L’infirmier de pratique avancée : un vrai métier hospitalier, une vraie place possible dans le système de santé ?

Santé

Depuis 2009, l’Université d’Aix-Marseille a ouvert un master 2 en Sciences cliniques infirmières, en partenariat avec l’EHESP, divisé en 3 spécialités : infirmier de pratique avancée en gérontologie, infirmier de pratique avancée en cancérologie et infirmier coordinateur de parcours complexes de soins. Quelle place auront ou pourront avoir les étudiants dépositaires de ce diplôme dans le système hospitalier ou dans le système de soins ?

La formation suit l’évolution du monde de la santé

En 2003, les conclusions d’un rapport du Pr Berland recommandaient d’élargir le domaine de compétences des infirmiers sous certaines conditions. Une réflexion relative à la nouvelle coopération des professions de santé pilotée par la Haute Autorité de Santé (HAS) a préconisé des ouvertures de compétences dans cette profession.

En 2011, un rapport relatif aux métiers en santé de niveau intermédiaire – Professionnels d’aujourd’hui et nouveaux métiers : des pistes pour avancer – avançait la nécessité d’initier de nouvelles professions dans un secteur de la santé « plus souple, plus dynamique et plus performant » par l’évolution de la typologie classique des métiers des professions de santé répartis aujourd’hui en 3 grands groupes : médical, pharmacie et auxiliaires médicaux dont les infirmiers. Ceci afin de faire face aux mutations profondes de la santé liées aux évolutions démographiques, sociétales et technologiques.

La formation est liée aux évolutions européennes en matière de formation universitaire

Lancé en 1998, à l’initiative du ministre de l’Éducation nationale Claude Allègre, un colloque réunissant, à la Sorbonne, les quatre ministres chargés de l’Enseignement supérieur d’Allemagne, de France, de Grande-Bretagne et d’Italie, visait à favoriser les échanges universitaires (étudiants, enseignants et chercheurs) et à faire converger les systèmes universitaires vers des niveaux de référence communs pour la construction d’un espace européen de l’enseignement supérieur.

Une conférence tenue à Bologne en juin 1999 voit 29 pays signer un texte commun qui donnera lieu à une organisation d’un système européen d’organisation des diplômes de l’enseignement supérieur (Licence – Master – Doctorat = LMD), la validation des acquis et des expériences (VAE), le principe de libre circulation en Europe.

Dès lors, en France, la question des diplômes des infirmiers, des personnels médico-techniques était posée : leur niveau, les qualifications requises, la définition d’un cadre de maîtrise/master et de doctorat de 3e cycle.

Le cadre de formation des professions paramédicales

Dès 2006, le projet de « réingénierie des diplômes » tend à définir pour chaque diplôme un référentiel de compétences validé nationalement et complété́ d’une cartographie des activités associées à la fonction. Le diplôme d’État d’infirmier a été ainsi repensé et un rapprochement des instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) avec l’université a conduit à l’attribution conjointe du diplôme d’État et du grade de licence au terme de la formation.

Dans plusieurs pays étrangers, notamment anglo-saxons, une gradation des niveaux d’intervention des professionnels de santé existe. On définit alors le terme de « pratique avancée » pour qualifier les niveaux de compétences acquis et les missions correspondantes, après la formation initiale, au grade de master, voire de doctorat, dans le champ de la recherche clinique.

Le champ professionnel infirmier, aujourd’hui limité à la spécialisation (IADE, IBODE, PDE) ou à l’encadrement cherche donc à s’ouvrir d’une nouvelle voie par la création d’un Master Sciences Cliniques Infirmier(ère)s. Ces nouveaux professionnels, formés à un niveau intermédiaire entre les paramédicaux (formés généralement en 3 ou 4 ans) et les médicaux (formés au minimum à 9 ans) pourront à terme “permettre de recentrer les médecins sur leur cœur de métier, faciliter la fluidité des prises en charge, sécuriser les pratiques”.

La formation en Master

Un Master I est constitué par un tronc commun et une spécialisation avec 3 spécialités : Infirmière de pratique avancée (IPA) en cancérologie, en gérontologie et en parcours complexe de soins est possible pour le Master II.

Ces formations sont réservées à des « infirmiers(ères) diplômé(e)s d’État dotées d’une solide expérience clinique, accompagnée d’une ou plusieurs formations complémentaires prouvant qu’ils ont déjà fait la preuve d’un intérêt universitaire…”

Les nouvelles compétences retenues

L’ARS Île de France indique que « L’infirmier(ère) qui exerce en pratique avancée est un(e) infirmier(ère) diplômé(e) qui a acquis des connaissances théoriques, le savoir faire aux prises de décisions complexes, de même que les compétences cliniques indispensables à la pratique avancée de sa profession. Les caractéristiques de cette pratique avancée sont déterminées par le contexte dans lequel l’infirmier(ère) sera autorisé(e) à exercer.

Les définitions de l’EHESP des nouvelles compétences acquises restent floues. La comparaison des compétences entre un infirmier IDE et un infirmier IPA se résume en général à “Développer une expertise dans les compétences attendues de l’IDE”.
Le réseau des pratiques avancées en soins infirmiers (REPASI) précise que la “pratique avancée” “est définie par une pratique clinique directe, un haut degré d’autonomie, une mobilisation des savoirs, des soins centrés sur le patient et basés sur des données probantes. Les qualités de leadership et de compréhension des systèmes de santé permettent à ces professionnels de jouer un rôle important auprès des patients ainsi qu’auprès des autres professionnels de santé.”

D’autres sources souhaitent que devant la pénurie de médecins, les infirmiers de pratique avancée (IPA) appelés parfois infirmiers cliniciens spécialisés (ICS) puissent effectuer des actes médicaux,  établir des diagnostics… délégués par certains médecins… comme le suggérait le premier rapport de 2003.

Une définition et une place qui restent à définir

La volatilité des termes de ces définitions tranche avec la précision des compétences définies dans les définitions des diplômes. L’organisation actuelle du système de santé semble difficilement adaptable pour intégrer des personnels qui seront à même de “factoriser des cas cliniques”, de « réaliser des modèles théoriques et conceptuels ; des méthodes telles que le raisonnement clinique, des stratégies d’évaluation et d’intervention, de transposition des résultats de recherche dans la pratique ; de technicité́ (par exemple rédaction d’une observation clinique, d’un compte rendu, d’un résumé de soins, réalisation de gestes techniques…) ».

L’hôpital sera-t-il le bon vecteur de cette intégration ? En a-t-il les moyens ? Des réseaux de santé porteront-ils ce besoin ? Les IDE formées à ce Master, souvent par le biais de la formation continue, trouveront-elles un intérêt à revenir à leur ancien poste ? Les DRH sauront-elles accompagner les agents dans leur quête applicative ? Une délégation de compétences des médecins vers ces nouveaux métiers est-elle possible ?

L’enjeu n’est pas mince pour la filière infirmière et médico-technique.

DT.

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