La pénurie de médecins généralistes, une question de plus en plus pressante

Sanitaire et social

Comment stopper l’hémorragie de médecins généralistes ? La question n’est pas nouvelle mais se fait de plus en plus pressante, comme en témoignent les derniers chiffres présentés jeudi 2 juin par l’Ordre des médecins, qui prédit un quart de généralistes en moins sur vingt ans.

Discutée cette semaine lors du Congrès des maires de France, la question des déserts médicaux « préoccupe », a rappelé le docteur Patrick Romestaing, vice-président du Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom), à l’occasion de la présentation de son atlas démographique annuel.

Et les chiffres sont alarmants. Si le nombre de médecins, toutes spécialités confondues, stagne depuis plusieurs années avec plus de 215 000 praticiens en activité en 2015, la chute « inexorable » de la médecine générale s’est poursuivie. L’Ordre recensait ainsi 89 000 généralistes en activité en janvier 2016, soit une baisse de 8,4 % par rapport à 2007. À ce rythme, la France aura perdu un quart de ses généralistes entre 2007 et 2025.

En cause, l' »explosion » du nombre de médecins retraités, qui a augmenté « de 90 % sur dix ans », et touche principalement les généralistes, selon Jean-François Rault, président de la section santé publique et démographie médicale du Cnom. Mais aussi le manque d’attractivité dont souffre la médecine générale chez les étudiants, et la désaffection de la profession pour certains territoires. « Toute la France est concernée », insiste le Dr Romestaing. « Y compris les zones périurbaines, les métropoles, le cœur de Paris ! »

C’est à Paris et dans la Nièvre que la décrue est la plus forte, avec un quart de généralistes en moins en neuf ans. À l’inverse, les départements situés sur la façade Atlantique ont vu leur nombre de généralistes augmenter. Loyers parisiens trop élevés pour les généralistes qui ne pratiquent pas de dépassements d’honoraires, manque de structures et d’opportunités pour l’emploi d’un conjoint dans les zones rurales… la diversité des causes de la désertification n’appelle pas « une solution univoque mais des solutions » estime M. Romestaing. Le Cnom préconise notamment un meilleur dialogue entre professionnels sur l’organisation des soins.

Plus de « modèle sacerdotal »

À l’heure où les jeunes privilégient qualité de vie et bonnes conditions de travail, il faut redéfinir l’exercice professionnel, estime-t-il. En redonnant plus de temps médical aux médecins, souvent étouffés par les tâches administratives, et en favorisant la coopération entre professionnels, comme cela se fait dans les maisons de santé pluridisciplinaires que veut développer le gouvernement. Car « le modèle sacerdotal » du médecin de famille isolé « n’existe plus », souligne le Dr Sébastien Mourcia, fondateur d’une maison de santé à Beaune (Côte d’Or).

Il faut également « revoir la formation », estime le Dr Romestaing, qui réclame plus de stages dans les cabinets médicaux pour attirer les étudiants, « quasi exclusivement formés » à l’hôpital et qui s’installent souvent dans les villes où se trouve leur faculté. D’où l’idée de valoriser financièrement les médecins accueillant des stagiaires.

Sans recourir à des mesures coercitives, qui entraîneraient une levée de boucliers, le ministère de la Santé a lancé deux plans depuis le début du quinquennat pour tenter de contrer la pénurie de généralistes. Cela passe par une meilleure protection sociale pour les médecins s’installant dans des territoires fragiles ou une hausse du numerus clausus (nombre d’étudiants admis en 2e année de médecine) selon les régions.

C’est dans ce cadre que sont nés les contrats d’engagement de service public (CESP), qui permettent aux étudiants s’engageant à exercer dans ces zones de toucher une allocation pendant leurs études. Le ministère de la Santé a annoncé cette semaine avoir dépassé l’objectif initial de 1 700 contrats signés pour 2017, visant désormais 2 100 contrats, et 2 550 en 2018.

Mais « ce n’est pas tellement l’argent qui intéresse les étudiants en médecine », assure Maxime Rifad, de l’Association nationale des étudiants en médecine de France : « ils veulent surtout qu’on les aiguille » pour faciliter leur début de carrière.

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