférence de presse Christelle Dubos, secrétaire d’État chargée de la lutte contre la pauvreté.

Ce montant, qui équivaut à un tiers du budget annuel habituellement alloué par l’État aux associations au titre de l’aide alimentaire, vient en complément des 65 millions déjà débloqués depuis le début du confinement, pour l’aide aux sans-abri.

Depuis le 17 mars, 10 600 personnes à la rue ont été hébergées dans des hôtels sociaux. « Nous avons ainsi pu mobiliser 20 000 places de plus depuis le début du confinement », s’est félicité jeudi le ministre du Logement Julien Denormandie, lors de la conférence de presse.

Mais la crise sanitaire et le confinement ont aussi mis en difficultés les ménages à faibles revenus, les faisant basculer parfois brutalement de la précarité à la pauvreté.

Signe visible de cette crise sociale, les files d’attente devant les points de distribution alimentaire, qui s’allongent depuis quelques semaines.

Fermés au début du confinement, certains points ont été rouverts tant bien que mal par des associations, elles-même en difficulté. La plupart d’entre elles ont dû suspendre une partie de leurs activités, faute de bras ou faute d’argent, en temps de confinement.

Travailleurs précaires, employés non déclarés ou encore intérimaires, ils sont nombreux à venir pour la première fois grossir les rangs aux portes des associations, prises de court.

Une première tranche de 25 millions de l’enveloppe annoncée jeudi sera ainsi distribuée aux associations pour financer des achats de denrées, « centralisés par l’État et pour le compte des associations », ainsi que des achats directs, a précisé Mme Dubos.

Matériels de protection, frais de stockage, transports exceptionnels : pour les Banques alimentaires qui viennent chaque année en aide à 2 millions de précaires, ces mesures permettront aussi de « faire face aux coûts supplémentaires engendrés par la crise sanitaire », expliquent-elles jeudi dans un communiqué.

Mais « l’aide alimentaire est en train de devenir un problème national et il n’est pas sûr que ça sera suffisant », met en garde Florent Gueguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité (800 associations de lutte contre la pauvreté).

« Pas un remède miracle »

En parallèle, 14 millions d’euros seront distribués sous forme de « chèques d’urgence alimentaire » dans les territoires en difficultés en métropole et Outre-mer.

Confiés aux préfectures, ces chèques-service seront distribués par les centres communaux d’action sociale (CCAS), pour un équivalent de 105 euros par foyer identifié. « Dès vendredi, les territoires concernés recevront ces premiers chèques d’urgence alimentaire », a assuré Christelle Dubos.

En Seine-Saint-Denis, un des départements français les plus pauvres, l’aide d’urgence alimentaire représentera 2,6 millions d’euros et bénéficiera à 25 000 foyers.

Au total, 2,9 millions de chèques seront distribués. Ils seront utilisables dans les supermarchés et permettront l’achat de produits de première nécessité.

Pour les Outre-Mer, 4 millions seront distribués sous la forme de chèques d’urgence alimentaire à Mayotte, ou de distributions de denrées alimentaires en Guyane et à Saint-Martin.

« Ce n’est pas non plus le remède miracle », estime toutefois Véronique Fayet, présidente du Secours catholique. L’association relève notamment des difficultés pour les bénéficiaires de ces chèques-service, pour les utiliser dans certains magasins.

« Certains les refusent, d’autres n’en prennent qu’un nombre limité ou ne rendent pas la monnaie », signale-t-elle.

Pour Manuel Domergue, de la Fondation Abbé Pierre, « c’est une nouvelle mesure d’urgence imparfaite ». Mettant en garde contre un autre problème sans doute à venir, celui des difficultés pour certains à payer leur loyer pendant cette crise, il appelle les autorités « à plus d’anticipation ».

« Ces moyens d’urgence qui s’ajoutent les uns aux autres montrent juste que les minima sociaux sont insuffisants pour vivre », estime Mme Fayet.

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