La Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa) a publié début mai 2026 sa première enquête sur les risques psychosociaux (RPS) des directeurs d’établissements et services médico-sociaux (ESMS). Cette enquête flash a été réalisée au mois de mars 2026 auprès des 1 650 adhérents de la Fédération, tous directeurs d’établissements et de services pour personnes âgées (Ehpad, résidences autonomie, SAD…). Elle avait pour objectifs de repérer les facteurs de risques psychosociaux (RPS), de mesurer le moral professionnel et de recenser les leviers d’action des directeurs. Résultat, elle dresse « un tableau préoccupant de directeurs sous pression, dont la résilience est portée en priorité par le sens profond de leur métier face à des tensions, avant tout, structurelles », résume la Fnadepa.
La cote d’alerte est atteinte
L’enquête de la Fnadepa relève plusieurs signaux d’alerte. Si les directeurs maintiennent un niveau d’énergie professionnelle relativement positif (6,5 sur 10), plus de 85 % d’entre eux ont ressenti de l’épuisement professionnel au cours des trois mois précédant l’enquête, dont près de la moitié au moins une fois par semaine. « Il ne s’agit donc plus d’un état passager, mais d’une usure chronique », insiste la Fédération. Auxquels contribuent :
- un moral dégradé : 63 % des directeurs décrivant leur moral de « mitigé » à « en difficulté » ;
- un empiétement de la vie professionnelle sur la vie personnelle pour près de 60 % d’entre eux, rendant plus difficile les temps de récupération, tant sur le plan physique que mental.
« Cette situation met en lumière une résilience reposant sur une sur-adaptation des directeurs, qui parviennent à “tenir” dans un contexte dégradé, au prix d’un effort constant… Pour combien de temps ? », commente la Fnadepa. En effet, près de 40 % d’entre eux envisagent de quitter leur poste à plus ou moins court terme.
Une usure professionnelle due à des causes structurelles
Plus des trois quarts (78 %) des directeurs déclarent des difficultés à gérer la charge quotidienne de travail. Et 60 % font état d’une souffrance éthique, engendrée par l’obligation d’effectuer des arbitrages contraires au sens souhaité pour leur travail. Les facteurs de tensions sont « avant tout systémiques », pointe la Fédération, dus :
- à la surcharge de travail (32 %) : accumulation de normes, flux continu d’urgences… ;
- au manque de moyens (31 %) : insuffisance de personnel et financière… ;
- aux injonctions paradoxales et à l’absence de réforme du grand âge (23 %).
« Le décalage persistant entre la charge de travail induite par les exigences imposées et les moyens réellement disponibles crée un sentiment de “qualité empêchée” qui alimente l’usure professionnelle », explique la Fnadepa. Mais, malgré ces tensions, les directeurs restent « engagés et volontaires. » Selon l’enquête, leur résilience repose avant tout sur le sens profond de leur mission (27,5 %), la qualité du lien avec les personnes accompagnées (18,8 %), le soutien de leurs pairs (14,9 %), la confiance de leur gouvernance (13,2 %) ou encore la satisfaction de conduire des projets variés (15,5 %).
Pour une politique nationale de prévention des RPS des directeurs d’ESMS
Les directeurs réclament un écosystème de soutien à la hauteur de leur mission et de leur engagement, avec, en priorité, une reconnaissance des pouvoirs publics (37 %) et des moyens supplémentaires (30 %). Ils souhaitent également des outils, du temps et du soutien (psychologique, managérial et entre pairs).
Les RPS des directeurs constituent l’angle mort des politiques publiques. « Cela nuit à l’attractivité du métier, dans un contexte où le secteur du grand âge a plus que jamais besoin de forces vives », déplore la Fédération. À ce titre, la Fnadepa annonce le lancement d’un vaste plan de prévention et soutien face aux risques psychosociaux de ses directeurs adhérents, composé d’une dizaine d’actions, qu’elle déploiera tout au long de l’année. Parallèlement, elle demande aux pouvoirs publics de mettre en œuvre une politique nationale de prévention des RPS des directeurs d’ESMS et d’engager un plan Autonomie ambitieux, répondant aux besoins des personnes âgées, des professionnels et des directeurs qui les accompagnent.
