Le numérique, l’autre moyen de désenclaver le Cantal

Administration

Les élus de ce département rural l’ont bien compris. Pour accroître l’attractivité de leur territoire, ils développent depuis une vingtaine d’années les infrastructures numériques et multiplient les usages à destination des professionnels et des administrés.

C’est un fait. Pour bon nombre de nos concitoyens, la qualité de vie est désormais indissociable d’une bonne réception mobile et Internet. Et ce n’est pas Bruno Faure, le président du conseil départemental du Cantal qui dira le contraire. De mars à mai 2020, quelque 12 000 personnes sont venues se confiner et pour certains télétravailler dans ce département de 145 000 âmes qui, depuis la fin des années 1990, a pris en main son destin numérique. « Notre département est précurseur et travaille depuis plus de vingt ans sur le numérique. Nos premiers programmes datent de 1997. À cette époque, nous avions équipé toutes les communes d’un point d’accès à Internet ». Depuis quelques années déjà, le département s’est largement mobilisé sur la question du télétravail et dispose d’un réseau de tiers-lieux, treize au total, « ce qui explique qu’au moment de la crise sanitaire, nous avons été pris, en termes de territoire, comme refuge par bon nombre de concitoyens », explique le président. À présent, les élus du département rêvent de transformer cet essai et de retenir, de manière pérenne, ces visiteurs occasionnels.

Les infrastructures sont là

Car le département, bien que rural, n’est pas dépourvu d’atouts. S’il véhicule cette image rassurante et protectrice de département tourné vers la nature, il est aussi doté d’infrastructures. « Dans une enquête menée auprès des télétravailleurs, ces derniers soulignent la capacité qu’ils avaient à pouvoir y travailler puisque nous déployons depuis de nombreuses années des infrastructures en téléphonie mobile et Internet », précise Bruno Faure. Parmi les départements, le Cantal est l’un des plus gros propriétaires de pylônes de téléphonie mobile avec une quarantaine d’unités destinées à couvrir les zones peu denses du territoire généralement délaissées par les opérateurs. Compter un investissement compris entre 130 000 à 150 000 euros pour chaque pylône.

En matière de très haut débit, là aussi le département se distingue et selon son président, « le Cantal est plutôt bien équipé ». À la faveur d’un contrat renégocié avec l’opérateur Orange après la création des nouvelles régions, en association avec la région Auvergne-Rhône-Alpes, 92 % des foyers cantaliens seront raccordables à la fibre en 2022 alors que le contrat initial ne visait qu’un raccordement de 72 % des foyers d’ici à 2025. « La région Auvergne-Rhône-Alpes nous a amené sa puissance et sa notoriété pour renégocier avec l’opérateur, se réjouit le président. Grâce à ce partenariat public-privé baptisé Auvergne très haut débit, nous accélérons et améliorons notre couverture. » Pour les 8 % de Cantaliens non éligibles à la fibre, le département prévoit de recourir à des solutions alternatives comme l’ADSL boosté ou, dans certains cas extrêmes, le satellite.

Cybercantal, un programme phare

Deux décennies déjà que le département vit au rythme des innovations numériques grâce notamment au programme Cybercantal initié en 1997, un programme global qui vise à introduire le numérique dans le quotidien des Cantaliens, des organisations et des acteurs économiques. Dès 2013, le département développe la télémédecine et deviendra en 2014 département pilote pour le déploiement et la prise en charge de la télémédecine par la CPAM. De la même manière, Cybercantal s’est illustré dans le numérique éducatif. « Nous avons été le premier département de France à déployer des plateformes de numérique éducatif dans l’ensemble de nos collèges et nous avons désormais ouvert le service à l’ensemble des écoles primaires » affirme le président. Autre exemple de réussite avec la plateforme Agrilocal qui permet la mise en relation des producteurs de l’agroalimentaire avec les acheteurs de la restauration collective.

En 2019, une démarche Smart agri est engagée, sous la forme d’un forum autour des nouvelles technologies sur l’agriculture. L’idée étant de créer un lieu d’échange d’expériences entre les acteurs. Cette année, deux bus numériques sillonnent le département avec à leur bord tous les services des maisons France Service labellisés ainsi que tous ceux du département. Un outil destiné aux intercommunalités qui pourront s’en servir pour diffuser des informations auprès de leurs administrés. « Le numérique n’est qu’un outil, à nous d’imaginer quels sont les besoins des territoires et des populations, de trouver les partenaires capables de transposer ces besoins en applications ou en systèmes innovants », assure Bruno Faure.

Le numérique, oui mais…

Pour le président du département, ces performances ne doivent pas nous faire oublier que le numérique n’est pas la solution à tous les problèmes. « Certes, le numérique est un axe de développement majeur, mais ce n’est pas le seul. Dans le Cantal, nous produisons également des fromages, du béton et des parapluies qu’il nous faut acheminer à l’extérieur du département. Or, aujourd’hui, ce département reste enclavé car les liaisons routières avec le reste du pays sont défaillantes. »

Et d’ajouter : « Un certain nombre de nos télétravailleurs viennent de l’Île-de-France. Or, nous sommes à six heures de la capitale en voiture et à plus de sept heures en train. Il est impossible de faire l’aller-retour dans la même journée sauf à prendre l’avion, d’où l’importance pour notre territoire de préserver les liaisons aériennes entre Aurillac et la capitale. Le télétravail dans le Cantal pourra se faire de manière plus pérenne sous réserve de fignoler le déploiement du réseau, mais surtout d’avoir des conditions de mobilité très performantes et très souples. »

Le numérique constitue une opportunité bien réelle, mais il ne suffira pas à désenclaver ce département rural à lui seul.

Blandine Klaas

Source : RCL

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