Christel Prado : « Le handicap ne doit pas être générateur d’exclusion sociale »

Personnes handicapées

Élue le 11 juin 2010, Christel Prado est la toute nouvelle présidente de l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei). Alors que son association fête, cette année, ses 50 ans d’existence, Christel Prado expose les priorités qu’elle entend mettre en œuvre à la tête du mouvement militant de représentation et de défense des intérêts des personnes handicapées mentales et de leurs familles.

Lettre de l’Action sociale : Vous venez de prendre la présidence de l’Unapei alors que celle-ci fête son 50e anniversaire. Quel regard portez-vous sur le parcours de votre association ?

Christel Prado : Lorsque j’ai participé à ma première assemblée générale de l’Unapei, en 2003, j’ai tout de suite été émerveillée ! Tous ces parents qui, pour beaucoup, âgés de plus de 50 ans, prennent la parole, haut et fort, pour affirmer, contre l’opinion générale : « Non, ce n’est pas vrai, nos enfants ne sont inéducables ! » C’est exceptionnel ! J’ai ressenti une véritable force, une énergie pour se battre. Ces parents soulèvent des montagnes pour bâtir des moyens pour rendre leurs enfants autonomes et révéler leur potentiel. Au final, depuis sa création, notre association mène un combat de société.

Christel Prado a été élue présidente de l’Unapei le 11 juin 2010, à l’occasion de la 50e assemblée générale de l’association. Âgée de 42 ans, la nouvelle présidente est maman d’une enfant polyhandicapée et autiste de 18 ans. Engagée dans le mouvement Unapei depuis 2002, Christel Prado succède à Régis Devoldère, qui présidait l’Union depuis 2000. La nouvelle présidente est vice-présidente d’une Apei locale à Caen, en Basse-Normandie. Elle travaille, à temps plein, dans la fonction publique.

Avec cet objectif de promouvoir l’autonomie des enfants handicapés mentaux, l’Unapei a contribué à la construction des écoles spécialisées. Ensuite, l’association s’est investie dans cet outil formidable que constituent les CAT, aujourd’hui rebaptisés établissements et services d’aide par le travail (ESAT). Ces structures permettent aux personnes handicapées mentales de travailler. Elles acquièrent ainsi un statut social. C’est une fierté. Aujourd’hui, il convient de préserver la vocation médico-sociale de ces établissements.

Parallèlement, l’Unapei milite pour développer la validation des acquis de l’expérience (VAE) en faveur des personnes handicapées mentales.

LAS : Comment jugez-vous l’évolution de la situation des personnes handicapées mentales ?

Christel Prado : En quelques années, nous sommes passés, comme le souligne mon homologue de l’Association des paralysés de France, des z’handicapés, avec un Z majuscule, au statut de la personne handicapée. La loi n° 2005-102 du 11 février 2005 fait référence aux personnes en situation de handicap. C’est un réel progrès. Indéniablement, la représentation des personnes handicapées a évolué dans le bon sens. Aujourd’hui, dans la société, chaque individu fréquente davantage de personnes handicapées. C’est très bien, mais cela n’est pas encore assez.

Le handicap mental renvoie au cerveau, qui constitue le dernier tabou. Auparavant, l’organe sacré était le cœur jusqu’à ce que l’on réussisse la première transplantation cardiaque… Voilà pourquoi je préfère parler de personnes à mobilité intellectuelle réduite plutôt que de personnes handicapées mentales. Pour l’imaginaire du commun des mortels, cette appellation me paraît plus adaptée

LAS : Quel est l’apport de la loi handicap du 11 février 2005 ?

Christel Prado : Cette loi constitue une superbe loi d’intention ! Si l’on parvient à la rendre effective dans toutes ses intentions, la société française, dans son ensemble, s’en portera beaucoup mieux. En attendant, sur deux des plus importants volets de la loi – l’accessibilité et la compensation du handicap -, nous exprimons de grandes craintes.

