Comme l’a rappelé Vincent Prévoteau, président de l’Association des directeurs d’hôpital (ADH), lors du congrès du SMPS, la réforme du statut des directeurs d’hôpital a été « un combat », qui a trouvé ses origines dès le rapport Thiriet de 2019 pour réformer la haute fonction publique et transformer l’École nationale d’administration. Il a ensuite fallu attendre mars 2024 pour que le ministre de la Fonction publique, Stanislas Guerini, annonce la transposition de la réforme de la haute fonction publique aux directeurs d’hôpital, puis le 1er janvier 2026 pour son entrée en vigueur.
Une réforme attendue
« Cette transposition était fondamentale et porte des enjeux majeurs », a poursuivi Vincent Prévoteau avant d’expliquer : « Cette réforme permet la reconnaissance et la comparabilité d’un métier difficile, d’un métier d’engagement et de sens. Elle a un effet important pour les directeurs qui sont aujourd’hui en début de carrière puisqu’elle fait exploser le plafond de verre de la haute classe, ce qui peut avoir un effet d’attractivité pour le métier. » Cette réforme devrait également faciliter les mobilités entre les corps de l’État. « Cette question de la mobilité est fondamentale, a-t-il soutenu. Nous avons la capacité de travailler ailleurs et aussi d’enrichir la structure où l’on va exercer. » Un point de vue partagé par Florence Arnoux, déléguée régionale de la Fédération hospitalière de France (FHF) Provence-Alpes-Côte d’Azur, vice-présidente de l’ADH et présidente du think tank Penser public. « L’impact symbolique de cette réforme est important, a-t-elle souligné. Nous avons rejoint un corps d’encadrement de la haute fonction publique, ce n’est pas anodin car cela ancre les directeurs d’hôpital dans une fonction supérieure, donne de la lisibilité au métier et permet la mobilité. » Ils ont désormais trois grades, une transposabilité, un régime indiciaire et indemnitaire quasiment alignés.
La réforme attendue des D3S
Si la réforme des directeurs d’hôpital est désormais aboutie, les D3S réclament également la leur tout comme les directeurs des soins. Le SMPS a toujours refusé la fusion des corps et se dit attaché à la complémentarité des métiers. Pour le syndicat, au regard de leurs responsabilités, rien ne justifie que les D3S soient à l’écart du mouvement de revalorisation engagé pour les DH. Certes, ils travaillent dans des établissements de plus petite taille, mais ils font face à autant de complexité. Actuellement, les D3S sont un peu moins de 1 500. « Leur effectif baisse d’environ 2 % par an depuis plusieurs années, a fait savoir Mathieu Le Poittevin, adjoint à la cheffe du département de gestion des directeurs au Centre national de gestion (CNG). Pour autant, le nombre de candidats au concours augmente, ils sont environ 600 par an. Il y a donc des vocations. » Le problème repose davantage sur les sorties de ce corps : environ 130 personnes par an. De plus, 20 % des D3S sont détachés, et parmi eux, environ 9 % dans le corps des directeurs d’hôpital. « C’est beaucoup et les évolutions ne nous rassurent pas », a-t-il ajouté, précisant que l’extension du Régime indemnitaire des fonctionnaires de l’État (RIFSEEP) aux D3S est sérieusement en réflexion avec la possibilité d’un chantier à venir.
La perception du métier de D3S
Aujourd’hui, la perception du métier et de ses évolutions est particulièrement variée au sein même du corps des D3S, comme l’a fait savoir Marie-Cécile Darmois, vice-présidente D3S au SMPS et directrice de l’hôpital de Crépy-en-Valois (Oise). Certains sont optimistes quant à l’évolution du métier. D’autres sont plutôt « opportunistes », dans le sens où ils se saisissent de l’opportunité, en étant D3S, de devenir directeur d’hôpital, « car après avoir vécu les difficultés du métier, autant aller dans un corps qui est davantage reconnu », a-t-elle observé. Certains sont « fatalistes » et restent dans ce corps même si « le bateau coule », tandis que d’autres, « les combattants », « y croient encore malgré les difficultés et ne veulent pas que le métier meure ». Ces différents profils partagent des points communs à savoir « l’amour du métier et un contexte de travail épuisant avec un manque de reconnaissance criant », a résumé Marie-Cécile Darmois. Elle a rappelé qu’au sein des établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux, les D3S ont autant de responsabilité que les directeurs d’hôpital : « Nous gérons le budget, les ressources humaines, les travaux, la qualité, nous avons donc les mêmes obligations, cependant, nous le faisons avec une toute petite équipe. »
Les effets sur l’attractivité du métier
Elle s’est par ailleurs inquiétée de la récente publication des postes pour les nouveaux D3S qui sortent de formation puisque 70 % d’entre eux concernent des fonctions de directeurs adjoints en centre hospitalier. « Cela peut peser sur l’attractivité du métier, car ceux qui vont aller exercer aux côtés des directeurs d’hôpital et des directeurs des soins vont se rendre compte qu’ils font le même travail en étant moins bien payés, ce qui risque de conduire à une fuite avec des demandes de détachement dans le corps des directeurs d’hôpital », a-t-elle dénoncé avant d’ajouter : « Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de fusionner le corps, nous avons juste besoin qu’il soit respecté. » Mathieu Le Poittevin a toutefois annoncé que le CNG avait reçu en juillet une confirmation de la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) d’une comparabilité du corps des administrateurs d’État avec les D3S.
Cette réflexion concernant la reconnaissance des D3S peut également s’étendre aux directeurs des soins, qui sont aujourd’hui 600 mais avec une baisse des effectifs alors même que leur expertise est reconnue. « Le métier a lui aussi besoin d’une reconnaissance, qui ne soit pas uniquement oratoire », a conclu Vincent Prévoteau.
Laure Martin
