Des pistes pour améliorer la situation peu reluisante de l’emploi des seniors

Emploi

Alors que la réforme des retraites prévoit que les Français travaillent plus longtemps et que le gouvernement promet des mesures pour les seniors, un rapport formule des pistes pour améliorer leur situation peu reluisante, entre mise à l’écart et chômage de longue durée.

En France, le taux d’emploi des seniors, entre 55 et 64 ans, est inférieur à la moyenne européenne, même s’il s’est amélioré ces dernières années, notamment du fait des réformes des retraites successives, relèvement de l’âge légal à 62 ans ou encore allongement de la durée de cotisation.

Depuis le lancement des discussions sur la réforme des retraites, cette question restait en filigrane sans être réellement abordée.

Fin septembre 2019, le Premier ministre a confié une mission à Sophie Bellon, présidente du conseil d’administration de Sodexo. Ce rapport, qui vient s’ajouter à une liste déjà fournie de rapports sur le sujet, embrasse une question bien complexe qui concerne les 55-64 ans.

Sophie Bellon prône déjà une révolution sémantique. « Il faut arrêter de parler de maintien dans l’emploi des seniors, il faut parler de favoriser l’emploi des travailleurs expérimentés ! », a-t-elle expliqué à la presse en présentant le rapport, aux côtés des deux autres auteurs Olivier Mériaux, ancien cadre de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), et Jean-Manuel Soussan (DRH Bouygues construction).

Il faut « changer les représentations culturelles », a-t-elle plaidé.

Un salarié senior, « ce n’est pas juste quelqu’un qui coûte cher, qui ne veut pas se former, c’est quelqu’un qui a de la valeur », a-t-elle insisté, énumérant les arguments clichés dont sont souvent victimes les salariés les plus âgés.

La situation peut devenir compliquée dès 50 ans, et en général les conseillers Pôle emploi ne le cachent pas aux intéressés.

Pour les plus âgés, il est à noter que « près de 40 % des actifs de la génération  1954 ne sont plus en emploi quand ils vont liquider leur retraite » mais au chômage, en arrêt maladie, inaptitude ou « dans d’autres formes d’inactivité », relève M. Mériaux.

Le rapport a été présenté mardi 14 janvier 2020 à Muriel Pénicaud et aux partenaires sociaux, réunis sur les thèmes de la pénibilité et de la gestion des fins de carrière dans le cadre de discussions se poursuivant sur le projet de réforme des retraites.

La ministre du Travail a promis de « grandes pistes » d’ici la présentation du projet de loi en Conseil des ministres prévue le 24 janvier 2020. « Leurs propositions vont nourrir notre concertation sur la gestion des fins de carrière et l’emploi des seniors », a-t-elle réagi sur Twitter.

« La question est : où est-ce qu’on met le curseur entre l’incitation et la contrainte ? », a résumé Olivier Mériaux, qui a insisté sur la prévention et la santé au travail, un sujet dont il faut se préoccuper « de manière continue ». Une négociation interprofessionnelle est d’ailleurs attendue depuis plusieurs mois sur ce sujet.

À cet égard, le rapport, qui formule une quarantaine de propositions, suggère d’abaisser les seuils déclenchant l’obligation de négocier un accord sur la prévention, mais aussi de renforcer l’accompagnement des salariés ayant ouvert des droits au titre de la pénibilité pour financer des formations longues de reconversion, ou encore d’augmenter la part du budget de la branche accidents du travail consacrée à la prévention.

M. Mériaux note d’ailleurs que la progression du taux d’emploi des seniors a aussi ses revers comme « les indemnités journalières pour maladie qui ont augmenté de 60 % entre 2010 et 2016 » chez les plus de 60 ans, d’où la priorité de la prévention.

L’idée est aussi de favoriser la formation et « les transitions vers les secondes carrières ». La ministre du Travail avait déjà indiqué qu’elle voulait « examiner la possibilité d’avoir un vrai congé pour changer à mi-parcours vers des métiers moins difficiles ».

S’agissant de la retraite progressive, un dispositif méconnu, le rapport mentionne une piste déjà envisagée dans le projet de loi, à savoir l’étendre aux salariés au forfait jours, aux professions libérales et aux agents publics.

Autre piste contenue dans le projet de loi : rendre plus attractif le dispositif du cumul emploi-retraite, en faisant en sorte que les cotisations sociales prélevées sur les revenus d’activité soient génératrices de droits.

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