Neuf recommandations pour résorber le fossé numérique en France

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Le Centre d’analyse stratégique révèle, dans un rapport au Parlement, les trois fractures numériques françaises. Ses neuf recommandations insistent sur une nécessaire action politique. Les collectivités territoriales sont déjà engagées dans le soutien à la culture des technologies de l’information et de la communication, pour les pionnières depuis plus d’une douzaine d’années.

Vincent Chriqui, directeur général du Centre d’analyse stratégique (un service du Premier ministre) a rendu public, fin avril, son rapport sur « Le fossé numérique en France ». Adopté à l’initiative du Parlement, la loi du 17 décembre 2009 relative à la lutte contre la fracture numérique (appelée aussi Loi « Pintat ») dispose en effet que  » le gouvernement remet au Parlement un rapport sur le fossé numérique afin d’apporter des précisions quant aux différentes catégories de la population n’ayant ni équipement informatique, ni accès à Internet dans leur foyer ».

Le rapport cherche donc à dépasser les questions de déploiement des réseaux car « permettre l’accès à tous à Internet ne suffit pas, si les citoyens ne cherchent pas à s’y raccorder, ou n’en exploitent pas les potentialités ».

Le Centre d’analyse stratégique a, pour cela, dépouillé un certain nombre d’enquêtes statistiques, notamment celle de l’Insee sur les technologies de l’information et de la communication auprès des ménages (2008), et a passé au crible plusieurs pratiques étrangères.

Premier constat : si la France est bien entrée dans l’ère du numérique, un tiers de la population n’est toujours pas équipé. Au-delà des questions de couverture du territoire par les réseaux, trois fossés numériques apparaissent « nettement ».

Un fossé générationnel : à partir de 55 ans, l’accès à un ordinateur ou à Internet diminue progressivement avec l’âge. Seulement 16,9 % des plus de 75 ans disposent à leur domicile d’un ordinateur et 15 % ont une connexion.

Un fossé social : 34 % des personnes aux plus faibles revenus ont un ordinateur à domicile et 28,2 % une connexion. Le principal obstacle tient aux coûts trop élevés d’équipement et d’abonnement. Or l’accès à un prix abordable aux outils numériques et à Internet haut débit devient chaque jour plus nécessaire notamment pour l’accès à l’emploi ou aux administrations nationales et locales.

Un fossé culturel enfin : les personnes les moins diplômées ont un moindre accès à domicile à un ordinateur (56 %) et à Internet (50,5 %).

En outre, ces fractures numériques se recoupent : « certaines populations, au croisement de plusieurs facteurs, sont totalement à l’écart de la société du numérique, en particulier les personnes âgées à faible revenu ou à faible niveau d’éducation et, bien sûr, celles conjuguant bas revenus et faible niveau d’instruction », souligne le rapport.

En revanche, deux enseignements semblent plus « surprenants ». Plus un ménage a d’enfants, plus la probabilité qu’il utilise Internet est forte.

Le fossé géographique est « moins prononcé qu’on pourrait le penser a priori ». Les différences entre « urbains » et « ruraux » sont minimes, qu’il s’agisse de la présence d’un ordinateur à domicile (respectivement 69,4 % contre 65 %) ou de la connexion (65,4 % contre 58,7 %).

Deuxième constat : des inégalités se creusent dans la population la plus jeune et « elles sont inquiétantes ». Une attention particulière doit donc être portée aux 15-24 ans qui n’ont pas accès aujourd’hui à Internet à leur domicile (16 %) ou qui ne maîtrisent pas cet outil.

Troisième constat : malgré cette proportion de jeunes qui ont du mal à utiliser ces nouveaux outils, c’est cette même génération que l’on peut qualifier de « native » du numérique.

Quatrième constat : les technologies numériques permettent d’atténuer les inégalités face à l’école.

Fort de ces évidences, le Centre d’analyse stratégique insiste alors sur trois propositions.

Il s’agit, premièrement, d’accorder, dans le cadre du “Plan de développement des usages du numérique à l’École”, une attention particulière aux jeunes (15-24 ans) à l’écart du numérique en leur proposant des formations adaptées (y compris en dehors du cursus scolaire) et en mettant à leur disposition des ordinateurs et des abonnements à tarif réduit. Les collectivités territoriales peuvent avoir un rôle à jouer dans le cadre de la formation, une compétence des régions.

Deuxièmement, il faudrait permettre un accès haut débit à bas coût pour les plus démunis par un abaissement des tarifs d’accès résultant « soit d’un renforcement de la concurrence, soit de la mise en place d’un tarif social de l’Internet, ainsi que par le déploiement du réseau d’espaces numériques publics (EPN) et la mise à disposition d’ordinateurs ». Les collectivités ont d’ailleurs mis en place de nombreux dispositifs d’EPN : Cybercommunes bretonnes, Cyber-base en Midi-Pyrénées, ERIC en Paca, Inforoutes de l’Ardèche, Cybercantal, AMI des Landes, etc.

La troisième proposition vise à familiariser les personnes âgées au numérique par un accompagnement personnalisé et des logiciels, voire des matériels, adaptés. « Cela leur permettrait de correspondre plus aisément avec leurs proches, de bénéficier d’un suivi médical à distance, et ainsi de rester chez elles plus longtemps ». Quelques collectivités pionnières sont déjà engagées dans cette voie, aux côtés des opérateurs de télécommunication, des mutuelles et des associations à Mayenne, Longjumeau, en Ille-et-Vilaine, Côtes d’Armor ou en Auvergne.

Le rapport conclut sur neuf recommandations qui détaillent les constats et propositions. Des recommandations pas vraiment nouvelles mais qui soulignent la nécessité de l’action politique « vigoureuse », des efforts d’information et de financement qu’il restera à mettre en œuvre.

Alan Kerhel

 

Posté le par Rédaction Weka

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