Une rencontre portée par l’enthousiasme et la joie de se retrouver pour « échanger, débattre, partager et s’inspirer ». Conférences, tables rondes et ateliers ont exploré un même fil rouge : la voix des femmes, de la prise de parole à sa reconnaissance, jusqu’à sa capacité à transformer les organisations et les politiques publiques.
Une féminisation des directions en progrès, mais qui reste fragile
S’il est trop tôt pour connaître les tendances post-électorales, les évolutions récentes des emplois fonctionnels confirment un paysage qui reste largement masculin dans les grandes collectivités.
Les 100 plus grandes villes de France comptent encore peu de femmes maires : 19 % en 2026 contre 27 % en 2020. La représentation des femmes dans les régions recule, avec seulement trois femmes directrices générales des services (DGS). Les postes de premier adjoint dans les exécutifs locaux demeurent largement occupés par des hommes.
À noter la progression de la part des femmes DGS, passée de 24 % en 2023 à 36 % en 2024, dans les collectivités de plus de 40 000 habitants. Une évolution à nuancer toutefois : elle est mécaniquement portée par le dispositif des nominations équilibrées et l’élargissement des collectivités déclarantes, notamment de plus petites collectivités où les femmes sont historiquement plus présentes.
Pour Stéphanie Portier, vice-présidente de D&T en charge de l’Observatoire de la parité, ces tendances confirment l’importance de deux propositions portées par l’association :
- L’instauration d’une alternance obligatoire homme-femme pour les postes de DGS ainsi que les exécutifs locaux ;
- La mise en place d’un Observatoire national de la parité au sein de la fonction publique territoriale.
Pourquoi la parole des femmes n’est-elle pas entendue ?
Aline Jaillet, autrice et chercheure féministe, montre dans son livre « Une voix à soi : Pourquoi n’entend-on pas la voix des femmes » que pendant longtemps, les femmes accédant aux fonctions dirigeantes ont dû adopter les codes d’une autorité pensée au masculin : une voix plus grave, plus contrôlée, plus distante, supposée incarner la crédibilité.
Or le problème est les biais d’écoute ! « Nos oreilles aussi sont traversées par des stéréotypes : la parole féminine est davantage évaluée sur son ton, son émotion ou son attitude, quand celle masculine est plus spontanément associée à l’expertise et au leadership ».
L’enjeu est donc de sortir d’une injonction permanente d’adaptation. Les femmes dirigeantes doivent pouvoir construire leur propre rapport à l’autorité : « une autorité qui intègre aussi l’écoute, l’émotion, la coopération et le lien ».
Le chœur des femmes : de la voix individuelle à la force collective
Entendre la voix des femmes, c’est aussi entendre les réalités sociales qu’elles portent : violences sexistes et sexuelles, violence envers les enfants, discriminations et parcours de vie invisibilisés.
Dans un contexte marqué par la montée inquiétante des discours masculinistes et des menaces pesant sur les droits des femmes, l’égalité est en recul et ne peut être considérée comme acquise.
Si le problème est systémique, la réponse doit l’être aussi. C’est le sens donné à la sororité pendant le colloque : un outil qui permet de faire collectif.
La sororité, une voie pour la démocratie et la paix
« Parler, douter ensemble et se dire entre femmes dirigeantes, rassemblent et créent de la solidarité » a témoigné la Défenseure des droits, Claire Hédon. La sororité devient alors un moyen de sortir de l’exception : une femme dirigeante n’est plus une figure isolée, mais une possibilité visible pour celles qui suivent.
« La sororité n’est pas une amitié, ni une proximité choisie, mais une entraide. La voix des femmes est nécessaire pour transformer les politiques publiques, les territoires et le monde. Il y a urgence à faire bouger les lignes pour protéger les enfants et les femmes des violences et pour renforcer la paix ». C’est par ces mots forts que Dayana Chamoun-Fiévée, présidente de D&T, a conclu deux jours de colloque riches d’analyses, d’émotions et d’engagements.
Séverine Bellina, Réseau service public
