Le régime indemnitaire, levier central de la politique de ressources humaines de l’État

Publié aujourd'hui à 9h15 - par

Attractivité, motivation, reconnaissance d’une compétence ou de la place d’un agent dans un organisme : en augmentant la rémunération, les primes contribuent aux objectifs de politique RH pour la fonction publique de l’État.

Le régime indemnitaire, levier central de la politique de ressources humaines de l'État
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Primes dans la fonction publique d’État : + 47 % en 10 ans

Plus d’un quart de la rémunération globale des agents de l’État provient aujourd’hui du régime indemnitaire. En dix ans (2015 à 2025), celui-ci est, en effet, passé de 20,4 % en moyenne à 25 %. Dans un rapport remis le 24 juillet 2026, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale de l’administration ont fait le calcul : alors que l’inflation a été supérieure à la revalorisation du point d’indice – qui s’est élevée à 6,3 % –, le montant moyen des primes et indemnités a donc augmenté de 47,4 %… L’une des conséquences de cette structure de la rémunération est qu’elle influence le montant des pensions de retraite.

Toutefois, il ne s’agit là que de moyennes. La structure de rémunération ainsi que les dynamiques d’évolution diffèrent selon les corps et les ministères. Ainsi, si les primes constituent 15,6 % de la rémunération brute des professeurs des écoles en 2025 (contre 10 % en 2021), elles atteignent 39 % pour les corps d’encadrement et d’application de la police nationale et 39,5 % pour les contrôleurs des douanes.

En outre, le régime indemnitaire renforce les inégalités de rémunération entre hommes et femmes : les quinze primes dont bénéficie le plus grand nombre d’agents en 2025 sont, en moyenne par agent, toutes plus élevées pour les hommes.

Les chiffres sont impressionnants. En 2025, l’État a versé 19 milliards d’euros pour le régime indemnitaire sur 76 milliards d’euros de rémunération brute, à travers plus de 540 primes ; 1 544 000 agents titulaires et 412 000 contractuels en ont bénéficié. Un moyen pour l’État de renforcer l’attractivité d’un emploi ou d’une zone géographique, compenser des sujétions liées à l’exercice d’un emploi, récompenser les agents méritants, d’accompagner les transformations de l’État et/ou encore de développer d’autres politiques publiques.

En parallèle, un mouvement de rationalisation s’est engagé avec la création, en 2014, du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel (RIFSEEP). Il s’agissait notamment d’harmoniser le contexte indemnitaire autour d’une architecture commune, de réduire le nombre de primes, de simplifier les modalités de calcul et de versement et d’aider l’agent à mieux identifier les primes qui lui sont versées. Alors qu’elles étaient au nombre de 628 en 2015, ces primes sont passées à 543 en 2025 et quatre ministères ont adopté le RIFSEEP : Affaires sociales, Agriculture (hors enseignants), Culture, Transition écologique.

Rationaliser les primes différenciées territorialement

Selon le rapport, il conviendrait aussi de rationaliser les primes interministérielles différenciées territorialement, qui visent à compenser les coûts de la vie ou à favoriser l’attractivité de certains territoires. Par exemple, outre l’indemnité de résidence en métropole (qui relève de la rémunération principale et est adossée à l’indice), s’ajoutent les indemnités de résidence à l’étranger et les majorations Outre-mer, la nouvelle bonification indiciaire (NBI) politique de la ville, l’indemnité temporaire de mobilité, la prime de fidélisation territoriale ou encore des bonifications d’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise (IFSE).

Ces dispositifs pourraient être refondus. Au niveau interministériel, par le biais d’une indemnité compensant les coûts de la vie liés aux spécificités territoriales, évalués sur la base du pouvoir d’achat. Et, pour les territoires en perte d’attractivité, à l’aide de dispositifs ciblés des ministères, mais sans mobiliser de nouveaux crédits. Des stratégies d’attractivité pourraient être déclinées par territoire, avec des indicateurs géographiques. Les primes d’attractivité, de fidélisation et de sujétions territoriales pourraient fusionner, afin d’assurer la continuité du service public dans les territoires.

Marie Gasnier


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