En matière d’accessibilité, des parlementaires ont déposé, sous la pression de différents lobbies, des amendements à plusieurs propositions ou projets de loi pour tenter de faire machine arrière. Ce n’est pas acceptable. Les obligations et l’échéance de 2015, posées par la loi, doivent être respectées. Par ailleurs, au niveau de la compensation du handicap, on constate que l’ouverture des droits en aides humaines se révèle compliquée.

LAS : En tant que nouvelle présidente de l’Unapei, quelles sont vos premières priorités ?

Christel Prado : Notre priorité absolue est que plus aucune personne handicapée mentale ne reste sans solution. C’est le moteur de notre engagement et le premier combat de l’Unapei. Aujourd’hui, 5 000 enfants sont contraints de rester à la maison, faute de solution. Ils deviendront 5 000 adultes sans prise en charge adaptée. Au final, cela coûtera cher à la société. Je le répète : le handicap ne doit pas être générateur d’exclusion sociale, tant pour les enfants que pour leurs parents et leurs frères et sœurs.
Par ailleurs, il convient d’améliorer l’information auprès du corps médical. Notre ambition est d’établir une passerelle, un continuum entre la phase du diagnostic et la prise en charge médico-sociale.

Ensuite, je compte bien interpeler les instances du milieu ordinaire, dont l’Éducation nationale. Pourquoi la sensibilisation à la différence ne figure-t-elle toujours pas dans les programmes scolaires ? Cette mesure ne représente aucun coût financier. Il s’agit juste de volonté politique.

Il conviendra, également, de régler le problème des auxiliaires de vie scolaire (AVS), avec pour ambition d’en faire un véritable métier. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

LAS : Quelles sont vos principales attentes vis-à-vis du gouvernement ?

Christel Prado : Elles sont tellement nombreuses que j’avoue éprouver quelques difficultés à établir une hiérarchie. Il y a un tel rattrapage à effectuer ! Des établissements ayant reçu un avis favorable du CROSMS qui ne sont toujours ouverts, des CPOM qui ne seront pas honorés faute de moyens financiers… Le contexte est difficile. D’autant que les décisions sont souvent prises sans concertation. Aujourd’hui, nous sommes plus considérés, par les pouvoirs publics, comme des prestataires que comme des partenaires.

Plus concrètement, l’Unapei demande que, lors de la prochaine rentrée scolaire, aucun enfant ne soit privé d’éducation. Là  encore, il s’agit de volonté politique. Par ailleurs, nous tirons le signal d’alarme sur la situation des personnes handicapées mentales vieillissantes. Il faut leur permettre de vivre le plus longtemps chez elles, le plus souvent en foyer. Les quelque centaines de places supplémentaires prévues par le gouvernement pour 2010 ne suffiront pas à répondre aux besoins des 15 000 personnes à prendre en charge dans les 5 ans à venir.

L’Unapei fête ses 50 ans

L’Unapei se présente comme la première fédération d’associations française de représentation et de défense des intérêts des personnes handicapées mentales et de leurs familles. « L’Unapei, c’est un mouvement militant, au service d’un projet et d’un but central », explique l’association. Créée en 1960, elle célèbre, cette année, ses 50 ans.
L’Unapei rassemble 600 associations de bénévoles, parents et amis, « qui agissent pour que toute personne déficiente intellectuelle dispose d’une solution d’accueil et d’accompagnement et soit le plus intégrée possible dans la société ». L’Unapei, « c’est aussi des valeurs communes et des engagements partagés, portés par un fonctionnement démocratique et riche d’une belle histoire d’innovations… », plaide l’association.

En quelques chiffres, l’Unapei, c’est donc :

  • 600 associations, dont 300 sont gestionnaires d’établissements et de services et 86 des associations tutélaires ;
  • 3 000 établissements et services médico-sociaux ;
  • 75 000 professionnels employés dans les associations et les établissements ;
  • 60 000 familles adhérentes des associations affiliées ;
  • 180 000 personnes handicapées accueillies, dont 40 000 majeurs protégés.

Plus d’informations sur : www.unapei.org

 

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