Métropoles : organiser les déplacements selon les rythmes de vie

Urbanisme

Dans les métropoles, de nombreux rythmes de vie s’entrecroisent et les trajectoires de déplacement se personnalisent, notamment grâce au numérique. Dans une étude récente, Terra nova explique que l’aménagement urbain doit éviter leur multiplication anarchique, et adapter les espaces collectifs sans pour autant multiplier les infrastructures.

Plus étendues, plus peuplées, plus dynamiques… Les métropoles donnent une image de suractivité et les habitants y sont souvent éloignés de leur lieu de travail. Les rythmes de vie s’y accélèrent mais les déplacements multiplient aussi les temps d’attente, les retards, le stress. Parallèlement, depuis quelques années, les aménagements privilégient la lenteur, avec les zones 30, les pistes cyclables et les espaces piétons.

« En réalité, la ville ne vit pas à une seule vitesse mais croise des rythmes différents », explique le think tank Terra nova dans une étude sur les métropoles publiée le 11 septembre 2019 : « Au rythme de la métropole. Mieux vivre dans la ville dense ». Chacun, en fonction de ses capacités, de sa résistance physique, de ses choix de vie et de ses revenus, adopte des comportements différents. Cette désynchronisation modifie l’occupation des logements et des bureaux, ainsi que l’utilisation des espaces publics. Du fait de l’évolution des usages, certains ne sont plus utilisés en permanence, tandis que d’autres le sont davantage. De nouvelles habitudes se développent : télétravail, déplacements partagés régis par le numérique, nouvelles mobilités, utilisation de la géolocalisation pour mieux gérer ses déplacements et donc son temps…

L’aménagement du territoire ne peut donc plus se fonder sur une stabilité des comportements, d’autant que l’étude en temps réel des données massives (big data) renforce la nécessité d’adapter la ville à la rapidité des changements d’usage. « Or, la ville, bâtie pour la durée, ne possède pas cette plasticité », poursuit Terra nova.

Le défi des aménageurs publics consiste désormais à aménager ces vitesses pour les faire coexister. Il ne s’agit plus de ralentir ou d’accélérer des déplacements synchronisés mais d’articuler des rythmes différents voués à partager des espaces communs. Aux trajectoires linéaires domicile-travail s’ajoutent divers circuits « en boucle » : accompagner les enfants à l’école, faire des courses, aller chez le médecin ou sur un espace de loisir… Ce qui crée des chaînes complexes de trajets : quatre personnes actives sur dix utilisent ainsi plusieurs moyens de transports complémentaires — transports en commun, marche, vélo, véhicules en accès… Les connexions, spatiales, intermodales mais aussi numériques, sont devenues centrales dans ces trajectoires individuelles.

Ces rythmes différents qui se rencontrent dans un même espace sont, à la fois, une occasion de frictions mais aussi une opportunité pour gérer des besoins collectifs sans multiplier les infrastructures. La désynchronisation permet de désencombrer certains espaces, en décalant des usages qui n’ont plus besoin d’être simultanés ; elle contribue également à intensifier les pratiques, principalement dans les métropoles, qui se caractérisent par une activité quotidienne plus dense, une pression au travail, une utilisation plus intensive des espaces…

Certaines initiatives, liées à l’évolution des comportements, favorisent l’optimisation de l’espace. Ainsi, l’université de Rennes ayant accepté de décaler d’un quart d’heure le début des cours le matin, la fréquentation du métro s’étale davantage le matin, ce qui a évité l’achat de nouvelles rames. Économie : près de dix milliards d’euros.

Martine Courgnaud – Del Ry

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