Le député socialiste de la Haute-Garonne, Jacques Oberti, a présenté, le 29 avril 2026, le fruit des travaux de la mission d’information flash relative aux dysfonctionnements du logiciel Hélios, l’outil comptable du quotidien pour les collectivités locales et les établissements hospitaliers. La mission a analysé le déroulement, les conséquences et la gestion de l’incident technique survenu en février 2026, qui a intégralement suspendu les opérations comptables transitant par Hélios. Entre le 5 et le 17 février, la moitié de ses utilisateurs ont ainsi été dans l’incapacité de réaliser la bonne transmission des titres et des mandats, de consulter le niveau de leur trésorerie et de compléter le processus de clôture de leurs comptes. En deux mois, le rapporteur a entendu les associations d’élus locaux, les gestionnaires publics et directeurs d’établissements hospitaliers affectés, les organisations syndicales et les autorités administratives de la Direction générale des finances publiques (DGFiP), des éditeurs de logiciels et des agences de l’État compétentes, ainsi que le ministre de l’Action et des Comptes publics.
Logiciel Hélios : les conséquences de l’incident
L’analyse du déroulement de l’incident révèle un déficit d’anticipation partiellement explicable et des faiblesses certaines de la communication de crise de la DGFiP, résume le rapport. Si l’origine précise de l’incident semble difficilement prévisible, le défaut d’anticipation face à la survenance d’un tel incident « a entraîné un redémarrage laborieux », écrit Jacques Oberti. Il a donc été nécessaire de restaurer intégralement l’application Hélios. L’essentiel des utilisateurs et partenaires d’Hélios ont partagé avec le rapporteur leur étonnement au regard de la lenteur du redémarrage de l’application.
« Bien que la DGFiP ait mis en œuvre un ensemble de mesures de communication de crise, l’hétérogénéité de la circulation de l’information a conduit à une forte inquiétude pour la majorité des ordonnateurs », rapporte le député. Avant d’établir le constat suivant : de manière générale, les grands utilisateurs et leurs associations ont particulièrement apprécié la communication directe régulière avec l’administration centrale ou déconcentrée de la DGFiP. En revanche, les plus petits utilisateurs, bien plus nombreux, et ceux dont la relation de confiance avec les administrations centrales apparaît dégradée, soulignent plusieurs des faiblesses de la communication du ministère. Enfin, Jacques Oberti pointe « le manque d’information directe de la DGFiP aux collectivités locales. »
« Si le pire a été évité », reconnaît le rapporteur, les conséquences de l’incident sur les utilisateurs d’Hélios et leurs partenaires financiers s’avèrent significatives. Le dysfonctionnement a fortement retardé l’ensemble des opérations comptables. Et le député de la Haute-Garonne de donner les exemples suivants :
- Près de 30 % des départements auraient connu des difficultés de versement d’une partie des prestations sociales dont ils assurent la gestion.
- Jusqu’à 90 % des départements et 95 % des comptables publics ont fait état de retards pour le paiement des fournisseurs.
- Le dysfonctionnement de l’application Hélios et de son module CDG-D SPL assurant le processus d’approbation des comptes a complexifié la gestion des ressources humaines.
En revanche, « les risques de retards de versement des paies des agents publics ne se sont pas réalisés, mais ont fortement préoccupé les utilisateurs d’Hélios jusqu’à son redémarrage », indique le rapport.
Des recommandations pour prévenir un nouvel incident
« Il importe de renforcer les mesures de prévention de tels dysfonctionnements, et d’améliorer les modalités de gestion de crise en cas d’incident », insiste Jacques Oberti dans son rapport.
Installer un serveur de secours
Afin de prévenir un incident similaire, la solution la plus robuste, même si elle est sans doute la plus coûteuse, serait de prévoir un plan de continuité d’activité formalisé, dans le cadre du déploiement d’Hélios 2. Pour cela, l’ensemble des acteurs auditionnés s’accordent sur le principe du développement d’un serveur de secours en cas d’incident technique pour Hélios. Celui-ci reposerait sur un site passif, à activer en cas d’incident, disposant d’une puissance équivalente aux sites actifs en permanence.
Dans la perspective de sa mise en œuvre, le site de secours devra être accompagné d’exercices réguliers d’activation du plan de continuité d’activité. Un rythme semestriel semble constituer un standard courant dans le secteur. Porté par la DGFiP, le projet Hélios 2 prévoirait déjà l’investissement de 60 millions d’euros entre 2025 et 2031 afin de moderniser l’application et de renforcer sa résilience. « Plus largement, ce dysfonctionnement de l’application Hélios rappelle le caractère urgent de la réduction des vulnérabilités des systèmes informatiques cruciaux des administrations centrales », plaide le rapporteur.
Prévoir un plan de communication
En vue de renforcer les modalités de gestion de crise, il convient parallèlement d’anticiper la création d’un plan formalisé de communication et des solutions redondantes, préconise le député. Selon lui, un tel plan de communication se révèle « indispensable. » Ce plan de communication devrait notamment comporter :
- une information actualisée sur la possibilité d’avoir recours à certaines fonctionnalités de l’application défaillante. Par exemple, pour Hélios, la préparation ou la transmission de certains flux comptables, même en mode dégradé ;
- un guide de communication prêt à l’emploi à l’attention des utilisateurs, afin qu’ils puissent informer leurs partenaires de l’avancement de la situation ;
- un plan de reprise d’activité formalisé, proposant les modalités de priorisation des opérations.
