La police municipale au cœur des élections à Brest

Sécurité

C’est l’une des rares villes de France à ne pas encore en avoir : la question de la création ou non d’une police municipale à Brest est au cœur des élections municipales dans ce bastion de la gauche depuis 30 ans.

Le maire PS de cette ville de 140 000 habitants, qui brigue un 4e mandat, ne veut toujours pas entendre parler de police municipale à l’approche des scrutins des 15 et 22 mars.

« Nous avons toujours pensé que c’est la mission de la police nationale que d’assurer la sécurité publique », explique à l’AFP François Cuillandre, à la tête depuis 2001 de la ville, estimant en outre le dispositif coûteux. Et le taux de criminalité n’est « pas plus élevé » à Brest qu’ailleurs, selon lui.

Le maire sortant reconnaît cependant que sa position sur la question a « un peu évolué » au fil des ans et des candidatures. Ainsi, parmi ses propositions de campagne, la création de brigades de tranquillité non armées.

Évoquant aussi le coût de la création d’une police municipale, la liste « Brest Écologie Solidarités » (EELV, Generation.s et UDB), conduite par l’écologiste Ronan Pichon, regrette que dans les villes où un tel service a été créé, l’État en ait « profité pour réduire » les effectifs de la police nationale.

« La sécurité est un vrai sujet pour les Brestois », martèle cependant Marc Coatanea, passé du PS à LREM en 2017, avant d’être exclu de la majorité par François Cuillandre.

Parmi les propositions du candidat du parti présidentiel, la création d’une police municipale composée d’au moins cinquante agents armés, ainsi que la mise en place d’une vidéosurveillance. « Je ne suis pas naïf, je vois la situation se dégrader », assure le candidat, qui compte financer le dispositif – 2,5 millions d’euros – par un redéploiement d’effectifs.

« Un îlot à part »

« Dans toutes les villes, il y a une police municipale, Brest est un îlot à part », regrette-t-il.

Parmi la vingtaine de villes françaises de plus de 140 000 habitants, seules Paris – régie par un statut spécifique et dont c’est également l’un des enjeux des municipales – et Brest n’en disposent pas. Mieux encore, parmi les 125 de plus de 50 000 habitants, 95 % en sont dotées, selon l’Institut Paris région, qui fait état de 22 000 policiers municipaux.

« Depuis une quinzaine d’années, il y a eu à Brest, comme dans d’autres grandes villes, à la fois une montée de la délinquance petite et moyenne et des faits de délinquance grave », relève Bernadette Malgorn, conseillère municipale et à la tête d’une liste indépendante (droite et centre). Elle évoque les « trafics de drogue », « fusillades en plein jour », « incendies de bâtiments publics et de voitures », « violences gratuites » ou encore « la vaste opération de police antiterroriste » menée fin janvier qui a conduit à la mise en examen de sept suspects.

L’ancienne préfète de la région Bretagne, battue au second tour en 2014 par François Cuillandre et « très isolée » à l’époque sur la question de la création d’une police municipale, veut entre 60 et 80 agents armés et de la vidéoprotection. Deux dispositifs réclamés aussi par le Rassemblement national.

« Dans les villes où il y a une vraie volonté des maires pour lutter contre l’insécurité, cette insécurité baisse », a martelé fin janvier à Brest Marine Le Pen lors d’une rencontre avec la presse aux côtés de la candidate du parti Renée Thomaïdis, dénonçant une ville « dévastée » par l’insécurité.

« Porter le fer là où ça fait mal, c’est-à-dire sur les questions d’insécurité, peut être un moyen aussi de gagner quelques points pour le premier tour des élections municipales… », note Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des collectivités.

Interrogée sur l’évolution de la délinquance et de la criminalité à Brest, la préfecture du Finistère a indiqué ne pas souhaiter communiquer de données à l’approche des élections. Également sollicité, le ministère de l’Intérieur n’avait toujours pas répondu mercredi 12 février 2020 à l’AFP.

Parmi les autres candidats déclarés pour ces élections municipales, il y a Pierre-Yves Cadalen (La France Insoumise), Pascal Olivard (sans étiquette), Rémy Collard (Lutte ouvrière) et une « liste citoyenne ».

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