Infirmiers et aides-soignants : des durées de carrière moins longues en Île-de-France

Professionnels de santé

Défi métiers vient de publier une étude évaluant la durée des carrières des aides-soignants et des infirmiers franciliens.

La question de la durée en emploi des infirmiers et des aides-soignants (AS) est une problématique récurrente depuis près de deux décennies. Un grand nombre de pays occidentaux se trouve confronté au phénomène du turn-over, de l’épuisement de ces professionnels, et à des difficultés de recrutement. Or, à ce jour, il n’existe pas d’enquête longitudinale permettant de connaître exactement la durée en fonction de ces professionnels, depuis l’obtention de leur diplôme jusqu’au départ à la retraite ou au décès.

Dans le cadre du suivi du Schéma régional des formations sanitaires et sociales, la Direction des formations sanitaires et sociales du conseil régional d’Île-de-France a missionné Défi métiers pour explorer la question de la durée des carrières des aides-soignants et infirmiers franciliens. En l’absence de données, la région a ainsi sollicité le Carif-Oref francilien (Centre animation ressources d’information sur la formation/Observatoire régional emploi formation) pour objectiver le ressenti de « carrières courtes » de ces métiers. Basée sur des données antérieures à la crise sanitaire liée au Covid-19, son étude a été rendue publique courant février.

Des effectifs en progression

Les effectifs d’aides-soignants et infirmiers en emploi sont en forte croissance en Île-de-France. Selon l’étude, l’Île-de-France compte 56 700 aides-soignants (AS) en emploi et 62 100 infirmiers salariés, 6 700 infirmiers libéraux, 500 infirmiers psychiatriques (soit environ 69 300 infirmiers, toutes spécialités et tous statuts confondus). Défi métiers observe que l’évolution du nombre d’infirmiers (infirmiers salariés, libéraux, et infirmiers spécialisés en psychiatrie) correspond à une augmentation de 4 % des effectifs en emploi entre 2011 et 2016, soit un solde positif de 2 350 professionnels. Pour les aides-soignants, cette évolution est de 5 % et correspond à un solde positif de 3 000 professionnels.

Ce « solde » correspond à la différence entre les entrées sur le marché de l’emploi (diplômés entrant sur le marché de l’emploi, professionnels retournant sur le marché de l’emploi après une période de chômage, professionnels ou nouveaux diplômés provenant d’une autre région ou d’un autre pays) et les sorties (départ à la retraite, décès, départ dans une autre région ou à l’étranger, entrée en période de chômage ou en inactivité, changement de métiers).

Des durées de carrière plus courtes en Île-de-France

L’étude de Défi métiers tente donc de mesurer la durée des carrières de ces personnels. Ses deux auteurs ont utilisé deux méthodes. La première, à l’aide des données de l’Insee et de la Drees, permet d’avoir une estimation de la longévité des carrières de ces professionnels (quel que soit l’employeur). La seconde méthode, avec les données de la CNRACL, permet une projection des durées des carrières dans la fonction publique hospitalière (FPH).

Si ces deux méthodes montrent que les durées de carrières sont parfois plus longues que laissait présager un discours ancré depuis plusieurs années, elles montrent aussi que l’Île-de-France connaît une situation plus difficile que d’autres régions. Ainsi, la durée de carrière en Île-de-France des professionnels pourrait être comprise en moyenne :

  • Entre 11 et 15 ans pour les aides-soignants (AS) ;
  • Entre 10,5 et 14,5 ans pour les infirmiers.
  • Pour les professionnels de la FPH, ces chiffres atteindraient :
    • 15,5 ans pour les infirmiers ;
    • 17,5 ans pour les AS.

Les aides-soignants (AS) et infirmiers d’Île-de-France auraient ainsi des carrières plus courtes que leurs homologues d’autres régions : de 3 ans pour les premiers et de 6 ans pour les seconds.

Ces différences pourraient, notamment, être dues à un solde migratoire négatif, expliquent les auteurs de l’étude. De fait, il y aurait plus d’infirmiers et d’AS qui quittent l’Île-de-France que l’inverse. Les conditions de vie dans la région capitale peuvent expliquer ce phénomène : cherté des logements, du coût de la vie… Parallèlement, l’augmentation du turn-over et l’usage de plus en plus important des contrats très courts dans la santé et le médico-social accroissent le sentiment de carrière courte dans un certain nombre de secteurs d’activité. Les difficultés de recrutement viennent également renforcer cette perception. C’est en particulier le cas pour les Ehpad, tout particulièrement dans le secteur privé à but lucratif.

Par ailleurs, la durée de carrière doit se penser dans le continuum de l’ensemble des carrières. Ainsi, la région Île-de-France offre à ces professionnels de nombreuses possibilités de formation, reconversion et d’évolution, que ce soit dans le secteur de la santé ou autres. Des AS peuvent ainsi devenir infirmiers, des infirmiers devenir cadres infirmiers, infirmiers anesthésistes… Enfin, la crise sanitaire qui perdure pourrait avoir un impact négatif sur la durée des carrières des infirmiers et aides-soignants (AS) de la région, notamment en accroissant encore le déficit migratoire au profit d’autres régions, préviennent les auteurs de l’étude.

Source : Carrière des aides-soignants et des infirmiers : durée d’exercice en Île-de-France, Défi métiers, décembre 2020

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