Hôpital : à Strasbourg, un CHU « en souffrance »

Santé

Un hôpital « en souffrance », des conditions de travail « dégradées » et des personnels parfois « proches du burn out » : c’est le constat alarmant dressé par le personnel du CHU de Strasbourg, à la veille d’une manifestation nationale pour un « plan d’urgence » en faveur de l’hôpital public.

FO et l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) ont appelé à entamer jeudi 14 novembre 2019 un mouvement de grève reconductible aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS).

« On arrive au bout. Il y a de plus en plus de patients et, derrière, on va tout le temps à l’économie », peste Christian Prud’homme, secrétaire général du syndicat FO Santé aux HUS.

Cinquième CHU de France (hors Paris et Marseille) avec plus de 2 500 lits et places de jour et 12 000 agents, les HUS sont soumis depuis des années, comme bien d’autres hôpitaux, à un plan d’économies afin de résorber leur déficit. Une diète budgétaire qui leur a permis de ramener le déficit cumulé de 30 millions d’euros en 2013 à 5 millions d’euros en 2018, concède le syndicaliste. Mais au prix, selon lui, de conditions de travail qui se sont dégradées avec, pour la seule année 2019, quatre mouvements sociaux.

« On ferme des lits et on diminue la masse salariale », déplore M. Prud’homme, qui sort sa calculette : « en quatre ans, plus de 300 lits ont été fermés, tous secteurs confondus » tandis qu’une cinquantaine d’infirmières supplémentaires seraient nécessaires.

« L’enfer » des urgences

Conséquences : un « manque de moyens » et de personnel, des plannings parfois gérés au jour le jour, des journées à « flux tendu »… Sans compter les difficultés à recruter et à fidéliser le personnel soignant qui n’hésite pas à filer dans le privé, où salaires et conditions de travail sont bien meilleurs.

Alexis Lienhardt est un jeune infirmier de 27 ans. À sa sortie d’école, en 2013, il a intégré, avec enthousiasme, le CHU. « À l’époque, je pensais être dans un secteur porteur. En fait, on se rend compte qu’on est dans une machine financière », lâche-t-il, confiant sa « désillusion ».

Aujourd’hui, il ne conseillerait « absolument pas » à ses jeunes collègues d’intégrer l’hôpital public : en six ans, Alexis, qui a vécu pendant deux années « l’enfer » des urgences, dit avoir vu sa profession se « précariser » et perdre de son attractivité.

Très médiatisée, la crise des urgences n’est pourtant que « la face visible de l’iceberg », analyse le professeur Jean-Philippe Mazzucotelli, chef du service de chirurgie cardiaque au CHU.

Les urgentistes « travaillent dans des conditions extrêmement difficiles mais il ne faut pas croire que c’est mieux pour nous », poursuit le chirurgien, porte-parole du Collectif de défense des structures hospitalo-universitaires d’Alsace. Car « si les urgences vont si mal, c’est parce qu’il n’y a pas assez de lits » d’hospitalisation en aval dans les services pour les désengorger, explique M. Mazzucotelli, qui se dit « solidaire » de l’appel du « collectif inter-hôpitaux » à manifester jeudi 14 novembre 2019 à Paris.

« Ras-le-bol »

« Le problème des urgences, c’est le problème de tout l’hôpital », insiste M. Mazzucotelli, pour qui « tous les services sont en souffrance » depuis l’instauration des mesures d’économie.

Autre exemple criant de la crise de l’hôpital public : la gériatrie, où le manque de personnel est « probablement plus critique en raison d’une reconnaissance insuffisante de la pénibilité des métiers du grand âge », déplore le professeur Georges Kaltenbach, chef de ce service qui compte 400 lits. 26 sont actuellement fermés et les personnels soignants sont « épuisés par les conditions de fonctionnement et les effectifs insuffisants », avec, en conséquence, une prise en charge des patients « dégradée », abonde le Dr Patrick Karcher, qui exerce au sein du pôle gériatrie.

Christian Prud’homme tire la sonnette d’alarme : les personnels sont « au bout du rouleau ou en “burn out”, il y a un ras-le-bol général. Il faut d’urgence des moyens supplémentaires », prévient-il. Sollicitée par l’AFP, la direction du CHU n’a pas souhaité s’exprimer.

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