Éolien en mer : débattre en amont pour éviter les tempêtes

Développement durable

Où construire ? Combien d’éoliennes ? Les Normands sont invités à s’exprimer très en amont sur le futur parc offshore français, fréquent sujet de bataille. Un débat « radicalement nouveau », à condition que l’État tienne compte in fine de ses conclusions, soulignent ses organisateurs.

Jusqu’ici les débats autour d’un projet étaient lancés une fois l’appel d’offres défini, souligne Chantal Jouanno, qui préside la Commission nationale du débat public (CNDP).

« On ne pouvait plus débattre de rien puisque tout avait été à peu près décidé. Ça a créé de grosses conflictualités », explique-t-elle à l’AFP, rappelant le cas du projet du Tréport qui rassemble toujours élus, pêcheurs et défenseurs du paysage contre lui.

L’idée est donc de solliciter le citoyen avant l’appel d’offres, ce que permet la loi depuis 2018. « C’est radicalement nouveau, on est à la limite de la co-construction », estime Chantal Jouanno. « Remettre la procédure dans le bon sens va peut-être contribuer à faire des choix plus partagés. »

L’enjeu pour l’éolien en mer n’est pas mince. De contestations juridiques en grippages administratifs, la France attend toujours de voir émerger son premier parc. Sur les sept déjà attribués, le tout premier ne devrait pas être opérationnel avant 2022. Cela n’empêche pas l’État de promettre déjà des sites supplémentaires pour diversifier les ressources électriques du pays.

Le ministère de la Transition écologique a ainsi saisi la CNDP en vue d’un parc de 1 gigawatt (80 éoliennes environ) sur la façade normande. Ce site, qui alimenterait 1 million d’habitants, serait attribué d’ici 2021 pour mise en service en 2028.

Pourquoi la Normandie ? Pour des raisons de profondeur, de vent, de capacités de réception à terre.

À partir du 15 novembre, « l’idée c’est de mettre les citoyens autour de la table, pour discuter des meilleures localisations possibles » sur cette zone de 10 000 km2 allant de Cherbourg au Tréport, explique Jean-Pierre Tiffon, président de la Commission particulière créée pour superviser le débat au sujet du parc normand. Ils seront aussi encouragés à y imaginer d’autres parcs potentiels.

« Les gens ont envie qu’on aille les voir », dit cet expert de la concertation, qui a pré-enquêté sur leurs motivations. « Ils s’intéressent : pourquoi faire 1 gigawatt, pas plus ou pas moins ? Pourquoi viser le meilleur prix et ne pas regarder mieux les aspects environnementaux ? Pourquoi ne pas attribuer le marché à une société d’économie mixte régionale plutôt qu’à un gros consortium ? »

Contexte « pas si évident »

Les membres de la commission synthétiseront fin janvier un « état des connaissances » pour éclairer le débat, contribuer à apaiser le « grand doute du public sur les informations dont il dispose ».

« On vise le grand public », qui sera invité à rencontrer la préfecture maritime, des constructeurs de pales…, décrit M. Tiffon. « Viendra-t-il ? On fait tout pour », assure-t-il, évoquant les tractages en gares, en supermarchés.

Puis pendant deux mois, ce petit monde travaillera sur des scénarios. « C’est là que ça se complexifie. Il y a les hostiles, et ceux qui veulent aller vite. Ceux qui veulent répartir les zones sur toute la côte et ceux qui veulent les rapprocher pour à terme les relier par un seul câble », raconte M. Tiffon.

La localisation promet des débats nourris.

Ce nouveau débat débute également dans un contexte « pas si évident », note Jean-Pierre Tiffon, notamment pour les pêcheurs qui craignent déjà de perdre des zones d’activité avec le Brexit.

« De manière générale, les gens doutent de l’intérêt de la participation : il faut les convaincre qu’ils ont une chance d’être entendus des pouvoirs publics », ajoute-t-il. « Cela met un peu plus la pression sur le décideur après : il y a un enjeu pour l’État, qui lance une nouvelle procédure de débat, mais qui doit arriver à prouver, à la fin, qu’il en a tenu compte ».

La France reste « très prudente » quand il s’agit de participation, relève pour sa part Chantal Jouanno.

Au total, deux ou trois scénarios seront présentés. L’État aura jusqu’à octobre 2020 pour livrer une réponse.

La CNDP devrait être saisie prochainement sur trois autres parcs, flottants cette fois, en Bretagne et Méditerranée.

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