Le Haut conseil pour le climat donne ses pistes face aux crises sanitaires et climatiques

Développement durable

Réussir la transition écologique pour être mieux préparés face aux crises sanitaires et climatiques : le Haut conseil pour le climat propose des pistes concrètes au gouvernement pour que les décisions prises aujourd’hui ne grèvent pas notre avenir.

Le HCC, instance indépendante créée par Emmanuel Macron pour évaluer les politiques publiques de lutte contre le réchauffement climatique, a élaboré un rapport spécial sur la crise du Covid-19 et ses conséquences, avec 18 recommandations, publiées mardi 21 avril 2020. Il s’agit de « guider les actions afin que les décisions prises permettent de nous reconstruire de manière plus résiliente aux risques sanitaires et climatiques », explique la présidente du HCC, Corinne Le Quéré.

La crise du coronavirus » rappelle de façon brutale notre fragilité, (…) le peu d’attention que nous portons aux signaux d’alerte, les manques de préparation et de prévention », souligne la climatologue. Pour les chercheurs et les économistes du HCC, il est indispensable de mettre la transition écologique et la réduction des gaz à effet de serre au cœur de la relance économique.

« Les risques climatiques sont extrêmement importants », rappelle la climatologue franco-canadienne, et « si on néglige encore les alertes comme on l’a fait pour les pandémies, on sera dans un monde avec des impacts effroyables », avertit-elle.

Conditionner les aides publiques

Le Parlement examine le projet de budget rectificatif, avec 110 milliards d’euros d’aides, dont 20 milliards pour recapitaliser des entreprises stratégiques en difficulté. De nombreuses voix ont appelé à ne pas reproduire la même erreur qu’en 2008, quand le plan de relance avait favorisé des activités polluantes. La reprise doit être « verte, pas grise », insiste le HCC.

La France compte réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre 1990 et 2030 et prévoit d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, mais elle n’est pas sur la bonne voie. Les aides budgétaires et incitations fiscales aux collectivités et entreprises doivent être « clairement subordonnées à l’adoption explicite de plans d’investissement et de perspectives compatibles avec la trajectoire bas-carbone », plaide le Haut conseil.

Le HCC cite le secteur automobile, où toute aide devrait s’inscrire dans une reconversion vers des véhicules « propres », électrique ou hydrogène, et s’accompagner d’un renforcement des normes de pollution de l’air.

« Les publications du HCC nourrissent la réflexion du gouvernement », assure le ministère de la Transition écologique. Le gouvernement soutient un amendement demandant que les entreprises aidées intègrent « pleinement et de manière exemplaire » la lutte contre le changement climatique dans leur stratégie, sans plus de précision.

La climatologue met aussi en garde contre les velléités de « reconstruire comme avant, coûte que coûte, certains secteurs comme l’aérien, très polluant », au moment où le gouvernement s’apprête à soutenir massivement Air France. Le HCC prône à l’inverse les transports « doux » – marche, vélo -, le télétravail, des « infrastructures plus résilientes », interrogeant le « sous-investissement massif dans la maintenance du réseau ferroviaire ». Il faut aussi « dynamiser la rénovation énergétique des bâtiments », créatrice d’emplois, ou « préserver et accroître les écosystèmes terrestres et côtiers » pour stocker du carbone.

Plus d’État, de sobriété

L’effondrement des prix du pétrole est le bon moment pour « enlever les exonérations fiscales », dans les secteurs routier et aérien par exemple, car ces mesures auront peu d’impact, plaide Corinne Le Quéré. Il ne doit pas servir d’excuse en revanche pour se détourner des énergies renouvelables.

« La plupart des causes structurelles de la pandémie sont aussi à l’origine du changement climatique, en particulier la pression insoutenable que nous exerçons sur les milieux naturels », rappelle Mme Le Quéré.

Le HCC est favorable à la réduction des inégalités via les politiques publiques et « un retour de l’État et des solidarités », à « plus de sobriété » dans nos modes de vie et des « indicateurs de bien-être » en plus du PIB. « L’engagement des citoyens doit être valorisé », plaident ses membres, citant l’exemple de la Convention citoyenne pour le climat.

« On entend un souhait du président de la République de reconstruire un monde meilleur », relève Mme Le Quéré. « Mais est-ce que cela va se traduire effectivement en mesures qui vont nous emmener vers un monde meilleur, ou est-ce que les lobbies et la pression de temps sera trop grande ? »

« À rebours de la logique les grandes entreprises d’abord, l’environnement ensuite, les experts du HCC rappellent que les mesures prises aujourd’hui en faveur des industries fossiles nous piègent dans des trajectoires carbonées », réagit Clément Sénéchal, de Greenpeace.

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