1 000 premiers jours, là que tout commence pour l’enfant

Enfance et famille

La commission sur « Les 1 000 premiers jours » vient de remettre son rapport au gouvernement.

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a remis, le 8 septembre 2020 au secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, le rapport de la commission d’experts pour les « 1 000 premiers jours ». Ces 1 000 premiers jours de l’enfant constituent une période essentielle pour son bon développement et sa construction. Cette période conditionne la santé et le bien-être de l’individu tout au long de sa vie. Tout au long du rapport, la période des « 1 000 premiers jours » est comprise comme s’étendant du 4e mois de grossesse aux 2 ans de l’enfant ; parfois, lorsque les problématiques le justifient, l’expression est utilisée pour couvrir une période plus large s’étendant de la période préconceptionnelle jusqu’à l’âge de 3 ans.

C’est donc sur ce sujet qu’a travaillé une commission de 18 experts spécialistes de la petite enfance, présidée par Boris Cyrulnik et lancée par le président de la République en septembre 2019. Son rapport est basé sur les apports de la science. Adrien Taquet a salué le caractère innovant de la démarche, qui a mobilisé des compétences plurielles : neuropsychiatres, gynécologues-obstétriciens, pédopsychiatres, psychologues, sages-femmes, professeurs des universités.

L’ensemble des données scientifiques converge vers une position désormais commune : l’importance des 1 000 premiers jours, période où tout commence pour l’enfant, premiers apprentissages, développement cognitif et affectif, sociabilité… « Nous devons collectivement faire mieux, pour nos enfants, pour nos familles, pour notre société. La science nous y aide, en nous indiquant le caractère fondamental des 1 000 premiers jours, confirme le secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles. Tirer les leçons de cet apport fondamental, c’est aujourd’hui créer un véritable parcours des 1 000 premiers jours. »

La commission d’experts des « 1 000 premiers jours » formule de nombreuses recommandations, dont certaines ont retenu l’attention d’Adrien Taquet. En voici quelques-unes.

  • La création d’un parcours des 1 000 jours

Ce parcours comprendrait un accompagnement personnalisé commençant dès l’entretien du 4e mois, se poursuivant en maternité et jusqu’au domicile, et serait renforcé en cas de fragilités (handicaps, troubles psychiques ou fragilités sociales). En complément, la commission préconise la création de Maisons des 1 000 jours. Ces structures pourraient incarner un espace identifié, une réponse globale et intégrée aux besoins des parents et des bébés et jeunes enfants, s’organisant autour des principes suivants : développement favorable et bien-être de tous les enfants, réduction des inégalités et valorisation de la mixité sociale, valorisation des ressources parentales, accompagnement de la loi contre les violences éducatives ordinaires. Ces Maisons des 1 000 jours seraient ouvertes à tous, inconditionnellement. Elles s’adresseraient à tous les parents, leurs enfants, ainsi qu’à leur entourage (grands-parents, oncles, tantes, professionnels), soutenant l’idée d’un réseau relationnel ou d’une communauté autour de chaque enfant et de chaque famille. Le rapport estime nécessaire de créer l’équivalent d’une maison pour 10 000 naissances. Ainsi organisées elles ne pourront couvrir tout le territoire. Les acteurs de ces maisons devront donc connaitre l’ensemble des ressources de leur territoire pour orienter au mieux les familles.

  • La généralisation de l’entretien prénatal précoce, qui ne concerne aujourd’hui que 28 % des grossesses
  • L’augmentation des moyens des maternités et des PMI

La commission recommande que chacune des 500 maternités sur le territoire bénéficie d’un lien étroit et quotidien avec la protection maternelle et infantile (PMI) pour mieux accompagner les parents.

  • Les congés de naissance

Le congé maternité pourrait être prolongé de 2 semaines pour atteindre 3 mois pleins en post-partum pour celles qui auraient pris les 6 semaines en prénatal. À partir du 4e mois, l’on pourrait ouvrir la possibilité d’un congé parental rénové.

Mettre en place un congé « parental » de 9 mois (36 semaines) partageable entre les deux parents, avec un niveau d’indemnisation suffisamment attractif, qui correspondrait à un montant minimum de 75 % du revenu perçu quel que soit le statut. Cela permettrait à l’enfant de rester avec l’un ou l’autre de ses parents pendant toute la première année et d’intégrer ainsi un système d’accueil formel à 1 an.

Allonger le congé paternité (second parent) à 9 semaines, exclusif au second parent et qui pourrait être pris de manière flexible : une partie pourrait être prise après la naissance et l’autre partie à la fin du congé maternel.

L’allongement du congé paternité « serait une première étape d’une réforme ambitieuse du congé parental, dans l’intérêt du développement de l’enfant, mais également pour lutter contre la solitude et l’isolement des mamans », tempère le secrétaire d’État.

  • La généralisation et l’harmonisation du projet éducatif de l’accueil des enfants avant 3 ans

« Ces premières pistes doivent désormais se traduire en actes », a annoncé Adrien Taquet. Elles seront examinées dans les prochaines semaines.

Enfin, s’agissant des structures d’accueil du jeune enfant, la commission d’experts suggère de « construire des espaces plus propices au développement de l’enfant en repensant le système d’accueil. » Selon elle, la qualité des modes d’accueil constitue « un enjeu majeur pour le développement socio-émotionnel, psychomoteur et cognitif de l’enfant, ainsi que la lutte contre les inégalités sociales. » Elle met en avant trois éléments à favoriser pour renforcer cette qualité : l’encadrement pédagogique, la pratique de la référence, la formation des professionnels. Et la commission insiste sur le respect d’un ratio de 5 enfants/adulte tous âges confondus, avec au moins 70 % de professionnels diplômés.

Posté le par

Recommander cet article