Police municipale : « Le travail des policiers municipaux n’est pas quantifiable »

Management

Les polices municipales sont devenues des acteurs centraux des enjeux de sécurité locaux. Weka vous propose durant l’été de se pencher sur un corps de métier en plein développement.

Pour ce premier rendez-vous, et  suite à l’utilisation de la vidéosurveillance pour contrôler les agents de police municipale à Vitrolles, entretien avec Yannick Cheveau, secrétaire général adjoint du SNPM, sur les méthodes de management et d’évaluation des policiers municipaux.

Weka : La ville de Vitrolles a récemment défrayé la chronique en utilisant la vidéosurveillance pour contrôler le travail de ces agents de police municipale. Est-ce une première ?

Yannick Cheveau : Malheureusement, ça n’est pas la première fois. Mais c’est la première fois que l’affaire est médiatisée, car aucune solution, aucune négociation n’a été trouvée.

Weka : Comment évalue-t-on le travail d’agents de police municipale ?

Yannick Cheveau : En termes de sécurité, le travail des policiers municipaux n’est pas quantifiable. On ne peut pas dire « aujourd’hui j’ai fait ci, j’ai fait ça ». C’est par la présence, le contact, qu’on aura pu éviter certaines choses. Il ne faut donc pas chercher à quantifier ce qui ne peut pas l’être. La vraie question est de savoir si la présence d’agents est suffisante pour assurer la sécurité. Pour en revenir à la vidéosurveillance, ça peut être un moyen tentant de vérifier si le policier fait bien son travail, car c’est facile. Mais ça n’est pas fait pour ça, comme l’a rappelé la Cnil : c’est totalement prohibé.

Et de toute façon, c’est inefficace, hormis pour contrôler les heures d’entrée et de sortie du service. Si un responsable de service veut contrôler la qualité du travail de ses agents, il n’y a pas de secret : il faut passer du temps avec eux sur le terrain, ou déléguer cette tâche à des intermédiaires de confiance. Les relations entre agents et hiérarchie doivent être basées sur la confiance, ou alors il faut changer d’agents, ou changer de responsabilité.

Il y a quand même un contrôle sur les procédures, du palpable, par exemple sur les comptes rendus, on sait si l’agent écrit correctement, décrit les faits fidèlement, etc. Mais sur le terrain, même si le chef ne peut pas contrôler tout le monde, il y a un responsable de binôme, et si celui-ci est à ce grade, c’est qu’il a la confiance de sa hiérarchie, donc qu’il a fait ses preuves. Donc soit les responsables déchargent le contrôle à des intermédiaires sur le terrain, soit ils y vont eux-mêmes.

Weka : À quoi sert la vidéosurveillance ?

Yannick Cheveau : C’est un outil intéressant pour sécuriser et prévenir. Mais la vidéo n’arrête pas les bandits, n’empêche pas les méfaits. Ça permet de constater les faits pour ensuite envoyer une équipe de police sur place, qui elle vérifie s’il y a un problème.

Weka : Cet épisode est-il représentatif ?

Yannick Cheveau : Je veux croire que ça n’est pas représentatif de l’ensemble des villes qui ont choisi la vidéosurveillance ! Mais c’est simple à faire, il suffit de regarder, de « tomber sur la vidéo ». Mais même s’il y a faute avérée de l’agent, la vidéo n’est pas exploitable. On peut comprendre que c’est intéressant de regarder, pour comprendre pourquoi une intervention a été décevante, sans voyeurisme. C’est arrivé, et ça arrivera à nouveau. Mais c’est hors des clous. Si je prends l’exemple de Toulouse, le centre de télésurveillance est ultra règlementé : tout le monde n’entre pas, tout le monde ne visionne pas, il faut une procédure judiciaire pour sortir une vidéo, comme l’exige la loi.

Aujourd’hui à Vitrolles, tout le monde est bien embêté, car des procédures judiciaires peuvent être engagées. Il faut que la ville prenne conscience de la loi et en sanctionne la violation. Si les agents utilisaient leurs armes de service pour chasser le lapin, il y aurait des sanctions. C’est la même chose ici.

Posté le par Rédaction Weka

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