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Face à la forêt asséchée, des maires se forment aux solutions

Publié le 28 septembre 2022 à 9h57 - par

En voyant leurs forêts parsemées de taches rousses dues à la sécheresse historique de l’été, des maires des Alpes-de-Haute-Provence sont venus chercher des solutions lors d’une formation inédite.

Face à la forêt asséchée, des maires se forment aux solutions

« Chez moi c’est flagrant, sur les feuilles de chêne, on se croirait à fin octobre », lance Thierry Durand, adjoint au maire de Malijai, commune de 2 000 habitants, dans une salle municipale de Digne-les-Bains où sont réunis une vingtaine d’élus des environs.

Ils assistent à une formation nouvellement proposée par l’association des communes forestières de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) sur la gestion adaptée au changement climatique de la forêt.

En juin, des scientifiques s’étaient installés au pied du Palais Bourbon pour proposer des formations express sur le changement climatique aux nouveaux députés. Une climatologue, experte du groupe des experts de l’ONU sur le climat (Giec) avait elle été invitée par Emmanuel Macron devant ses ministres à la rentrée.

Ici, c’est Géraud Lavandier, responsable de l’unité territoriale de l’Office national des forêts (ONF) qui se charge d’exposer les faits : en région Paca, il y a eu un déficit de pluie de 40 à 50 % au printemps, une augmentation des températures de + 3 degrés en juin/juillet et un déficit d’humidité des sols alpins de 40 à 60 %.

« D’ici 2050, selon les projections, sur les plateaux de Provence on aurait le climat du milieu de l’Espagne ou de l’Italie » et « si on ne fait rien on aura une augmentation des températures de 5 degrés d’ici 2100 et très honnêtement je ne sais pas si la forêt existera toujours ».

Pourtant « elle nous protège des risques naturels » (inondation, glissement de terrain) dans un département où elle recouvre désormais 60 % du territoire, insiste-t-il.

Attentifs, les maires énumèrent leurs difficultés pour préserver ce bien naturel : morcellement avec des propriétaires privés éclatés, inacceptabilité sociale dès qu’un arbre est coupé, même si c’est pour mieux gérer la résistance globale des bois, empiètement des arbres sur les surfaces pastorales qui manquent aux jeunes éleveurs…

Les forestiers les amènent sur une parcelle où ils ont coupé il y a trois ans la plupart des pins noirs d’Autriche qui avaient été plantés. Ils ont choisi de laisser faire la nature, qui s’adapte presque seule au changement climatique.

Sylvo-pastoralisme

La forêt mono-espèce s’est transformée : des chênes pubescents, sapins, châtaigniers ont pris racine. Des chênes verts ou des pins d’Alep, plus habitués des bords de la Méditerranée, sont remontés jusqu’ici. Ils « seront sans doute les mieux adaptés dans 50 ou 100 ans », souligne M. Lavandier.

Quelques cèdres ont été plantés pour donner un coup de pouce à la nature.

Pour Pascal Michel de l’ONF, « ce  peuplement mélangé est vraiment l’idéal » pour avoir une forêt résiliente car en cas de choc climatique (trop ou pas assez d’eau) certaines résisteront forcément. Et en cas d’incendie, les pins méditerranéens par exemple seront les premiers à repousser car la chaleur fait éclater des cônes renfermant des banques de graines, qui pousseront entre autres grâce aux cendres.

« On a une diversité qui est bien plus intéressante, même si on n’a pas encore retrouvé l’ombrage et la fraîcheur », s’enthousiasme Matthieu Estève, 24 ans, adjoint au maire de Digne-les-Bains. « Ceux qui ont traité ce projet de grand écocide remballent un peu leurs langues maintenant ».

« Si tu ne passes pas par la case concertation, tu te fais laminer », rebondit l’adjoint à l’urbanisme et au logement d’Oraison (6 000 habitants), Thierry Sedneff qui ne cache pas que ces sujets sont difficiles à gérer pour des communes petites ou moyennes laissées « seules aux manettes ».

En face, l’ONF tente d’apporter des solutions concrètes à cette poignée d’élus sensibles au sujet, ce qui n’est pas le cas de tous.

« Ce qu’on veut, ce n’est pas un champ de maïs gourmand en eau avec des arbres, c’est un écosystème qui résiste », explique M. Lavandier. Au moment où un plan régional encourage à planter cinq millions d’arbres, il ne faut pas se tromper. Par exemple, le cèdre du Liban doit être préféré aux essences d’Asie ou d’Amérique du Nord comme le sapin douglas, « déconnectées de notre écosystème depuis trop longtemps ».

L’ONF plantera de son côté 40 000 arbres autour de Digne cet automne.

Autre solution, le sylvo-pastoralisme, en installant des troupeaux (ici de brebis essentiellement) sur la forêt qui a recouvert les pâturages un temps abandonnés, qui permet à la fois de trouver des terres aux jeunes éleveurs et d’entretenir les parcelles.

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