Depuis 2018, pour rapprocher l’appareil de formation du travail social du cadre général des formations universitaires, cinq diplômes d’État du travail social confèrent à leurs titulaires le grade de licence. Dans la foulée, la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) a entrepris une vaste réforme des diplômes conduisant aux métiers historiques du travail social. À savoir : le diplôme d’État d’assistant de service social (DEASS), le diplôme d’État d’éducateur spécialisé (DEES), le diplôme d’État d’éducateur technique spécialisé (DEETS), le diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants (DEEJE) et le diplôme d’État de conseiller en économie sociale familiale (DECESF).
La réforme des formations en travail social entre en vigueur à la rentrée de septembre 2026 pour les quatre premiers diplômes, au 1er septembre 2027 pour le DECESF. Pour la préparer au mieux, la DGCS et la Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle (DGESIP) ont publié, le 16 mars 2026, une instruction interministérielle exposant les conditions de mise en œuvre de la révision des cinq diplômes.
L’organisation générale des formations
Les parcours de formation préparant au DEASS, au DEEJE, au DEES, au DEETS et au DECESF reposent sur l’alternance intégrative. Les formations s’organisent sur trois années et six semestres, sauf pour le DECESF (sur une année et deux semestres). L’architecture de la formation est construite à partir du référentiel professionnel et se décline désormais en quatre blocs de compétences. Les enseignements seront organisés en unités d’enseignement, chacune étant associée à un bloc de compétences.
Les quatre blocs de compétences des diplômes constituent donc le socle des formations.
- Le bloc de compétences 1 est spécifique à chaque diplôme et valorise la singularité de chaque métier.
- Le bloc de compétences 2 concerne l’accompagnement des personnes et la capacité à répondre aux besoins de certains publics spécifiques (exemple : la petite enfance).
- Les blocs de compétences 3 et 4 sont communs et concernent respectivement le travail partenarial et l’autonomie professionnelle.
Pour la formation préparant au DEASS, au DEES, au DEEJE et au DEETS, il est recommandé aux établissements d’organiser la formation sur une amplitude de 50 semaines. Cette amplitude est de 18 semaines pour le DECESF.
« Cette évolution confère aux établissements de formation une autonomie accrue dans l’organisation des enseignements, la structuration des parcours et la définition des modalités d’évaluation », précise l’instruction. La réforme a vocation à faciliter les passerelles entre certifications et donc entre les différentes professions du travail social.
Une réforme diversement appréciée
L’Union nationale des acteurs de formation et de recherche en intervention sociale (UNAFORIS) soutient cette réforme des formations en travail social, qui, « loin d’être une simple adaptation technique, marque une étape significative pour renforcer la qualité de la formation et mieux répondre aux enjeux contemporains de notre société. » Si elle a fait part de « certains points de vigilance », trois raisons majeures conduisent l’organisation à considérer la réforme comme « d’intérêt supérieur. »
Une professionnalisation renforcée au service des personnes concernées
La réforme apporte un souffle nouveau en recentrant la formation sur les compétences professionnelles indispensables pour intervenir auprès des personnes dans des contextes de plus en plus complexes, défend l’UNAFORIS. Elle engage une dynamique de transversalité entre les formations et favorise le développement de connaissances utiles à l’action. Cette orientation permet de mieux prendre en compte la diversité des secteurs d’intervention et les attentes des publics, des employeurs et des institutions partenaires.
Une plus grande équité pour les étudiants, un atout pour l’attractivité des formations
L’harmonisation des statuts des apprenants constitue « une avancée majeure. » Elle va faciliter l’accès aux stages, clarifier les parcours et améliorer la lisibilité des formations, assure l’UNAFORIS. En renforçant les blocs de compétences, la réforme permet également une évolution continue des savoir-faire, au plus près des réalités de terrain et des besoins exprimés par les employeurs. Elle offre ainsi un cadre plus cohérent entre spécialisation et compétences communes, contribuant à une meilleure identification des parcours professionnels.
Une réinterrogation porteuse de sens sur les finalités du travail social
Au-delà des compétences techniques, la réforme remet en lumière les fondements du travail social, se réjouit l’UNAFORIS : la solidarité, la cohésion sociale, la reconnaissance des savoirs issus de l’expérience, et l’ancrage des pratiques dans les réalités vécues. Elle appelle à une implication renforcée des têtes de réseau et des partenaires, dans une logique de co-construction des compétences et de valorisation des pratiques professionnelles. Pleinement engagée pour la réussite de la réforme, l’UNAFORIS y voit « une opportunité de renouveler collectivement l’ambition du travail social. »
À l’inverse, des organisations professionnelles – Association nationale des assistants de service social (ANAS), Association nationale des CESF (France ESF), Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants (FNEJE) – et plusieurs syndicats critiquent vivement la réforme. Selon eux, la publication de l’instruction interministérielle consacre « la liquidation de l’ambition et de la philosophie du contenu des formations d’assistant de service social, de conseiller en économie sociale familiale, d’éducateur de jeunes enfants, d’éducateur spécialisé et d’éducateur technique spécialisé : ou comment perdre le sens et l’essence de la construction de la professionnalité de chaque métier ! » Ces organisations dénoncent une « uniformisation forcée » des métiers, basée sur des « diplômes à la carte, diplômes au rabais, diplômes “low cost” ! »
