Salles de consommation de drogue : premier bilan positif à Paris et Strasbourg

Santé

Les deux « salles de consommation de drogue à moindre risque », ouvertes depuis l’automne à titre expérimental à Paris et Strasbourg, ont permis de réduire les risques pour les usagers sans entraîner de troubles pour la tranquillité publique, se sont félicités jeudi 2 août 2017 leurs promoteurs.

« On est en train de valider en France ce qui existe ailleurs depuis longtemps », s’est réjoui l’adjoint au maire socialiste de Strasbourg, Alexandre Feltz, à l’issue du premier comité de pilotage national du projet, soulignant que ces salles existaient en Suisse depuis 30 ans et en Allemagne depuis 20 ans.

Si la salle ouverte dans le nord de Paris connaît déjà en moyenne 175 passages d’usagers par jour, celle de Strasbourg est encore loin de son rythme de croisière, avec 20 à 25 passages. La salle strasbourgeoise accueille en revanche une plus importante proportion de femmes, 35% des usagers, contre seulement 13% à Paris.

À Strasbourg, les usagers de la salle consomment surtout des drogues par intraveineuse et s’injectent majoritairement de la cocaïne et non des opiacés, comme cela était attendu, a expliqué Danièle Bader, directrice de l’association Ithaque, qui gère le site. À Paris, la consommation d’opiacés cohabite avec celles de crack, fumé ou injecté, et plus marginalement de cocaïne et d’héroïne, selon l’association Gaïa.

Les deux associations se réjouissent de réussir à toucher dans ces salles des personnes en situation de grande précarité, parmi lesquelles certaines n’avaient aucun contact avec des structures médicales. Beaucoup d’entre elles sont contaminées par l’hépatite C, tandis que la plupart ne sont pas à jour pour la vaccination contre l’hépatite B.

Alors que l’ouverture de la salle du 10e arrondissement de Paris s’était heurtée à l’opposition de riverains et d’une partie de la classe politique, celle de Strasbourg n’a pas suscité de polémique, mais la forte de concentration de policiers pendant la période du marché de Noël a découragé certains toxicomanes de fréquenter la salle en décembre.

« Beaucoup d’habitants qui étaient très inquiets me disent aujourd’hui qu’ils sont rassurés et voudraient que la salle ouvre davantage », a souligné le maire socialiste du 10e arrondissement de Paris, Rémi Féraud.

Rendue possible par la Loi santé adoptée en décembre 2015, l’expérimentation doit durer six ans et pourrait voir une troisième ville rejoindre Paris et Strasbourg. « Il y a plusieurs villes candidates mais elles ne remplissent pas forcément toutes les conditions, en particulier l’implication très forte des élus », a expliqué Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).

Interrogée sur la pérennité du dispositif en cas d’alternance, Mme Jourdain-Menninger s’est voulue optimiste. « Je verrais mal un gouvernement, quelle que soit son étiquette, fermer un dispositif qui permet de lutter contre les contaminations de VIH et de VHC, et qui apporte plus de tranquillité publique dans un quartier », a-t-elle dit.

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