Pisa : manque de soutien et problèmes de discipline, des maux français

Éducation

Pas assez de suivi individuel, problèmes de discipline en classe… L’enquête Pisa pointe dans sa dernière édition des maux français, attribués en grande partie à une formation des professeurs qui devrait être revue, selon l’OCDE.

La très attendue enquête Pisa, publiée mardi 3 décembre 2019 par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), sonde tous les trois ans les performances des systèmes éducatifs et sert de référence aux gouvernements pour justifier des politiques parfois très différentes.

Que mesure Pisa ?

Ce Programme international pour le suivi des acquis des élèves évalue depuis 2000 les connaissances et compétences des élèves de 15 ans.

Trois domaines sont passés au crible : compréhension de l’écrit, culture mathématique et culture scientifique. À chaque édition, un de ces trois domaines, dit « dominante », est plus amplement développé. Ce sera la compréhension de l’écrit pour l’édition 2018, qu’on pourra comparer à celle de 2009 et 2000.

Soixante-dix pour cent de l’ensemble des questions portent sur la majeure et 30 % sur les deux mineures.

Pisa inclut aussi un questionnaire sur l’environnement familial, socioculturel et scolaire des élèves.

Un manque de soutien

La France est l’un des pays participant à Pisa, où les élèves déclarent percevoir le moins de soutien de la part de leurs enseignants.

« C’est un véritable problème car on sait que la lutte contre les inégalités commence par un travail un peu plus personnalisé avec les élèves », indique Éric Charbonnier, spécialiste de l’éducation à l’OCDE.

Selon l’enquête Pisa, dévoilée mardi 3 décembre 2019, « seuls 57 % des élèves déclarent que leurs enseignants semblent s’intéresser en général aux progrès de chaque élève, contre une moyenne de 70 % des élèves dans les pays de l’OCDE ».

Dans l’Hexagone, plus d’un élève sur trois pense que son professeur « n’apporte jamais ou seulement parfois de l’aide supplémentaire en cours lorsque les élèves en ont besoin », contre une moyenne de un sur quatre pour les pays del’OCDE.

Parmi les 79 pays ou territoires participant à l’enquête Pisa, il n’y a qu’en Allemagne, en Autriche, en Croatie, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Pologne et en Slovénie, que les élèves ressentent moins de soutien de la part de leurs enseignants.

En France, moins d’un élève sur quatre (un sur trois, en moyenne dans les pays de l’OCDE) considère que son professeur lui fait des retours individualisés et lui indique par exemple ses points forts.

« Il faut être vigilant car le système français n’est pas valorisant, on ne met pas en avant les réussites, on pointe toujours ce qui ne marche pas, ce qui entraîne de la perte de confiance en soi », réagit Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU (le premier syndicat du primaire).

Selon elle, « cela traduit bien la pauvreté de la formation initiale et continue pour aiguiller comme il le faudrait les enseignants ».

« Un élève sur deux gêné »

L’étude Pisa va dans le même sens : « les pays performants ont souvent fait un investissement massif dans la revalorisation du métier d’enseignant et la formation initiale et continue », insiste Éric Charbonnier. Or « les choix budgétaires ne vont pas dans le sens du développement de la formation continue, c’est bien dommage », déplore Francette Popineau.

La France est aussi l’un des trois pays où les élèves font état des plus grandes préoccupations liées aux problèmes de disciplines en classe. Il n’y a qu’en Argentine et au Brésil où l’indice du climat de discipline est inférieur à celui observé en France.

« C’était déjà le cas lors des précédentes enquêtes mais le problème ne s’est pas réglé », souligne Éric Charbonnier. Or « avoir un élève sur deux gêné par les bruits pendant chaque cours, c’est gênant pour les apprentissages mais aussi pour les enseignants », dit-il.

Comment expliquer une telle spécificité française ? « Les enseignants en France sont très bien formés dans leur discipline, mais par rapport à d’autres pays, tout l’aspect pédagogique de gestion de classe fait beaucoup moins partie de leur formation », indique Pauline Givord, analyste à l’OCDE.

Autre problème pointé par l’étude : une certaine sévérité des profs français. Ainsi, « près d’un élève sur quatre en France fréquente un établissement dont le principal a déclaré que le fait que les enseignants soient trop sévères pouvait nuire » à leur apprentissage (contre une moyenne d’un élève sur huit pour les pays de l’OCDE).

« En France, les élèves arrivent en 6e en étant enthousiastes et petit à petit, ils obtiennent des notes en-dessous de la moyenne, ils sont alors découragés, cela créé un sentiment d’abandon, de perte de confiance en soi », regrette Pierre Merle, sociologue spécialiste des questions scolaires.

Il met à l’inverse en avant la Finlande, pays de l’OCDE « où la note minimale que l’on puisse attribuer à un élève est de 4 sur 10 : c’est bien plus intelligent car cela ne rabaisse pas l’élève ».

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