L’exécutif promet un « acte 2 » du plan pauvreté d’ici 15 jours

Lutte contre les exclusions

Inquiet des conséquences de la crise sociale, le gouvernement a promis un « acte 2 » à la stratégie anti-pauvreté d’ici 15 jours, aux associations de lutte contre la pauvreté qui l’exhortaient à agir depuis plusieurs semaines, et ont été reçues vendredi 2 octobre 2020 à Matignon.

D’une crise à l’autre, le paysage économique et social a radicalement changé depuis le 13 septembre 2018 et l’inauguration par Emmanuel Macron de son plan pauvreté, qui a traversé ensuite le mouvement des « gilets jaunes » puis l’épidémie de coronavirus.

Deux ans plus tard, il s’agissait donc de prendre en compte ces bouleversements en donnant le coup d’envoi d’un « acte 2 », dixit Matignon, qui attendait de ce rendez-vous « des remontées du terrain » pour « ajuster des mesures ».

Se disant « conscient de l’urgence et de la gravité de la situation », Jean Castex s’est engagé à présenter un « plan d’action dans une quinzaine de jours », a fait savoir à l’AFP son entourage.

Ce premier rendez-vous, qui a duré près de deux heures, réunissait autour du Premier ministre et du ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, le Samu Social, ATD Quart Monde, Médecins du monde, Emmaüs, la Fondation Abbé-Pierre ou le Secours populaire.

« On attendait des réponses, on ne les a pas eues… On a le sentiment d’avoir été écoutés, mais maintenant il faut que des mesures soient prises », a déclaré lors d’une conférence de presse organisée à l’issue Christophe Devys, président du collectif Alerte (35 fédérations et associations nationales de solidarité), en se disant « très impatient ».

Au cœur de leurs revendications depuis plusieurs années, les associations ont notamment demandé une hausse des principaux minima sociaux (RSA, AAH pour les personnes handicapées et ASPA pour les personnes âgées), ainsi que l’ouverture du RSA aux jeunes, une mesure un temps envisagée puis oubliée.

Inquiètes du « contrecoup » de la crise sanitaire, nombre d’entre elles ont vu les demandes exploser et craignent désormais que « des centaines de milliers de personnes ne passent d’un état de précarité à la pauvreté ».

Cette rencontre avec le Premier ministre était vue comme « une dernière chance pour inverser la tendance sur la place qui est donnée aux plus pauvres par ce gouvernement », selon Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre.

Quid du revenu universel d’activité ?

« Il ne s’agit pas de dire que rien n’a été fait, mais de souligner qu’il y a une partie de la population – les 5 à 7 % des plus pauvres – qui sont exclus de toutes les mesures prises, y compris dans le plan de relance », a-t-il ajouté.

Selon le Secours populaire, les demandes d’aide alimentaire se sont envolées pendant le confinement : près d’un requérant sur deux était un nouveau venu. Et les 800 000 suppressions d’emplois prévues en 2020 par la Banque de France n’incitent guère à l’optimisme.

Ainsi, des députés ont récemment poussé pour inscrire dès le projet de loi de finances rectificatif (PLFR 4) de novembre des mesures additionnelles pour les publics les plus fragiles.

L’exécutif a déjà mis sur la table des aides pour les foyers les plus modestes, les étudiants ou les bénéficiaires de l’allocation de rentrée scolaire. En outre, 94 millions d’euros ont été débloqués pour l’aide alimentaire (achats de denrées, chèques alimentaires).

Il entend également défendre le bilan de son « acte 1 » de la stratégie anti-pauvreté, mettant en avant les 80 000 places en crèches qui ont bénéficié d’un « bonus mixité » pour accueillir davantage d’enfants défavorisés dans les quartiers sensibles, ou les plus de 155 000 élèves d’établissements en zone prioritaire auxquels ont été fournis des petits-déjeuners gratuits à l’école.

En revanche, l’une des mesures-phares de ce plan, la création d’un « revenu universel d’activité », fusion de plusieurs minima sociaux, est à l’arrêt et le gouvernement n’a pas précisé si les concertations reprendraient.

« Il y aura un enterrement probable », ont déploré les associations, qui espéraient de ce RUA une augmentation du niveau de vie des plus précaires, ainsi qu’une simplification des démarches.

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