La Seine-Saint-Denis a hérité du centre aquatique olympique (CAO) qui a vu les exploits du nageur tricolore Léon Marchand lors des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) Paris 2024. Au-delà de ce nouvel équipement symbolique, la Délégation interministérielle des Jeux olympiques et paralympiques (DIJOP) a confié à deux unités de recherche des universités de Lille et de Strasbourg une étude pour évaluer l’impact de cet évènement planétaire sur le niveau de savoir nager dans le département francilien. Publiée fin mai 2026, son objectif consistait à repérer les évolutions du niveau aquatique des jeunes du département de Seine-Saint-Denis, « réputés pour leur faible capital culturel en la matière », à la mesure des efforts structurels d’importance réalisés pour les JO et des épreuves de natation qui s’y sont déroulées.
Transformer les moyens structurels en apprentissages effectifs
En matière de savoir nager en Seine-Saint-Denis, l’étude pointe « le paradoxe de la performance insuffisante malgré les investissements conséquents. » Structuré autour de quatre études complémentaires, le rapport commandé par la DIJOP avait pour ambition d’analyser, de manière rigoureuse et plurielle, les déterminants des écarts persistants de réussite au test national du savoir nager en Seine-Saint-Denis, dans un contexte marqué par des investissements publics inédits liés à l’héritage des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.
Les résultats convergent vers un premier enseignement majeur : les difficultés observées en Seine-Saint-Denis ne peuvent être interprétées ni comme le produit d’un manque de mobilisation institutionnelle, ni comme la conséquence de déficits culturels, motivationnels ou cognitifs propres aux élèves. Le cœur du problème réside dans un décalage entre l’intensité des moyens mobilisés et la qualité, la continuité et l’effectivité des apprentissages réellement vécus par les élèves, en particulier dans les contextes scolaires les plus défavorisés, insistent les auteurs du rapport. « Nous sommes ici face à un problème d’efficience : l’environnement organisationnel local du savoir nager investit des ressources (bassins, couloirs de nage, créneaux, financements, coopérations entre différents acteurs, embauche de MNS, BAM en périodes estivales…), mais échoue à les convertir en compétences aquatiques durables pour les enfants. »
Les enquêtes de terrain réalisées dans le cadre de l’étude mettent en évidence plusieurs freins structurels récurrents qui agissent comme un plafond de verre. Pour le casser, le rapport formule 32 remédiations opérationnelles (dont beaucoup sont déjà en œuvre sur le territoire) à destination des pouvoirs publics nationaux et locaux.
Faire mieux plutôt que faire plus
Dans ce contexte, « faire plus » ne constitue plus une réponse suffisante, assure le rapport : « l’enjeu est désormais de faire mieux et de manière plus équitable, en sécurisant les parcours d’apprentissage des élèves. Compte tenu des tensions structurelles persistantes et des contraintes pesant sur les ressources financières et humaines, la réduction des inégalités territoriales d’accès au savoir nager ne peut reposer sur la seule augmentation des moyens. » Celle-ci suppose, avant tout, une optimisation de l’organisation et du pilotage de l’enseignement de la natation.
Les résultats des études invitent ainsi à une évolution des pratiques, en passant d’une logique essentiellement administrative, centrée sur la gestion des créneaux et des contraintes logistiques (parfois soutenue par des postulats pédagogiques peu étayés, pointe le rapport) à une logique pleinement éducative. Celle-ci doit viser à garantir la continuité des parcours d’apprentissage tout au long de la scolarité primaire et à renforcer l’efficacité des contenus d’enseignement, en les adaptant aux besoins spécifiques de publics particulièrement exposés aux vulnérabilités sociales. « Si cette orientation peut s’avérer exigeante dans certains contextes territoriaux, elle doit néanmoins avoir pour objectif central l’augmentation des temps de pratique effective, condition sine qua non de la réussite des apprentissages aquatiques », plaident les auteurs du rapport.
Le rapport lance une alerte nationale
Un autre enseignement fort du rapport dépasse largement le cas de la Seine-Saint-Denis. En effet, les évaluations menées à l’école primaire montrent que, tous territoires confondus, le niveau de maîtrise des habiletés aquatiques protectrices reste globalement insuffisant, en deçà des standards européens. Les auteurs de l’étude invitent donc les pouvoirs publics à changer de focale, à savoir : abandonner le pilotage par les moyens pour privilégier un pilotage par les parcours.
Le rapport appelle ainsi à un changement de paradigme des politiques publiques du savoir nager. Il est « impératif » de sortir d’une logique de « guichet » (distribution de subventions et de créneaux) pour initier une logique de parcours « citoyen ». L’enjeu n’est plus seulement d’augmenter l’offre ou les volumes, mais bien de « garantir des parcours d’apprentissage continus, effectifs et pédagogiquement adaptés aux publics les plus éloignés de la culture aquatique », répète le rapport. En conclusion, le cas de la Seine-Saint-Denis révèle les limites d’une approche strictement infrastructurelle de l’héritage olympique et paralympique. La réussite des élèves au test national du savoir nager ne dépend pas uniquement de la livraison de nouveaux équipements, mais de la capacité collective à transformer une relation à l’eau positive chez les enfants en compétences aquatiques effectives, durables et sécuritaires. Le défi est désormais de « faire du savoir nager un véritable héritage éducatif et social. »
