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Pénurie de professeurs, mais aussi de remplaçants en Occitanie

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Des collégiens sont privés de cours d’anglais, de technologie ou de physique-chimie, parfois depuis septembre 2021 : comme ailleurs en France, l’académie de Toulouse, qui compte huit départements d’Occitanie, peine à recruter des remplaçants pour pallier les absences des enseignants titulaires.

Pénurie de professeurs, mais aussi de remplaçants en Occitanie

Mathis Guérin aimerait apprendre plus que « le strict minimum » en anglais. Mais, depuis la rentrée, cet élève de 6e du collège Sabarthès-Montcalm de Tarascon-sur-Ariège, n’a eu que trois semaines de cours, faute de professeur et de la remplaçante prévue. L’anglais ? « Il parait que c’est super bien, mais vu qu’elle n’est pas là… J’en avais fait très peu au primaire, on avait vu les couleurs », se désole ce collégien de 12 ans. Dans son établissement, un professeur de technologie manquait aussi à l’appel dès septembre 2021 et le poste n’a été pourvu que le 14 mars 2022. Sa mère y voit « une vraie perte d’égalité des chances ». « On appelle le rectorat toutes les semaines (…) mais la réponse c’est : « On n’a pas de contractuels » », se désole Isabelle Franc, également représentante de parents d’élèves de Sabarthès-Montcalm. La direction de ce collège de l’Ariège – l’un des 40 avec le plus faible taux de réussite au brevet dans l’académie (84,40 %) – admet qu’au moins deux classes ont eu moins de dix heures de cours d’anglais depuis la rentrée.

Abaisser le niveau pour recruter

Dans un autre, à Gratentour, à 20 km au nord de Toulouse en Haute-Garonne, il manquait deux professeurs de technologie dès septembre 2021. Ils n’ont toujours pas été remplacés. À l’approche du brevet, les parents s’inquiètent. Si la pénurie de contractuels – professeurs non fonctionnaires au statut moins protecteur – n’est pas une nouveauté, le phénomène s’est fait sentir très tôt cette année, selon le syndicat enseignant Snes-FSU 31, qui dénonce le manque de 300 remplaçants à l’automne dans le second degré. Le problème est tel que, pour la première fois, le rectorat a organisé un job dating au mois de mars 2022, afin de dénicher de nouveaux profils en abaissant le niveau des candidatures à bac + 2 avec expérience professionnelle.

L’académie de Toulouse compte 18 000 enseignants en collège et lycée, et une centaine de postes sont à pourvoir : il n’y a pas de quoi « dramatiser les choses », estime toutefois le recteur, Mostafa Fourar. « On se retrouve en concurrence avec d’autres secteurs qui recrutent dans un contexte de baisse de chômage. Ici, les entreprises sont florissantes et attirantes (…) et peuvent payer plus cher », a-t-il déclaré à l’AFP. Les contractuels dénoncent pour leur part une précarisation de leur situation et demandent une continuité salariale, avec notamment le paiement des deux mois de vacances d’été et moins de retards dans les versements. Alors qu’un professeur titulaire gagne 1 450 euros nets par mois en débutant, un contractuel doit de surcroît attendre au moins quatre à cinq ans pour prétendre à ce salaire. « À chaque rentrée, on ne sait pas où on va être affecté. Ils nous prennent pour des pions », ajoute Mehdi Tchina, professeur d’anglais dans un collège du centre de Toulouse et contractuel depuis quatre ans.

Perte d’attractivité du métier

Pour remédier à la pénurie, l’académie est prête à faire « encore un effort » et « pour les profils rares, les disciplines en tension et les besoins territoriaux, proposer des contrats pluriannuels de deux à trois ans », souligne le recteur. Outre le manque de contractuels sur le long terme, le milieu enseignant déplore les absences ponctuelles non remplacées. Cela a « des conséquences sur la vie de l’établissement. Quand deux profs sont absents, il n’y a plus assez de surveillants pour assurer l’étude », s’alarme Christophe Laronde, représentant du Snes-FSU 31.

Selon le ministère de l’Éducation, la part des remplaçants est de 5,4 % dans le second degré (collèges et lycées) et s’élève à 8,9 % pour le premier degré (maternelle et primaire), selon les derniers chiffres disponibles portant sur 2020 et déjà en légère hausse par rapport à l’année précédente. La généralisation du recours aux contractuels découle de la difficulté à recruter des titulaires. Pour Pierre Priouret, secrétaire général du Snes-FSU Toulouse, cela « correspond à une très forte perte d’intérêt du métier d’enseignant depuis un petit moment ».

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