Filmer la police : la Défenseure des droits réclame « le retrait » de l’article de loi

Sécurité

La Défenseure des droits Claire Hédon a réclamé vendredi 20 novembre 2020 « le retrait » de l’article de loi controversé qui prévoit d’interdire de filmer les forces de l’ordre dans un but malveillant, qu’elle juge « inutile » et potentiellement nuisible au contrôle de l’action des policiers et gendarmes.

Si Mme Hédon a reconnu « une avancée », après l’annonce par le gouvernement d’une réécriture de cet article polémique, le texte « l’inquiète toujours ». « Je pense que la seule solution, c’est le retrait de l’article, parce qu’en fait il est inutile », a-t-elle estimé sur BFMTV.

« Dans notre arsenal législatif aujourd’hui (…) on peut punir des personnes qui utilisent de façon malveillante les vidéos qu’elles tournent », a-t-elle fait valoir.

Mme Hedon a ainsi rappelé la condamnation en 2019 d’une jeune fille par le tribunal correctionnel de Versailles, parce qu’elle « filmait les policiers sans arrêt et le mettait sur les réseaux sociaux sans aucune raison ».

L’article 24 de la proposition de loi « sécurité globale » doit être adopté vendredi à l’Assemblée nationale. Il prévoit de pénaliser d’un an de prison et 45 000 euros d’amende la diffusion de « l’image du visage ou tout autre élément d’identification » d’un policier ou d’un gendarme en intervention lorsque celle-ci a pour but de porter « atteinte à son intégrité physique ou psychique ».

Face à la polémique qu’il a suscitée, le gouvernement a annoncé vouloir amender ce texte afin de préciser « que les dispositions envisagées ne feront nul obstacle à la liberté d’informer ».

« Cet article, il n’est pas acceptable », a insisté Mme Hédon, en rappelant que les vidéos tournées lors d’interventions des forces de l’ordre sont « très utiles » au Défenseur des droits « quand il y a des dérapages des forces de sécurité ».

« Si on veut que notre population retrouve confiance en sa police, ce qui est absolument indispensable, il faut qu’on le reconnaisse et qu’il y ait sanction » lorsque de tels cas sont identifiés, a-t-elle ajouté.

La Défenseure des droits s’est également élevée contre les déclarations du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui a invité les journalistes à prévenir les autorités avant de couvrir une manifestation. Il s’agit d’une « atteinte à la liberté de la presse, absolument, sans aucun doute », a-t-elle cinglé.

« Il est important que la presse puisse continuer à faire son travail et jusqu’au bout des manifestations », a-t-elle ajouté, après l’interpellation de plusieurs journalistes mardi 17 novembre à Paris à la fin d’un rassemblement contre la loi « sécurité globale ».

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