Désarmement des policiers municipaux : une illusion dangereuse face à la réalité du terrain !

Publiée aujourd'hui à 11h30 - par

Face à la montée des violences, la question du désarmement des policiers municipaux ne peut être traitée comme un simple marqueur politique. Les agents municipaux sont confrontés aux mêmes risques que les autres forces de sécurité et doivent disposer de moyens de protection à la hauteur de leurs missions. Au-delà de l'armement, il manque également une reconnaissance sociale de leur profession.
Désarmement des policiers municipaux : une illusion dangereuse face à la réalité du terrain !
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Depuis les dernières élections municipales, la question sur l’armement des polices municipales refait surface. À la CFTC Police Municipale – Sécurités et Préventions Territoriales (PM-SPT), syndicat profondément attaché aux valeurs d’humanisme et de solidarité, nous regardons cette tentation idéologique avec une extrême attention. Pour nous, ce n’est pas une question de doctrine sécuritaire, mais une question de survie pour les femmes et les hommes qui portent l’uniforme et, accessoirement, qui assurent votre sécurité au quotidien.

Principe d’armement par défaut

Les événements récents, comme les agressions au couteau lors d’intervention de secours, ou les fusillades multiples et aveugles, rappellent une vérité immuable : la violence sur la voie publique ne fait aucune distinction entre les uniformes. Un policier municipal est exposé aux mêmes menaces létales que ses homologues de la police ou de la gendarmerie nationales dès lors qu’il intervient pour protéger nos concitoyens.
Désarmer les agents, c’est ignorer que derrière l’uniforme se trouvent des pères et des mères de famille dont la sécurité doit demeurer une priorité absolue pour les autorités municipales.
Certains élus avancent l’idée d’un recentrage sur des missions de « proximité » ou de « médiation ». En soit, l’édile fixe sa politique en matière de sécurité et ce n’est pas à la CFTC de s’immiscer dans ce sujet. Or, nous sommes très vigilants à ce que les missions correspondent aux moyens. Pour mettre fin à cette insécurité, il est temps d’opérer une véritable bascule législative. La loi ne doit plus simplement « autoriser » l’armement, mais elle doit poser le principe selon lequel les policiers municipaux sont armés par défaut.

Une responsabilité politique qui ne peut être éludée

Dans cette logique, le port de l’arme deviendrait la norme républicaine, et c’est le maire qui, s’il souhaite y déroger, devrait alors motiver et justifier sa volonté de désarmer ses agents. La responsabilité de cette mise en danger des agents de police municipale serait donc à porter par l’autorité municipale.
Ce renversement me semble la seule garantie pour que la protection des agents ne soit plus soumise aux aléas des dogmes politiques locaux, mais bien calée sur la réalité des risques encourus. De plus, comme le soulignent la  jurisprudence et les réalités opérationnelles, un maire ne peut décider de soustraire ses agents à leur devoir d’intervention en cas de crime ou délit flagrant.

Refus d’un traitement à deux vitesses

La police municipale est devenue, par la force des choses et des politiques publiques, la troisième force de sécurité du pays. Nous constatons d’ailleurs une contradiction flagrante : alors que l’État et le législateur ne cessent d’élargir nos prérogatives judiciaires – en omettant systématiquement le volet social – certains souhaiteraient nous priver des moyens de protection cohérents avec ces nouvelles responsabilités.
La position de la CFTC PM-SPT est claire : le continuum de sécurité ne peut reposer sur un traitement à deux vitesses. Si nous exigeons des équipements irréprochables (armement létal, caméras-piétons, gilets pare-balles), nous rappelons que la sécurité des agents passe aussi par une doctrine d’emploi rigoureuse. Nous demandons, par exemple, des patrouilles de trois agents minimum pour garantir un « triangle de sécurité » en intervention quand les services le permettent.

Protéger ceux qui protègent

Le débat sur l’armement ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt du désert social. Nous refusons la logique du « toujours plus de missions pour toujours moins de reconnaissance ». Le malaise est profond : pénibilité non reconnue, carrières bloquées et absence de revalorisation indiciaire malgré une exposition accrue aux risques.

En conclusion, désarmer une police municipale aujourd’hui, c’est envoyer un signal de renoncement républicain. C’est placer les maires et leurs agents dans une impasse opérationnelle insupportable. Pour la CFTC PM-SPT, l’humain doit rester au cœur du dispositif, et cela commence par lui donner les moyens de rentrer chez  lui sain et sauf après chaque service.

Yannick Cheveau, Président de la CFTC Police Municipale – Sécurités et Préventions Territoriales (PM-SPT)

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