Olivier Landel, délégué général de France urbaine : « Il n’y a pas vraiment eu de campagne intercommunale »

Intercommunalité

France urbaine regroupe une centaine de membres : grandes villes de France, métropoles, communautés urbaines et communautés d’agglomération. Elle représente ainsi deux mille communes de toutes tailles où vivent près de trente millions de Français. Son délégué général, Olivier Landel, revient sur les principaux enjeux des élections municipales du mois de mars 2020 et sur les préoccupations de France urbaine à la veille du scrutin.

Olivier Landel délégué général de France urbaine
Olivier Landel

Quels sont selon vous les principaux enjeux des élections municipales de mars 2020 ?

Les sondages montrent que les Français attendent des mesures en matière de sécurité, santé, transition écologique… Ce sont en réalité des sujets permanents pour les collectivités. Au-delà, il me semble important de pointer les enjeux des prochains mandats : sur quoi les élus travailleront-ils une fois en place ? La question climatique sera naturellement incontournable et les élus devront l’aborder sous deux angles. Tout d’abord, « l’atténuation » : comment limiter les émissions de CO2 pour ne pas dépasser le seuil de 1,5 degré de réchauffement, aujourd’hui inévitable. Il faudra agir notamment sur les transports et sur la rénovation énergétique des bâtiments, non seulement ceux dont la collectivité est propriétaire mais aussi lorsqu’elle est partie prenante comme dans les résidences sociales.

De nombreuses collectivités ont déjà pris des initiatives en ce sens ; il va falloir accélérer le mouvement. Outre l’atténuation, les élus devront travailler sur « l’adaptation » à des événements climatiques plus forts, dont ils ont pris conscience, et qui ont des conséquences sur la vie quotidienne. Pour cela, il n’y a pas vraiment de méthodologie et les élus devront expérimenter diverses solutions : apporter davantage de verdure à la ville, remplacer le béton par des pelouses, trouver des circulations d’air… Sur de tels sujets — climat, énergie, transports… —, les villes devront aussi s’associer pour être plus efficaces. C’est pourquoi France urbaine prône depuis quelques années « l’alliance des territoires ».

La précarité est également un axe fort des futures politiques locales ?

Il y a six ans, la précarité au sens large n’était pas forcément considérée comme une responsabilité de la ville. Pourtant, c’est dans les territoires urbains que se concentrent les gens qui ont du mal à joindre les deux bouts, à se loger, voire à accéder à la culture ou encore à l’alimentation pour des raisons financières… Les villes sont de plus en plus nombreuses à prendre en charge la lutte contre la précarité, notamment chaque fois qu’il s’agit de traiter des sujets tels que le logement, la santé, l’accès aux services publics. En effet, c’est toujours le maire qui finit par être interpellé en dernier ressort, et rien ne sert de renvoyer les habitants vers le département ou vers l’État. En matière d’énergie, par exemple, les citoyens attendent surtout un accompagnement à la rénovation énergétique, plutôt que d’être dirigés vers une démarche de demande d’aide. Cependant, l’État tend un peu à considérer que lorsqu’il publie un décret, tout le travail est fait. Or, c’est là que le boulot des maires commence : ce sont eux qui assurent la mise enœuvre des textes.

Vous êtes donc favorables à une plus grande décentralisation ?

Nous revendiquons une décentralisation qui donne davantage d’autonomie et de responsabilité aux collectivités locales. Les élus doivent être associés à la définition de ce qu’il faut faire et pas seulement à la mise en œuvre des textes, et il convient de les laisser agir en fonction d’objectifs. Notre tendance, c’est de dire : si l’État n’agit pas, c’est à nous de le faire mais dans ce cas, il n’a pas à nous expliquer comment le faire. Et si nous ne tenons pas les objectifs que nous nous sommes assignés, le citoyen saura nous le dire… C’est notre vision de la décentralisation et c’est exactement ce message que nous passons dans le cadre de la loi 3D – en concertation jusqu’en mai 2020 – et qui est du reste bien entendu.

Vous citez également l’enjeu que constitue une nouvelle forme de gouvernance ?

Oui, c’est une préoccupation assez récente. Entreprises, start-up, ONG, associations, ou encore citoyens sont aujourd’hui à l’origine de très nombreuses initiatives qui interviennent sur les champs du service public en complément, à la place ou à côté de la collectivité. On peut citer les trottinettes, les crèches, les logements solidaires, par exemple. Il s’agit là d’une nouvelle forme de gouvernance, de « management de la ville », qui est en train de s’inventer. Comment la collectivité peut-elle prendre à son compte ces initiatives : peut-elle (et doit-elle) les intégrer, les reproduire, les démultiplier ? Cela rejoint l’idée, que nous portons depuis longtemps, de la différenciation qui passe par l’expérimentation, y compris sur des choses qui ne fonctionnent pas, plutôt que de tout réinventer à chaque fois.

Et quid des enjeux intercommunaux ?

Contrairement à ce que certains ont pu espérer, le vote « fléché »* n’a pas permis de faire entrer, à quelques exceptions près, les enjeux intercommunaux dans la campagne municipale, et il n’y a pas eu non plus de campagne intercommunale. Pourtant, si en 2014 tout le monde n’était pas concerné par l’intercommunalité, aujourd’hui tout le territoire est couvert par des structures intercommunales. Pour autant, on ne peut pas dire que les enjeux métropolitains ou intercommunaux soient totalement absents de la campagne : certains (transports, eau et assainissement…) sont portés par l’intercommunalité, mais les habitants pensent que c’est le rôle du maire. Hormis dans les anciennes communautés urbaines, créées il y a soixante ans, où ils savent bien différencier ce qui relève de la structure intercommunale ; mais ce n’est pas le cas dans celles qui sont nées avec la loi Maptam ou avec la loi NOTRe… Il faut du temps pour que ces services deviennent visibles.

Nous proposons que la loi 3D crée un statut encore plus intégré pour les communautés urbaines qui existent depuis longtemps : un seul budget pour l’ensemble des compétences communales et intercommunales et un vote unique, avec un découpage du territoire en circonscriptions afin de maintenir la présence d’élus de proximité.

Propos recueillis par Martine Courgnaud – Del Ry

* Depuis 2014, dans les communes de plus de mille habitants, les électeurs doivent désigner, sur une double liste, leurs représentants au sein des conseils communautaires ou métropolitains.

France urbaine a lancé une étude sur les enjeux des élections de mars 2020 : quinze chercheurs, dans quinze territoires (grandes agglomérations et métropoles), examinent les enjeux mis en avant dans la campagne électorale, la présence des sujets intercommunaux, les alliances postérieures aux élections… Les résultats seront dévoilés en septembre 2020.

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