Covid-19 : opération de dépistage massif dans les Ehpad

Personnes âgées

Changement de braquet : face à la propagation rapide du Covid-19 dans les Ehpad, le gouvernement va lancer une opération de dépistage massif des personnels et résidents, une mesure réclamée depuis des semaines par les professionnels du secteur pour « casser la chaîne de contamination ».

Cette « vaste campagne », annoncée lundi 6 avril 2020 par le ministre de la Santé, doit permettre de « regrouper les cas positifs au sein de secteurs dédiés dans les établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes pour éviter la contamination des autres résidents », particulièrement vulnérables face au Covid-19.

Dans les maisons de retraite médicalisées et autres établissements médico-sociaux, le coronavirus a déjà tué plus de 3 200 personnes, selon le dernier bilan du ministère mardi 7 avril.

Ce dépistage, « systématique dès qu’il y a un cas authentifié, sera progressivement déployé sur le territoire, en lien avec les collectivités territoriales, en premier lieu les départements, qui feront appel à la réserve sanitaire pour faire des prélèvements », a détaillé mardi 7 avril Olivier Véran à l’Assemblée nationale.

Une « liste de tous les laboratoires disponibles » est en cours, a poursuivi le ministre lors de la séance des questions au gouvernement.

Depuis plusieurs semaines, professionnels du secteur et gériatres demandaient davantage de tests pour pouvoir repérer toute nouvelle infection et « rompre la chaîne de contamination ».

« Dès lors qu’on a un cas suspect, il faut tout de suite faire le prélèvement pour pouvoir dire que le virus a pénétré dans l’établissement et éviter qu’il soit transmis à d’autres », explique à l’AFP le Pr Claude Jeandel, président du Conseil national professionnel de gériatrie.

Selon lui, même si l’épidémie gagne du terrain, il n’est « pas trop tard » pour mettre en place cette mesure, car « nous pouvons encore préserver des cas », notamment dans les deux tiers des établissements qui ne sont pas touchés.

De son côté, le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris, a plaidé mardi 7 avril sur CNews pour qu’on dépiste « la totalité des gens dans les Ehpad sans attendre le premier cas » car « la moitié de ceux qui sont infectés ne présentent pas de signes ».

Fiabilité en question

Sur le terrain, « il faut pouvoir tester et retester régulièrement le personnel et les résidents », a témoigné à l’AFP Jean-Pierre Riso, président de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa), se disant « satisfait » du déploiement de tests.

Depuis début mars 2020, des mesures telles que l’interdiction des visites extérieures, la fin des activités communes et l’isolement en chambre – malgré les questions qu’il pose sur la santé psychique de personnes souvent vulnérables et isolées – ont été prises successivement pour éviter une propagation.

« Le dépistage massif n’est pas l’alpha et l’oméga car les tests ne sont pas fiables à 100 %, mais il constitue une arme supplémentaire » pour éviter qu’un « soignant, en dépit de sa volonté, ne fasse entrer le virus », a insisté M. Riso.

Les tests actuels, dits RT-PCR, sont basés sur une analyse génétique et permettent de dire qu’un malade est infecté au moment où on les réalise. Mais ils ne permettent pas de dire si la personne a contracté le coronavirus.

La semaine passée, quelque 22 000 tests étaient réalisés par jour en moyenne, un chiffre qui va passer à « 50 000 au cours du mois d’avril 2020, notamment pour les Ehpad », a promis Olivier Véran.

La fédération des maisons de retraite privées (Synerpa) a réclamé que les Ehpad puissent avoir très rapidement un « accès prioritaire » à ces tests.

« Cela va dans le bon sens mais il faut qu’on avance vite », a également réagi Romain Gizolme, directeur de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA).

« Cette opération doit permettre de voir plus clairement ceux qui sont contaminés, puis adapter et assouplir les mesures pour ceux qui sont négatifs », poursuit-il, rappelant que le Comité d’éthique (CCNE) a estimé que le confinement renforcé des résidents des Ehpad devait être temporaire et leur laisser la possibilité, même limitée, de circuler.

Sans attendre, plusieurs collectivités ont d’ores et déjà commencé le dépistage « préventif », comme à Nancy ou en Essonne, département qui a commandé 30 000 tests.

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