Pêche, agriculture, transports : différents secteurs d’activités directement impactés par la hausse du carburant vont bénéficier du plan d’aide de près de 70 millions d’euros annoncé le 27 mars par Sébastien Lecornu, Premier ministre, et limité au mois d’avril. À titre d’exemple, les TPE et PME du transport percevront l’équivalent de 20 centimes d’euros par litre de carburant. Mais rien pour les infirmiers libéraux, qui se rendent quotidiennement au chevet de leurs patients pour dispenser des soins et garantir leur maintien à domicile. Pourtant, comme l’a rappelé Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), le Premier ministre avait promis le 25 mars, sur les bancs de l’Assemblée nationale, d’inclure les infirmiers libéraux dans le plan. « Cette promesse avait nourri de fortes attentes au sein de la profession », a-t-il soutenu lors d’une intervention télévisée.
Un impact sur l’accès aux soins
« L’augmentation du coût des déplacements vient désormais déséquilibrer un modèle économique déjà fragile, au point de remettre en cause la rentabilité de certains soins et de certaines tournées », soutient le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil). Les infirmiers ayant une obligation de continuité des soins, les patients déjà pris en charge ne devraient pas être impactés par la situation. En revanche, la crainte des représentants syndicaux porte sur les nouvelles demandes d’inclusion, « car des choix risquent d’être opérés selon la distance entre le domicile des patients et le cabinet infirmier, a fait savoir Daniel Guillerm. Nous redoutons donc un problème d’accès aux soins dans un système déjà sous tension. Les patients vont peut-être devoir rester à l’hôpital, entraînant un surcoût pour la collectivité ». Face à des indemnités de déplacement perçues par les infirmiers, qui ne couvrent plus la réalité des charges, sans réponse rapide des tutelles, les effets peuvent se faire ressentir immédiatement : réduction de l’offre de soins, recul de la présence infirmière dans les zones les plus étendues et renforcement des inégalités territoriales.
Les solutions demandées
D’ailleurs, Convergence infirmière, troisième syndicat représentatif de la profession, demande une augmentation de l’Indemnité forfaitaire de déplacement (IFD) à 4 euros au lieu des 2,75 euros actuels, pour certaines typologies de patients, notamment les patients dépendants, sur un principe comparable à celui appliqué aux masseurs-kinésithérapeutes. « Ces patients ne peuvent pas se déplacer, le déplacement est donc une obligation structurelle, soutient le syndicat. Cette mesure doit être intégrée dans la négociation [conventionnelle] en cours, applicable rapidement et adaptée à la réalité des coûts actuels. » Outre la mise en place d’une aide exceptionnelle ciblée pour compenser l’impact direct de la hausse des carburants, de son côté, le Sniil demande, dans le cadre d’une réflexion à plus long terme, un soutien aux infirmiers pour l’acquisition de véhicules électriques, afin d’accompagner leur transition et limiter leur exposition aux fluctuations énergétiques.
Quant à la FNI, elle plaide pour une mesure structurelle à savoir la mise en place d’un carburant professionnel exonéré de taxes (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques ou TICPE et TVA) pour les infirmiers libéraux, un dispositif qui existe déjà dans d’autres secteurs dépendants de l’énergie, qui « permettrait de soulager durablement la profession sans alourdir les dépenses de l’Assurance maladie. »
Laure Martin
