Covid : l’hôpital face à « un gros problème de ressources humaines »

Santé

Qu’il s’agisse d’une vague, d’une crue ou d’une marée, le nouvel afflux de malades du Covid-19 met en lumière une des failles de l’hôpital : des effectifs de soignants en berne.

Les 15 000 recrutements pour l’hôpital public annoncés cet été dans le cadre du « Ségur de la santé », des effectifs futurs qu’il faut d’abord former, ne se voient pas immédiatement sur le terrain.

« Par rapport au printemps, nous sommes moins nombreux, notamment au niveau du personnel paramédical », explique à l’AFP Nadia Aissat, médecin anesthésiste-réanimateur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Une des deux ailes du service d’hospitalisation en chirurgie cardiaque (25 lits) est fermée par manque de personnel. Un problème qui impacte aussi la cardiologie, l’orthopédie, la neurologie …

Même son de cloche aux Diaconesses – Croix Saint-Simon, un groupe hospitalier privé à but non lucratif dans l’est de la capitale : « Nous avons normalement un service de réanimation de 13 lits. Seuls neuf sont ouverts à cause de problèmes de personnel et un tiers sont actuellement occupés par des patients Covid », détaille Roland Amathieu, médecin anesthésiste-réanimateur.

« Nous avons beaucoup appris de la première vague, énormément amélioré la prise en charge. Mais nous avons, maintenant, un gros problème de ressources humaines. Et c’est pareil dans un grand nombre de réanimation », ajoute-t-il, évoquant notamment le « manque de reconnaissance institutionnelle » vis-à-vis des infirmiers.

Comme l’ensemble de son service, Nadia Aissat a « fait du Covid » au printemps puis a réopéré « vite et très fort tous les patients qui n’avaient pas pu être soignés ».

« Rejoignez-nous ! »

« Il y a un vrai ras-le-bol, les gens n’ont pas l’impression d’être entendus, ils n’ont pas l’impression d’être soutenus », explique-t-elle.

Résultat : « Il y a eu une vague de démissions monstrueuse, notamment chez les infirmières ». En cause, la trop lourde charge de travail, les conditions de plus en plus délétères, le manque d’attractivité, de reconnaissance…

Or, mardi 13 octobre 2020, le nombre de malades du Covid-19 placés en réanimation a dépassé les 1 600, selon les chiffres de Santé publique France.

Alors on sonne le rappel : « médecins, infirmiers, pharmaciens, masseurs-kinés, diététiciens, aides-soignants, sages-femmes, psychologues, auxiliaires de vie, agents des services, agents d’entretien qualifiés, cuisiniers, salariés, libéraux, retraités, étudiants… Tous les volontaires, qu’ils soient salariés ou libéraux, étudiants et retraités, sont invités à s’inscrire dès à présent sur la plateforme Renfort-RH », a annoncé lundi 12 octobre le ministère de la Santé.

Même démarche à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui a tweeté un « Rejoignez-nous ! » accompagné d’un formulaire de « mobilisation des renforts en personnel médical et paramédical », « en prévision d’une forte augmentation des activités ».

« On essaye de passer un appel pour que tous les personnels, même s’ils ont arrêté d’être infirmier ou aide-soignant depuis quelques années, reviennent travailler quelque temps à l’hôpital », a souligné mercredi 14 octobre sur RFI Patrick Pelloux, le président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

Car cette fois, il ne sera pas possible de vider les autres services de leurs soignants : « Il faudra continuer à opérer des patients (notamment les pathologies lourdes), continuer à faire du diagnostic », prévient Roland Amathieu, qui évoque une « double peine ».

« Nous allons avoir du Covid qui arrive tout le temps au fil de l’eau et puis les autres patients dont il faudra étaler la prise en charge », ajoute-t-il.

« Ça fait 15 ans que je fais de la réanimation, c’est la première fois qu’on apprend aussi vite sur une pathologie, en tous les cas en réanimation », mais « les patients Covid font toujours partie des patients les plus lourds. Et ils restent longtemps. »

Dans les services de réanimation, il faut au minimum un infirmier pour deux patients et demi. « Les réa ne peuvent pas tourner sans eux », fait valoir Nadia Aissat.

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