Plus ou moins armés, des policiers municipaux qui s’interrogent sans s’inquiéter

Publié aujourd'hui à 11h00 - par

Face aux nouveaux maires qui veulent réduire ou renforcer leur arsenal, des policiers municipaux s’interrogent mais la plupart ne s’inquiètent pas vraiment pour leur avenir, dans un secteur où les postes vacants sont nombreux et la mobilité est importante.

Plus ou moins armés, des policiers municipaux qui s'interrogent sans s'inquiéter
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« Untel veut les équiper comme s’ils partaient à la guerre et untel veut les désarmer en leur donnant des pistolets à eau », ironise auprès de l’AFP Yannick Chevreau, président de l’Union police municipale CFTC.

Selon David Quevilly, ancien cadre national syndical, des annonces faites par de nouveaux édiles inquiètent certains policiers municipaux, qui s’en ouvrent à leurs représentants.

C’est le cas à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où le nouveau maire LFI Bally Bagayoko a annoncé un désarmement partiel, avec la suppression envisagée des lanceurs de balles de défense (LBD).

La mairie de la deuxième ville d’Île-de-France n’a toutefois encore reçu aucune demande de mutation, assure-t-elle à l’AFP.

D’autres nouveaux élus, comme Julien Bony (LR) à Clermont-Ferrand et Stéphane Roudaut (divers droite) à Brest ont, eux, promis une police municipale armée.

Pour Yannick Chevreau, il existe aussi des fonctionnaires territoriaux préoccupés du tour de vis sécuritaire annoncé par leur maire.

« Ça ne me convient pas d’être surarmé comme si je partais à la guerre tous les jours, alors que moi je suis rentré là-dedans pour faire de la proximité avec les commerçants et les jeunes », s’est-il entendu dire.

Environ 58 % des agents en France sont équipés d’armes à feu létales (de catégorie B1) et 83 % au total sont armés (de matraques ou gaz lacrymogènes, par exemple).

C’est avant tout une demande des fonctionnaires eux-mêmes, qui arrivent les premiers sur un événement « dans 80 ou 90 % des cas », avant la police nationale ou les gendarmes, souligne Yannick Chevreau.

« LFI vous chasse ! Policiers municipaux, rejoignez nos communes ! », leur a lancé le Rassemblement national dans une publication sur les réseaux sociaux. Son président Jordan Bardella et le nouveau maire de Nice Éric Ciotti leur ont proposé « l’asile » dans les villes tenues par le RN et son allié UDR.

L’attractivité territoriale et le « mercato » des agents

Les terres d’accueil potentielles sont nombreuses dans une profession où plus de 4 500 postes sont vacants (pour environ 29 000 policiers municipaux), alors que les agents territoriaux sont libres de postuler où ils veulent, contrairement aux policiers nationaux.

« Les policiers municipaux sont les VRP de leur carrière », estime Yannick Chevreau. Voire des « mercenaires », selon une expression qu’il partage avec Thierry Colomar, président de la Fédération nationale des policiers municipaux de France.

Depuis les attentats de 2015, qui ont fait quitter la région parisienne à de nombreux agents, et la crise du Covid-19, la profession connaît une grande mobilité, souligne David Quevilly.

Les policiers municipaux sont à l’affût des villes où les nuits et week-ends travaillés sont les mieux rémunérés, ou encore de celles « qui payent 25 heures supplémentaires par mois », précise Stéphane Poupeau, président du Syndicat national de la sécurité publique.

Prérogative des maires, l’enveloppe dédiée à la police municipale est un levier pour recruter. Dans les communes les plus généreuses, les primes annuelles vont « jusqu’à 5 000 euros » pour un brigadier, fonctionnaire de catégorie C, et « jusqu’à 9 000 euros pour un directeur en catégorie A », indique Thierry Colomar.

Et les villes n’ont pas attendu les dernières élections pour se livrer à « un énorme mercato », expliquait ce dernier pendant la campagne, à l’unisson de Stéphane Poupeau.

À Nice, où Éric Ciotti fait des appels du pied aux agents de région parisienne, les policiers municipaux sont payés « normalement », alors que non loin, à Marseille, « ils sont recrutés dans de très bonnes conditions », assure Yannick Chevreau.

Or, la police municipale, « c’est une petite famille. Il y a des groupes WhatsApp, Facebook. Quand un service n’est pas intéressant, ça se sait dans la seconde », poursuit le fonctionnaire toulousain.

Aux agents inquiets des orientations de leur nouveau maire, Yannick Chevreau conseille d’attendre notamment les annonces budgétaires, à partir de septembre, pour envisager de demander leur mutation.

Pour lui, « il faudra voir si les promesses se transforment en actes ». Mais les policiers municipaux mécontents pourraient « lever le pied », prévient le responsable syndical, qui redoute une reprise des trafics dans les zones touchées par des départs.

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