Coronavirus : le déploiement de la fibre optique prendra-t-il du retard ?

Administration

Alors que l’Arcep considère que les échéances de déploiement de la fibre optique devront être respectées sur le territoire, les industriels du secteur sont moins optimistes, le confinement ayant entraîné une baisse d’activité de près de 70 %.

Avec la crise du coronavirus et le confinement, le déploiement de la fibre optique est globalement ralenti, voire à l’arrêt sur certains territoires depuis la mi-mars et reprendra progressivement après le 11 mai. L’Avicca et son président Patrick Chaize, sénateur de l’Ain, ont donc proposé de geler entre mars et juin les obligations des opérateurs qui se trouvent face à de nombreuses difficultés : absence d’équipements de protection, problèmes d’approvisionnement, arrêt des entreprises de sous-traitance, non-obtention des autorisations de voirie… En fonction des territoires, les travaux ne vont pas au même rythme selon l’importance de l’épidémie.

Pour autant, le président de l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), Sébastien Soriano, a rappelé devant la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire du Sénat, le 22 avril, que les opérateurs se sont engagés juridiquement sur un calendrier qu’ils doivent respecter. « Nous n’accepterons pas n’importe quel retard au prétexte de la crise », a-t-il précisé, ajoutant que l’Arcep examinera après coup la mobilisation des opérateurs et les arguments qu’ils apporteront pour justifier leur retard. Des retards qui devront être « proportionnés et justifiés ». En effet, le gouvernement, l’Arcep, les collectivités locales et le Parlement ayant choisi de s’appuyer sur le marché pour déployer la fibre optique, « il faut que ce marché soit responsable », estime Sébastien Soriano. Le président de l’Arcep considère que les opérateurs sont dans une situation « plutôt plus confortable que le reste de l’économie », en particulier grâce aux abonnements. Les quatre grands opérateurs (Orange, SFR, Bouygues télécom, Free) devront donc « être au rendez-vous » pour permettre une reprise rapide des déploiements, d’autant que « l’après-confinement sera exigeant en matière de connectivité ».

Le son de cloche est moins optimiste du côté des industriels, qui doutent de pouvoir tenir les échéances prévues et souhaiteraient réajuster le planning. Si fin mars, Étienne Dugas, président d’InfraNum, annonçait que les activités de production et de déploiement de réseaux étaient « en alerte maximale », le pire a été évité : l’arrêt de la production, qui aurait nécessité douze mois pour redémarrer, « avec des conséquences sociales et économiques dramatiques ». Et, à la clef, une perte de chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros. Mais, bien que le confinement ait entraîné une baisse d’activité de l’ordre de 70 % et une moindre rentabilité d’environ 40 %, la filière ne s’est pas totalement arrêtée et l’activité montre un léger regain. Et, selon les industriels des réseaux, de nombreuses incertitudes demeurent : blocages d’autorisations administratives sur certains chantiers, approvisionnement massif en masques, hébergement et restauration des salariés… D’où un surcoût à la prise et des problèmes de trésorerie prévisibles dans les mois à venir.

Martine Courgnaud – Del Ry

De nouvelles règles de calcul révèlent de nouvelles difficultés pour le plan France THD

Mi-avril, l’Arcep a rendu publics les chiffres pour 2019 : 4,8 millions de locaux raccordables à la fibre optique supplémentaires en un an. Soit un total de 40,4 millions de logements et locaux professionnels sur le territoire national, dont 7,1 millions dans les zones très denses, 16,5 millions dans les zones moins denses d’initiative privée et 16,8 millions dans les zones d’initiative publique. Ces statistiques s’appuient sur de nouvelles règles de calcul, plus proches de la réalité. Avec, pour conséquence, de rendre plus qu’irréalistes les objectifs du plan France très haut débit (France THD), comme le précise l’Avicca : « la zone RIP compte désormais 481 568 locaux supplémentaires. Ce changement de base statistique a un fort impact sur le niveau de complétude des communes déployées par la puissance publique. Si avec 24 % de communes totalement raccordées en moins, l’impact est nettement moins fort qu’en zone privée, ce sont néanmoins 850 communes qui sortent du haut du classement ». Et l’association d’élus d’en déduire que le Covid-19 ne pourra donc pas être tenu pour seul responsable de l’ensemble des retards que l’Avicca et l’Arcep mesurent depuis des années..

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