La ville idéale pourrait constituer seulement un modèle à adapter localement

Urbanisme

Avec les nouveaux modes de vie, les conceptions sur la ville « idéale » s’affrontent. La nature, moins domestiquée, regagne le cœur de la ville et le numérique modifie son organisation.

À quoi ressemble une ville idéale ? Le débat « Imaginons nos futurs modes de vie »[*], organisé par Fimbacte le 12 octobre à Paris, a permis à des professionnels de dialoguer sur ce thème avec des étudiants en bâtiment, architecture et urbanisme. La discussion a notamment porté sur la place de la nature en milieu urbain. Les changements de modes de vie appellent à l’intégrer davantage, notamment chez les jeunes interrogés. Ils aimeraient « ne pas avoir l’impression d’être en ville », y trouver plus de verdure sous forme de rues végétales, d’arbres fruitiers, de toits entièrement végétalisés, ou encore pouvoir entrer dans les parcs sans clôture.

Or, en raison de sa fonction protectrice, la  ville traditionnelle est minérale. Il faut donc s’interroger sur  sa conception même, estime Bertrand Lemoine, architecte et directeur de recherches au CNRS. Même si l’espace urbain est avant tout minéral, il est intéressant d’y mettre plus de végétal. Cela se fait déjà, a rappelé Sébastien Yafil, directeur construction durable d’Orsima. Les toitures végétalisées se développent, le gazon du tramway constitue une trame verte, des coulées vertes sont créées, comme à Paris. Au-delà, tout l’environnement concerné, comme l’eau avec les chaussées drainantes ou les chaussées réservoirs, qui ont aussi un effet climatiseur sur la température.

De nouveaux matériaux peuvent favoriser l’apparition d’une nature moins domestiquée et conduire urbanistes et paysagistes à travailler ensemble pour tendre vers une ville-nature plutôt que vers la nature en ville…

Mais il ne faut pas oublier que nous sommes passés d’une société rurale à une société urbaine à 90 %, explique Alain Maugard, président d’Europan France. Après les néo-urbains, qui ont vécu en ville avec les modes de vie d’une civilisation rurale, des générations de « nés urbains » ne connaissent pas la campagne. Il faut leur montrer ce qu’est la nature : herbes folles, orties… Réinventant ainsi la biodiversité, la ville devient un espace vivant, vivace, capable d’évoluer en permanence et qui s’éloigne des modèles de morphologie urbaine enseignés dans les écoles d’urbanisme. L’enjeu : retrouver des formes de naturalité adaptées à la ville.

En outre, le numérique modifie les modes de vie et dopent les relations de proximité au lieu d’isoler les gens. Il permettra de concevoir des organisations de la société et de la ville qui se rapprochent de celles de nos anciens, constate ainsi Christian Louis-Victor, président du groupe Espi.

Mais finalement, la ville idéale est-elle une ville du futur ou une ville utopique ? s’interroge Bertrand Lemoine. Les responsables politiques pourraient la considérer comme un modèle, vers lequel il faut tendre tout en cherchant des compromis : accès à la culture, à la nature, aux déplacements… Mais, en tout cas, une ville belle. Comme la nature, la ville est un capital qu’il faut valoriser en redonnant un sens à la rue, l’espace de la communauté auquel s’articule la vie quotidienne et que l’on peut adapter à de nouveaux modes de vie.

 

Martine Courgnaud – Del Ry

 

[*] « Imaginons nos futurs modes de vie »

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