La participation sera l’une des clés des municipales 2020

Élus

Les maires restent les élus préférés des Français, mais la participation aux élections municipales est en baisse continue depuis plus de trente ans et sera l’une des clés du scrutin des 15 et 22 mars 2020.

Moins de deux Français sur trois se sont déplacés pour voter lors des deux derniers scrutins municipaux. À cette tendance de fond s’ajoutent cette année la grogne sociale autour de la réforme des retraites et la crise du coronavirus, qui occultent la campagne et peuvent peser sur la participation.

En 1983, 78,42 % des électeurs se sont déplacés au premier tour. En 2014, ils n’étaient plus que 63,55 %, soit trois points de moins qu’en 2008. L’abstention avait alors atteint un niveau record pour ce type de scrutin à 36,45 % et pourrait grimper encore cette année.

« Je pense que cette tendance va s’accentuer parce que le rapport des Français au local se distend. Il y a 20 ans, tout le monde connaissait son maire, aujourd’hui il y a moins d’évidence du cadre communal », avance Rémi Lefebvre (Université de Lille-Ceraps), spécialiste des mobilisations électorales.

Nombre d’électeurs sont moins attachés à la commune dans laquelle ils vivent, parce qu’ils travaillent dans une autre, vivent dans une métropole ou sont éloignés du centre.

Une tendance encore plus marquée chez les jeunes et dans les quartiers populaires où les partis politiques, aujourd’hui sinistrés, étaient des agents de politisation. « Aujourd’hui, les milieux populaires décrochent par rapport aux municipales, ils n’y voient plus beaucoup d’intérêt », analyse Rémi Lefebvre.

À Roubaix et dans certaines communes de la banlieue parisienne, l’abstention était supérieure à 60 % en 2014. « La Seine-Saint-Denis est très abstentionniste. On sait que des records d’abstention seront battus », confirme Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences politiques à l’Université de Montpellier.

Stop ou encore ?

On s’abstient également beaucoup plus dans les grandes villes qu’en milieu rural où le vote est moins anonyme. Avec une très forte différence de participation selon la taille des communes.

« Le facteur le plus important, c’est l’âge. Les classes relativement âgées votent massivement aux municipales et les jeunes très peu, alors qu’il n’y a pas une telle différence à la présidentielle », souligne Jean-Yves Dormagen.

Aux municipales, la participation, qui approche de 80 % chez les 50-70 ans, est inférieure à 40 % dans les classes d’âge jeunes, rappellent les spécialistes.

À ces raisons structurelles s’ajoutent la nouvelle donne politique de 2020. Les élections intermédiaires permettent traditionnellement aux électeurs de sanctionner le pouvoir en place. En 2014, la faible mobilisation de l’électorat de gauche avait permis à la droite de l’emporter.

Cette année, La République en Marche ayant très peu de maires sortants, le réflexe du vote sanction est plus compliqué. « On a une telle complexité de l’offre politique que beaucoup de repères sont un peu perdus et ça peut jouer en faveur d’une participation moins forte », estime Rémi Lefebvre.

La hausse de l’abstention est-elle pour autant inéluctable ? Aux européennes de mai 2019, la participation a connu un léger rebond après 25 ans de recul. Grâce notamment à une plus forte mobilisation des jeunes qui se sont décidés au dernier moment et n’apparaissaient pas dans les enquêtes d’intentions de vote.

Côté positif, l’intérêt pour l’écologie, la transition énergétique, peut pousser cet électorat plus jeune, diplômé, à se mobiliser pour les municipales. Avec un bémol, l’engouement pour l’écologie touche surtout les électeurs des grandes villes.

Pour Jean-Yves Dormagen, c’est l’offre politique qui favorise la participation, quand les électeurs ont l’impression que leur bulletin de vote aura des effets : « Aux municipales, même si les enjeux sont importants, peu d’électeurs pensent que leur vie va changer du fait de leur vote ».

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