Les collectivités devront rénover leurs routes et leurs ponts

Urbanisme

Après l’effondrement dramatique du viaduc autoroutier de Gênes qui a tué 43 personnes le 14 août, la ministre des Transports, Élisabeth Borne, a effectué une communication sur l’état et la sécurité des routes et des ouvrages d’art en France, lors du Conseil des ministres le 22 août. Les infrastructures routières sont en piteux état et leur rénovation nécessitera des financements extrêmement importants.

Depuis 2005, la quasi-totalité du réseau routier, soit plus d’un million de kilomètres de voirie, dépend des collectivités, qui sont de ce fait chargées de l’entretenir, ainsi que l’a rappelé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à l’issue du Conseil des ministres du 22 août.

Sur le réseau routier national non concédé – 1,2 % des routes qui accueillent près de 20 % du trafic total -, un audit réalisé en 2017 par deux cabinets suisses indépendants précise que le retard d’entretien accumulé exigera des ressources accrues dans les prochaines années. Il y aurait 2 040 kilomètres de chaussées gravement endommagées en métropole. L’entretien étant différé par manque d’investissements, leur vétusté s’accroît. Pour les ouvrages d’art, l’audit pointe la nécessité d’entreprendre des travaux de rénovation sur un tiers des ponts, et ce rapidement sur 7 % d’entre eux, qui « présentent à terme un risque d’effondrement ».

Le porte-parole s’est toutefois voulu rassurant : tous les ouvrages entretenus par l’État font l’objet d’au moins une inspection détaillée chaque année et d’un audit complet tous les trois ans. Et, au cas où des défauts sont détectés, les conditions de circulation sont soumises à restriction (vitesse, poids…). Les auditeurs suisses évoquent pourtant la nécessité d’envisager de reconstruire intégralement certains ouvrages. Si le budget consacré à l’entretien n’augmente pas suffisamment, 6 % des ponts seront « hors service » et 62 % des chaussées seront très dégradées en 2037, contre 29 % en 2017, « causant des risques inacceptables et durables pour la sécurité », expliquent-ils. Ainsi, il faudrait à l’État un milliard d’euros par an jusqu’en 2037, au lieu des 800 millions d’euros consacrés en 2018 et des 666 millions débloqués en moyenne entre 2007 et 2017.

Concernant le parc géré par les collectivités (communes notamment), l’information est loin d’être aussi claire. On ignore tout de l’état des 170 000 ponts qui sont sous leur responsabilité et, dans les budgets locaux, la part dévolue à l’entretien de la voirie a tendance à baisser. Or, les sommes en jeu sont particulièrement importantes ; le sénateur de l’Eure, Hervé Maurey, a dû s’acquitter de 300 000 euros pour rénover un pont d’une cinquantaine de mètres dans la commune dont il est maire. Il compte demander l’ouverture d’une commission d’enquête et la réalisation d’un rapport sur le sujet.

Le porte-parole a rappelé que l’État apporte son soutien technique aux collectivités à travers le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), et que l’Institut des routes, des rues et des infrastructures pour la mobilité (Idrrim) et l’Observatoire national de la route permettent de partager les pratiques et les données sur l’état des routes. Concluant que, « dans un objectif de transparence sur l’état des infrastructures, le gouvernement invite les collectivités concernées à achever au plus vite la mise en commun des données relatives aux principaux ouvrages d’art ».

Le projet de loi d’orientation sur les mobilités, qui devrait être présenté en Conseil des ministres dans les prochaines semaines, comportera des mesures de financement de la rénovation des infrastructures routières des collectivités. Il est notamment question de les autoriser à créer des sociétés anonymes ou encore de faire payer les automobilistes sur certains axes nationaux, départementaux ou même communaux.

Marie Gasnier

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