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À Marseille, « l’expérimentation Macron » dans les écoles ne fait toujours pas l’unanimité

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Les écoles « laboratoires » de Marseille voulues par le président Macron ne font toujours pas l’unanimité six mois plus tard, tant dans le choix des établissements que dans la mise en œuvre des projets, et soulèvent encore beaucoup de questions.

À Marseille, "l'expérimentation Macron" dans les écoles ne fait toujours pas l'unanimité

C’était la surprise du plan « Marseille en grand » d’Emmanuel Macron annoncé en septembre 2021 : en sus de 400 millions d’euros promis pour rénover les écoles, le chef de l’État avait affiché sa volonté de faire d’une cinquantaine d’établissements « un laboratoire de liberté et de moyens » dès septembre 2022. Dans une liste dévoilée par le quotidien régional La Provence cette semaine, 59 écoles – sur les 470 que compte la deuxième ville de France – ont été retenues. Un chiffre confirmé à l’AFP par le rectorat qui précise que 64 écoles étaient candidates. Mais curieusement, dans une ville marquée par de profondes inégalités entre les arrondissements du sud, plus riches, et ceux du nord où le taux de pauvreté peut atteindre 45 %, 26 des écoles sélectionnées ne font pas partie du Réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+) où se concentrent les difficultés sociales, d’après les syndicats.

Interrogée, l’inspection académique a toutefois assuré à l’AFP que toutes les écoles retenues « se situent dans des quartiers où l’indice social est faible et donc ayant des besoins éducatifs et sociaux élevés ». « Le peu de candidatures déposées s’explique par la forte mobilisation intersyndicale contre le projet : beaucoup d’écoles visées ont boycotté l’appel de l’académie, qui a dû multiplier les appels pour trouver des candidats », explique de son côté Virginie Akliouat, secrétaire générale du syndicat enseignant SNUipp-FSU 13. Sur le terrain, on dénonce surtout le volet « recrutement » conditionnant le projet d’Emmanuel Macron, qui prévoit que le directeur d’école – un enseignant sans prérogative hiérarchique – choisisse l’équipe pédagogique, un changement profond du modèle de l’Éducation nationale. « Cela ne répond pas à une demande des enseignants, c’est une vision managériale des écoles publiques et on ne connaît pas les critères sur lesquels ils seraient choisis », pointe Cécile Baron du collectif des parents d’élèves marseillais.

En visite à Marseille mi-février 2022, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer a annoncé qu’« une bonne partie des enseignants de ces établissements « laboratoires » ont souhaité rester ». Selon des chiffres non définitifs de l’inspection académique, trente enseignants supplémentaires seront aussi affectés dans les écoles retenues. Pour ces postes comme pour les remplacements de collègues partants, les directeurs vont « peut-être être associés aux commissions pour les nominations », avance, sans certitude, Michèle Carlioz, directrice d’une école élémentaire du 10e arrondissement qui a été retenue. « Le profil des candidats mais aussi le barème bien sûr compteront », poursuit la directrice dont l’établissement, comme la moitié des écoles marseillaises, est en « REP » c’est-à-dire situé dans une zone plus mixte socialement qu’en « REP+ », mais avec des difficultés sociales.

Cinéma ou fusains ?

Son école travaillant sur un projet autour des arts, ce seront « des profils artistiques » notamment qui seront privilégiés, explique-t-elle, tout en assurant qu’« il faut surtout des gens qui soient très motivés ». « C’est une occasion d’avoir le budget pour notre projet : on voit que les enfants ont des difficultés pour s’exprimer à l’oral et donc on veut par des spectacles de théâtre, de danse, de musique », les amener à s’améliorer, dit-elle pour expliquer pourquoi elle a postulé. L’État débloquera un budget de 2,5 millions d’euros pour ces 59 écoles « laboratoires ». Mais pour son établissement, la directrice l’avoue : « On n’a aucune idée de l’enveloppe allouée, on nous a dit de rêver en grand mais on ne sait pas si on va avoir une salle de cinéma ou une boîte de fusains… »

Du côté des parents, Séverine Gil, du Mpe13, regrette que « des écoles à projets comme les écoles Freinet (pédagogie fondée sur l’expression libre des enfants) aient fermé à Marseille ». « On coupe l’herbe d’un côté et on nous fait croire qu’elle va repousser de l’autre… »

Même amertume pour le collectif des parents d’élèves marseillais : « On présente ça comme une expérimentation extraordinaire, alors qu’on donne simplement aux écoles les moyens qu’elles devraient avoir », déplore Mme Baron, craignant que ce système n’aboutisse à « des écoles à deux vitesses ».

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