Climat : régions et villes veulent se faire entendre dans la négociation

Développement durable

En première ligne de l’action contre le réchauffement climatique, les villes et régions, réunies mercredi 1er juillet à Lyon, entendent pousser en faveur d’un accord mondial sur le climat à Paris mais aussi faire entendre leur voix dans la négociation.

D’ores et déjà, elles ont reçu le soutien du président français, François Hollande, sur l’une de leurs revendications, la possibilité pour les collectivités, notamment des pays du sud, d’accéder aux financements climat internationaux.

« Il faut qu’une partie de ces fonds puisse être directement accessible aux gouvernements locaux, aux territoires. Ça, c’est l’enjeu majeur », a dit M. Hollande devant un parterre d’élus et responsables de 400 collectivités du monde entier, qui ont applaudi sa déclaration.

Accueillis à Lyon par un début de canicule, phénomène qui promet de se répéter si la hausse du thermomètre global n’est pas jugulée, les participants à ce sommet « climat et territoires » échangent depuis mercredi sur leurs expériences et la manière d’amplifier leur mobilisation.

« Votre engagement est particulièrement important », leur a dit le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, qui, dans un message lu par son spécialiste climat Janos Pasztor, s’est dit « préoccupé par le fait que nous ne sommes pas encore engagés sur la voie d’un infléchissement de la courbe des émissions de gaz à effet de serre, et d’une limitation de la hausse des températures à moins de 2° ».

Partout dans le monde, des territoires, souvent organisés en réseaux, ont peu à peu mis en place des plans pour s’adapter au dérèglement du climat et le combattre.

C’est Copenhague qui s’engage vers la neutralité carbone, Vancouver qui vise 100 % d’électricité renouvelable d’ici 2050, la Californie en passe de revenir d’ici 2020 à ses niveaux d’émissions de gaz à effet de serre de 1990, ou le maire de Dakar qui lance un plan climat.

Quelque 80 villes ont rejoint la « convention des maires » lancée en septembre à l’Onu. En mars, 30 métropoles européennes ont signé un accord prévoyant la mutualisation d’achats « verts ».

Souvent, c’est la gestion des risques qui amène à s’intéresser au climat. Ainsi, les Philippines ont chargé leurs collectivités de gérer les plans de préparation.

Les villes « sont beaucoup plus exposées qu’avant aux risques climatiques », souligne Clément Larrue, chef de projet à l’Agence française de développement (AFD) : les effets du réchauffement commencent à se faire sentir, décuplés par les problèmes de planification urbaine et d’artificialisation des sols.

« Comment aménager une ville pour qu’elle soit plus résiliente et moins consommatrice d’énergie ? Cela passe par des investissements dans les transports doux ou l’efficacité énergétique des bâtiments, autant de mesures souvent de la compétence des collectivités », note-t-il.

Matthew Rodriquez, secrétaire à l’Environnement de la Californie, est venu à Lyon car il faut « faire savoir à l’échelle internationale, que localement des choses se font. Lyon est un forum où nous pouvons partager des leçons, et les emmener à la COP ».

Des propositions communes

Les négociations climatiques « actuellement sont dans le sur-place », constate Jean-Jack Queyranne, le président de la région Rhône-Alpes, hôte de la réunion. « Il faudra déclencher le sprint dans les 200 derniers mètres ; et nous on est là pour pousser. »

« Il s’agit de montrer aux négociateurs que non seulement c’est possible, mais que les solutions réelles sur le terrain sont déjà beaucoup plus en avance que les gouvernements dans les négociations », souligne Janos Pasztor.

Au sein du processus des négociations, menées sous l’égide de l’Onu par les seuls États, les territoires sont aujourd’hui reconnus comme partie essentielle de la solution pour permettre au monde de rester sous le seuil critique des + 2° de réchauffement.

Alors qu’ils n’étaient même pas mentionnés dans le protocole de Kyoto de 1997, la conférence de Copenhague en 2009 aura été un tournant avec la venue de très nombreux élus locaux.

À Lyon, les participants vont cette fois travailler sur des propositions communes pour amender le projet d’accord de Paris.

Le Québec pousse, par exemple, pour que les provinces puissent être directement associées aux tractations.

« Les collectivités doivent prendre leur part de responsabilité », témoigne le maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall. « Notre problème est de disposer des financements locaux : les collectivités sont dans une mue et nous devons nous affranchir du financement des États. »

 

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