Un jumeau numérique de territoires constitue une réplique virtuelle et dynamique d’un espace physique bien réel, en quelque sorte une « doublure numérique » de notre environnement local. L’IGN, le CEREMA, INRIA et 1Spatial France ont lancé, le 13 avril 2026, JUNN (Jumeau numérique national), un programme soutenu par le plan France 2030 destiné à développer les jumeaux numériques de territoires et le savoir-faire français en la matière. JUNN « ouvre la voie à de nouvelles capacités pour anticiper le devenir des territoires et éclairer les choix face au changement climatique », assure ses promoteurs.
De multiples applications à venir
Qu’il s’agisse d’évaluer l’impact d’aménagements sur le risque inondation ou les effets de futurs travaux de voirie sur le trafic, les jumeaux numériques de territoires constituent un outil précieux pour éclairer la décision politique face aux grands défis territoriaux. Les promoteurs du programme identifient sept grandes catégories de cas d’usages de ces jumeaux numériques.
- Aménagement durable : simulation de changement climatique, environnemental, paysager, modélisations et simulations sur les îlots de chaleur, de la propagation du bruit ou de la pollution, évaluation de la biodiversité…
- Transition énergétique : visualisation clarifiée des gisements et des impacts de projets d’installation d’énergies renouvelables sur un territoire.
- Résilience face aux risques naturels : simulation de catastrophe naturelle, analyse des impacts d’un événement sur un territoire, simulation des impacts d’un aménagement…
- Lutte contre les épidémies : modélisation des propagations épidémiologiques en croisant données et modèles d’aménagement et de démographie.
- Adaptation de la forêt au changement climatique : simulation du développement des forêts selon différents scénarios climatiques et de gestion, suivi de l’état sanitaire des forêts…
- Optimisation des usages de la ressource en eau : visualisation des usages et des ressources sur un territoire, étude de la vulnérabilité au stress hydrique…
- Mobilité : collecte, réconciliation et visualisation de données hétérogènes liées aux différents usages et au réseau d’infrastructures ; simulation de l’impact d’une modification dans ces infrastructures, modélisation de comportements sociologiques…
La Vendée, le port autonome de Bordeaux, la métropole européenne de Lille, la Communauté d’agglomération d’Angers, Loire Métropole, la métropole de Rennes…, plusieurs territoires disposent déjà d’un jumeau pour traiter d’enjeux d’urbanisme, d’énergie ou de risques. L’ambition du programme JUNN est de favoriser le passage à l’échelle des initiatives existantes, en accélérant le déploiement de ces jumeaux numériques et en permettant leur interconnexion pour promouvoir la couverture géographique de ces outils et leur richesse fonctionnelle.
Un outil partagé par l’État, les collectivités et les entreprises
Le programme JUNN représente un investissement de près de 40 millions d’euros, dont 25 millions d’euros sur trois ans seront financés dans le cadre de France 2030. Opéré par la Banque des territoires, ce soutien incarne la volonté du plan France 2030 de « conjuguer innovation numérique et souveraineté technologique au service des territoires. » JUNN vise à constituer un socle technologique pour déployer les jumeaux numériques à grande échelle et au sein d’une filière industrielle dédiée. Objectif de ces promoteurs : « rendre les territoires intelligibles, anticipables et, in fine, plus résilients. »
Le projet de jumeau numérique de la France et de ses territoires ambitionne donc de doter la France d’un outil capable de croiser de multiples données hétérogènes, de simuler des interactions entre des répliques et leurs réalités pour tester des hypothèses visant à offrir une gestion plus fine et proactive des territoires. Le programme a ainsi pour but de déployer des jumeaux numériques (mobilité, ressources en eau, vulnérabilités, risques naturels…) pouvant interagir et basés sur un socle technologique commun et souverain, partagé par les services de l’État, les collectivités et les entreprises. Concrètement, ce socle regroupera et mutualisera des ressources technologiques (briques logicielles, standards d’interopérabilité…) pour le traitement massif de données, la visualisation immersive et la simulation.
La phase de réalisation du socle de JUNN débute avec le développement des premières briques logicielles, ainsi que la préparation des premiers jeux de données tests sur les territoires pilotes – Alpes-Maritimes, Charente-Maritime, Gironde, Ille-et-Vilaine – pour mi-2026. Au cours des douze premiers mois, les acteurs prioritaires seront étroitement associés afin d’identifier leurs besoins, coconstruire les solutions et tester les premiers services à forte valeur ajoutée. Le développement, par étapes successives, permettra d’enrichir progressivement le socle, avec l’objectif de disposer d’un premier ensemble opérationnel d’applications à l’horizon fin 2026. La version finale du prototype de la plateforme JUNN est attendue pour début 2029.
