Intercommunalité : la bonne échelle pour former, décider et agir

Publiée aujourd'hui à 14h30 - par

Alors que les compétences locales se jouent de plus en plus à l'échelle intercommunale, la formation des élus reste encore trop souvent pensée au seul niveau communal. Ce décalage fragilise la  compréhension des enjeux, la qualité du dialogue entre territoires et l'efficacité de l'action publique. Et si mieux former ensemble était devenu la première condition pour mieux décider, mieux coopérer et mieux agir ?
Intercommunalité : la bonne échelle pour former, décider et agir
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Des responsabilités élargies, une formation à la traîne

À mesure que les responsabilités des élus locaux s’élargissent et se technicisent, une réalité demeure préoccupante : seuls 3 à 5 % d’entre eux se forment chaque année. Ce chiffre, bien en deçà des enjeux actuels, interroge notre capacité collective à piloter des politiques publiques toujours plus complexes.
Car dans le même temps, l’échelle pertinente de l’action publique locale s’est déplacée. Développement économique, urbanisme, mobilités, transition écologique, habitat : ces politiques se conçoivent désormais largement à l’échelle intercommunale. Pourtant, la formation des élus reste encore trop souvent pensée à l’échelle strictement communale, là où les leviers d’action se situent de moins en moins. C’est là tout le paradoxe.

Le niveau de nombreuses décisions structurantes

Les réformes successives de l’intercommunalité ont permis de structurer des territoires cohérents et d’approfondir les coopérations. Mais elles ont aussi généré des incompréhensions, parfois un sentiment de dépossession, et une appropriation inégale des compétences transférées. Beaucoup d’élus continuent d’exercer leur mandat avec une connaissance partielle du fonctionnement intercommunal, de ses outils et de ses équilibres.
Dans ce contexte, se former à l’échelle intercommunale n’est plus une option. C’est une nécessité. D’abord parce que c’est à ce niveau que se prennent désormais de nombreuses décisions structurantes. Comprendre les mécanismes financiers, les logiques de mutualisation, les arbitrages entre communes, ou encore les dynamiques de projet de territoire est indispensable pour peser réellement dans les choix collectifs.
Ensuite, parce que l’intercommunalité est le lieu du dialogue entre des réalités diverses. Former ensemble des élus issus de communes rurales, de villes centres ou de territoires périurbains permet de créer une culture commune, de dépasser les logiques d’opposition et de construire des compromis éclairés.

Relier les enjeux techniques aux réalités de terrain

La formation devient alors un outil de cohésion politique. Mais surtout, elle est un levier d’efficacité. Car une intercommunalité ne fonctionne bien ni par la seule règle juridique, ni par la seule organisation institutionnelle. Elle fonctionne lorsque les élus partagent une vision, comprennent les enjeux communs et sont en capacité de co-construire des politiques publiques adaptées au territoire.
C’est précisément ce que permet la formation à l’échelle intercommunale. En organisant des sessions communes, en structurant de véritables plans de formation autour de leurs compétences, les établissements publics de coopération intercommunale peuvent devenir des espaces d’apprentissage collectif. Ils offrent un cadre concret pour relier les enjeux techniques aux réalités de terrain, et pour transformer des compétences parfois perçues comme abstraites en leviers d’action opérationnels.

Les clés de compréhension et donc de décision

C’est aussi un moyen de rééquilibrer la gouvernance. Face au sentiment, parfois exprimé, d’une intercommunalité trop descendante, la formation partagée redonne aux élus les clés de compréhension et donc de décision. Elle renforce leur capacité à s’impliquer, à questionner, à proposer. Elle rétablit une forme d’égalité entre communes, quelles que soient leur taille ou leurs moyens administratifs. Autrement dit, elle redonne du pouvoir d’agir.
À l’heure où l’intercommunalité doit trouver un nouvel équilibre – plus souple, plus concerté, plus ancré dans les réalités locales – la formation apparaît comme un levier simple, concret et immédiatement mobilisable. Un levier pour faire vivre un véritable projet de territoire. Un levier pour renforcer la confiance entre communes. Un levier, enfin, pour transformer une organisation parfois subie en une dynamique pleinement choisie.

Mieux décider, mieux coopérer, mieux servir

Se former à l’échelle intercommunale, ce n’est pas seulement mieux comprendre. C’est mieux décider, mieux coopérer et, au fond, mieux servir les habitants. Et si la réussite collective de nos territoires passait d’abord par là : apprendre ensemble, là où l’on agit ensemble ?

Laurent Rey, manager de transitions, AFNOR Collectivités et Territoires

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