Une relance assumée et revendiquée des politiques de rémunération et de carrière
La prise de position de David Amiel marque un infléchissement notable de l’approche gouvernementale en matière de gestion des Ressources humaines publiques. En évoquant une « année utile », le ministre affirme la nécessité de dépasser les mesures ponctuelles et correctives qui ont caractérisé les dernières années. Il plaide pour une approche systémique, intégrant à la fois les rémunérations, les déroulements de carrière et la lisibilité globale des parcours professionnels. Cette orientation traduit la reconnaissance des limites d’un modèle reposant largement sur l’empilement de dispositifs indemnitaires, souvent peu lisibles pour les agents et générateurs d’inégalités.
La relance du chantier des rémunérations intervient dans un contexte social particulièrement sensible. Le gel prolongé du point d’indice, malgré quelques revalorisations ciblées, a accentué le décrochage entre les rémunérations publiques et privées. Pour les employeurs territoriaux, cette situation se traduit par une difficulté croissante à attirer et fidéliser les compétences, notamment dans les métiers techniques, médico-sociaux ou d’ingénierie. L’annonce d’un chantier global suscite donc des attentes importantes, tant du côté des agents que des directions des ressources humaines.
Au-delà de la seule question salariale, la réflexion engagée vise plus largement les carrières, entendues comme l’ensemble des leviers permettant de structurer et de valoriser les parcours professionnels des agents. La structuration des parcours professionnels, les perspectives d’avancement et la reconnaissance de l’expérience constituent des leviers essentiels de motivation et de fidélisation. Une réforme réellement utile ne saurait se limiter à une revalorisation indiciaire isolée ; elle doit articuler de manière cohérente rémunérations, déroulements de carrière et conditions d’exercice des fonctions, afin de redonner du sens et de la lisibilité aux trajectoires professionnelles dans la fonction publique territoriale.
Refonte des grilles indiciaires : un chantier structurant sous contraintes budgétaires, techniques et sociales
Lors du CSFPT du 10 décembre, Philippe Laurent, président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, a clairement appelé à une refonte des grilles indiciaires, estimant que les outils actuels ne sont plus adaptés aux réalités des métiers territoriaux. Les grilles en vigueur, souvent complexes et peu attractives en début de carrière, peinent à valoriser l’expérience professionnelle et la montée en compétences. Ce constat est largement partagé par les responsables RH territoriaux, qui soulignent régulièrement l’inadéquation entre les classifications statutaires et les exigences opérationnelles des postes.
La refonte des grilles indiciaires constitue toutefois un chantier aussi structurant que sensible. Elle suppose des arbitrages budgétaires importants dans un contexte de fortes contraintes financières, tant pour l’État que pour les collectivités territoriales. Toute revalorisation indiciaire a un impact mécanique, durable et cumulatif sur la masse salariale. Elle engage donc les finances publiques sur le long terme et nécessite des choix politiques clairs quant au niveau d’ambition et au calendrier de mise en œuvre.
Enfin, la réussite de cette réforme dépendra étroitement de la qualité du dialogue social. Les négociations avec les organisations syndicales seront déterminantes pour définir les priorités, les équilibres entre catégories et filières, ainsi que les modalités de transition. Pour les employeurs territoriaux, l’enjeu sera d’anticiper les impacts financiers et organisationnels de ces évolutions, tout en accompagnant les agents dans des changements susceptibles de modifier en profondeur les repères statutaires existants.
L’ambition affichée de faire de 2026 une « année utile » pour les rémunérations et les carrières dans la fonction publique territoriale constitue un signal politique fort, attendu depuis plusieurs années.
