Marisol Touraine, acclamée par l’Ordre des pharmaciens, promeut la conciliation médicamenteuse

Santé

HOSPIMEDIA – À la 27e Journée de l’Ordre des pharmaciens, la ministre a été chaudement applaudie par des pharmaciens qui ont salué son action : s’opposer à la vente de médicaments en grandes surfaces. Elle a rappelé les dispositifs en cours d’étude, délivrance de plasma ou conciliation médicamenteuse, qui impacteront les pharmaciens hospitaliers.

Si l’intervention vidéo de Marisol Touraine s’était fait siffler l’an dernier lors de la 26e Journée du Conseil national de l’ordre des pharmaciens, elle a été accueillie, ce 24 novembre pour la 27e Journée, par un tonnerre d’applaudissements. Entre-temps, la ministre de la Santé s’est posée en rempart face aux vélléités de certains membres du Gouvernement de déréguler la profession de pharmaciens et d’autoriser, entre autres, la vente de médicaments en grandes surfaces via un véhicule législatif, le projet de loi pour la Croissance. Ce que n’a pas manqué de rappeler, avec une certaine déférence, Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre des pharmaciens. « Vous n’avez pas accepté l’inacceptable : la vente de médicaments en grandes surfaces, la réforme de l’installation des pharmaciens sur notre territoire, une nouvelle réforme de la biologie. Pour votre bons sens, les pharmaciens vous remercient. » Quoi qu’il en soit, a rappelé Isabelle Adenot, les pharmaciens restent inquiets, en attente de nombreux textes législatifs et réglementaires qui tardent à paraître : « Les pharmaciens biologistes attendent les décrets de la loi de réforme de la biologie de mai 2013, les pharmaciens d’officine ceux de la loi de 2003, tandis que les pharmaciens hospitaliers sont en attente de la reconnaissance de leur DES, ainsi que d’instruction sur la prise en charge du plasma, maintenant classé comme médicaments. »

Actualité des pharmaciens hospitaliers

Si, du fait de la très forte mobilisation des pharmaciens d’officine le 30 septembre dernier, de l’attention devait leur être portée, Marisol Touraine a cependant préféré commencer son discours en s’attardant sur l’actualité des pharmaciens hospitaliers. Pour rappeler, dans un premier temps que, à la suite d’un arrêt de la Cour de justice européenne, confirmé par le Conseil d’État, les produits sanguins sont désormais considérés comme des médicaments. « Nous allons adapter la filière plasma, avec l’Établissement français du sang (EFS), nous travaillons actuellement à la mise en place d’un nouveau dispositif de délivrance de ces médicaments », a assuré Marisol Touraine, sans avancer pour autant de calendrier.

Simplification des PUI dans le projet de loi de Santé

Tout en rappelant que le projet de loi de Santé intégrera des mesures de simplification du régime d’autorisation et de fonctionnement des pharmacies à usage intérieur (PUI), la ministre de la Santé a surtout assuré la promotion d’un tout nouveau concept, en cours d’expérimentation dans certains établissements de santé*, dénommé « la conciliation médicamenteuse, qui devrait permettre de prévenir la iatrogénicité, a-t-elle ajouté. Il s’agit d’un processus de sécurisation de la qualité et de la pertinence de la prescription médicamenteuse mais aussi de la participation du pharmacien au plus près du patient. C’est une sorte de visa pharmaceutique dès l’admission du patient à l’hôpital. Pendant le séjour hospitalier, on doit garantir l’ajustement de la prescription. À la sortie, le pharmacien hospitalier prépare la prescription de sortie d’hospitalisation. » À l’endroit des pharmaciens biologistes, la ministre de la Santé a assuré que les principes érigés lors de l’adoption de la loi de réforme de la biologie ne « seraient pas remis en cause », comme le prévoyait, dans un premier temps, le rapport de l’IGF, qui a servi de fondement au projet de loi pour la Croissance. En d’autres termes, le capital des sociétés d’exercice libéral (SEL) des pharmaciens biologistes ne pourra être détenu, majoritairement, par un non-professionnel de santé.

Faire baisser la consommation de médicaments

Enfin, Marisol Touraine s’est attardée, en fin de discours, sur le sort des pharmaciens d’officine, lançant une pique au passage aux médecins opposés au tiers-payant en médecine de ville, en grève entre les 24 et 31 décembre prochains : « Plus qu’un symbole, les pharmaciens pratiquent le tiers-payant, à bon entendeur, salut ! » Attentive au maillage territorial, Marisol Touraine a justifié son refus de la vente de médicaments en grandes surfaces, sous les applaudissements du parterre de pharmaciens, en déployant une batterie d’arguments aussi bien sécuritaires, que préventifs ou encore médico-économiques : « Le médicament n’est pas un produit comme les autres, sur Internet un produit sur deux est contrefait et en France, les pharmaciens sont un rempart contre ce type de pratiques. » Et d’ajouter, « en refusant la vente de médicaments en grandes surfaces, au-delà des questions de sécurité, j’ai la volonté de faire baisser la consommation de médicaments, sans pour autant encourager l’automédication. Je veux garantir un accès aux soins qui sont pris en charge. » Marisol Touraine en a également profité pour annoncer la lancée d’un nouveau plan d’actions pour le développement des médicaments génériques. En matière de rémunération des pharmaciens d’officine, la ministre de la Santé souhaite qu’elle « dépende plus d’objectifs de santé publique et moins du prix du médicament ». Enfin, revenant à son projet de loi de Santé qui autorisera la vaccination par les pharmaciens, la ministre, en constatant ces dernières années une baisse de treize points de la couverture vaccinale contre la grippe chez les plus de 65 ans, a précisé les contours de cette mesure : « Les pharmaciens qui le souhaitent s’engageront dans cette voie, et il ne s’agit pas de contourner le médecin traitant mais d’articuler l’action du pharmacien avec lui. »

Jean-Bernard Gervais

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* CH de Lunéville, hôpitaux universitaires de Strasbourg, CHU de Grenoble, CH de Saint-Marcellin, CHU de Nîmes, CH de Compiègne-Noyon, Clinique de la Croix-Blanche, hôpital de Bichat (AP-HP), CHU de Bordeaux. Cette expérimentation est menée depuis 2012 par la Haute Autorité de santé et l’observatoire du médicament d’Aquitaine. Elle s’achèvera en juillet 2015.

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